ATTESTATION DE DÉPLACEMENT

Le Premier Ministre vient de confirmer, sur une chaine publique (si elle l’est encore), que, à chaque fois que l’on DOIT sortir de chez soi, il faut avoir sur soi ce papier indispensable dûment signé. Combien nous en faudra-t-il? J’ai fait les comptes.

Ce sera, pour moi, rombière féministe, des sorties
• pharmacie, disons une fois par semaine, même si demain j’y retournerai, vu que l’officine n’a pas été livrée aujourd’hui, comme promis, et que ça arrivera encore par les temps qui courent ;
• magasin alimentaire – je vis dans un petit studio, j’ai un petit frigo, pas de place donc pour stocker quoi que ce soit (mais je ne l’aurais de toute façon pas fait, en partie par civisme, en partie par manque de moyens financiers) – disons deux fois par semaine ;
• bureau de tabac, une fois, à moins que je gagne aux jeux (je ne joue jamais, mais on doit rester ouverts aux changements) ;
• et, tous les jours, ma promenade de santé, à laquelle je ne renoncerai que par-dessus mon cadavre. (Je n’ai pas de chien.)
(Sans compter les consultations médicales prévues. Comme les médecins n’ont toujours pas assez de masques, je préfère mourir à la maison de mes maladies chroniques plutôt que de chopper la nouvelle dans leurs cabinets.)

Cela fait 10 attestations minimum par semaine, déjà 20 pour le deux de confinement prévues pour l’instant, et je parie que ça durera au moins deux mois de plus, ce qui est un secret de Polichinelle.
Une centaine d’attestations à la louche, donc, sans compter les imprévus.

J’ai gaspillé plus de feuilles de papier que ça dans ma vie sans jamais avoir planté un arbre, même si je suis farouchement écolo.


Problème : les papeteries sont fermés, et je n’ai pas fait non plus de stock de ramettes ni de cartouches d’imprimante.


Question : Pourquoi l’agent qui me contrôlera ne pourra-il pas demander ma pièce d’identité et, vu le sous-développement de la « dématérialisation » en France, me faire signer la décharge sur son calepin ?

Et maintenant, un défi : trouvez un moyen encore plus bureaucratique que ça ! Je promets d’envoyer un masque au gagnant.
Une occupation captivante, susceptible même de décolorer un peu nos idées noires.

 

J'oublie un truc : Les larmes de Buzyn à sa sortie du gouvernement, c'est comme ça que je les avais comprises, à l'époque. Ni le courage de le dire tout haut, ni la maîtrise de soi virile qu'exige la politique. C'est ça les femmes.

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