58%

Si Staline, Ceauşescu et même Gorbatchev…

S’ils avaient eu ces « données de connexion automatisée », nous aurions assisté à un autre dénouement de la guerre froide.

 

Les algorithmes  sécuritaires français ne résoudront pas ce gros tas de problèmes. Il y manque les prisons, les bagnes, les travaux forcés et quelques condamnation à mort de présumés futurs « terroristes ».

À l’Est, où j’ai vécu jusqu’en 1981, mon grand-père avait connu au moins cinq prisons politiques, avait bossé aux salines et avait creusé la terre pour le fameux Canal Danube-Mer Noire, heureusement jamais achevé. Il est rentré à la maison sans aucune dent. Ma mère avait été virée de son emploi, et ma grand-mère, Russe blanche d’origine, nous avait nourris de ses leçons de russes et de travaux de couture au noir. Pour sauver plus que sa peau, mon père avait alors écrit une pièce de théâtre à la gloire de Staline.

Ce qui n’avait pas suffit pour que je signe le moindre pacte avec le diable ni que je passe mes convictions à droite.

Pendant mes vingt dernières années passées à l’Est, j’ai quand même pu faire presque tranquillement ma dissidence. Il suffisait de ne jamais parler au téléphone, dans la maison ou dans la rue. Nous le faisions au milieu d’un terrain vague. Je m’en étais sortie avec un seul petit procès politique et en me faisant enfermer deux fois seulement. Les « camarades » n’avaient pas su me tirer les vers du nez pour la simple raison qu’ils ignoraient ma peur bleue des araignées et des papillons de nuit. S’ils en avaient rempli la pièce, j’aurais avoué la totale. (Inutile de vous frotter les mains. Depuis, je me suis farci des années de psychanalyse.) 

Lorsque je me suis enfuie, j’ai pu passer la frontière avec bon nombre de documents clandestins, les miens et ceux de quelques amis. J’ai, bien entendu, été déchue de tous mes droits. Mais comme il n’en avait pas beaucoup…

Quelques années après La Chute du Mur, à l’ouverture des archives secrètes, j’ai rendu tripes et boyaux en apprenant les noms des indics de mon entourage proche.

Avec ces 58% de concitoyens et concitoyennes en cours de rhinocérisation, qui attendent le putsch, Godot ou les deux, les machines totalitaires, en marche depuis au moins une vingtaine d’années dans la plupart des pays européens, ne risquent plus de s’enrayer.

Aux bons entendeurs, le salut !

Résister © Keith Haring Résister © Keith Haring

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