Philippe Vardon aux municipales de Nice : un néo-nazi se présente à la mairie ?

Si ce nom est connu par de nombreuses et nombreux militant-es à Nice, je me suis rendu compte en parlant autour de moi qu’il était également inconnu de nombreuses personnes et cela même à Nice, notamment auprès des personnes plus jeunes que moi. L'heure est trop grave pour laisser son nom affiché partout sans réagir.

Il faut donc d’abord présenter la personne puis revenir ensuite sur son revirement depuis 2013 et ma modeste analyse.

Du néo-nazisme identitaire au régionalisme

Philippe Vardon grandit dans le quartier des Moulins, un quartier populaire avec beaucoup de HLM ou anciens HLM, connu pour être un quartier où se concentrent comme tous les quartiers de ce type beaucoup de problèmes sociaux et liés à la précarité. J’ai d’ailleurs moi-même habité ce quartier à la même époque. Il est le fils d’un père adhérent au FN à une époque où celui-ci est encore dirigé par Jean-Marie Le Pen qui parlait de la Shoah comme d’un « détail de l’Histoire ». On imagine bien donc que baigner dans le nationalisme en nourrissant une haine de tout ce qui ne ressemble pas à ce qu’il croit être français, en rejetant la précarité de sa mère sur ce qu’il pense être l’étranger plutôt que sur les responsables politiques libéraux, le mènera à se radicaliser dans son idéologie.

Il va ensuite passer par des groupuscules nationalistes radicaux durant son adolescence dont il va adopter les codes vestimentaires mais également le langage. Il participe au groupe de musique nationaliste Fraction Hexagone (qui deviendra Fraction, puis Europa) dont il sera le chanteur et le compositeur à partir de 1999. Le groupe et ses chants sont notamment connus pour leur antisémitisme (complot sioniste mondial) et leur xénophobie (rejet de l’immigration). Dans un reportage nommé « Skin or Die » diffusé sur Arte en 1998, on le voit chanter des chants d’un groupe nommé Evil Skins, aux relents clairement néo-nazis au milieu d’autres hommes crânes rasés faisant des saluts hitlériens. L’extrait où on le voit chanter est sans équivoque : « Nous sommes la Zyklon Army, l'armée des skinheads ».1 C’est à cette époque qu’il rentre à l’Université de Nice pour suivre des études en droit. Il va y apprendre, de l’aveu de ses anciens enseignants, à « parler », c’est-à-dire à adopter un discours plus construit. Il va s’engager dans Unité Radicale qui se compose de groupes émanant du GUD (groupe étudiant très violent qui donnera le Bastion Social par la suite), du PNF(E) (parti néonazi) et de l’Oeuvre Française (groupe antisémite). Il se rapprochera également du MNR de Mégret, parti politique sorti du FN car le jugeant trop attentiste (!). C’est d’ailleurs de ces deux mêmes groupes que faisaient partie Maxime Brunerie, l’auteur de la tentative d’assassinat de Chirac en 2002. Il est intéressant de noter que Vardon n’hésite pas à mentir pour arriver à ses fins. Aussi il niera auprès de Nice-Premium en 20072 avoir été membre d’UR alors même que des anciens membres ont avoué qu’il s’était même bagarré avec d’autres au sein du groupe ce qui justement l’a fait éclater en 2002.

C’est donc à cet époque avec son comparse, de 6 ans son aîné et proche du FN, Fabrice Robert, que vont être fondés le Bloc Identitaire (tenu par Fabrice Robert) et les Jeunesses Identitaires (tenu par Philippe Vardon). C’est aussi à cette époque que Vardon sera reconnu plusieurs fois par des étudiant-es en train de poursuivre des personnes du fait de leur origine supposée ou du fait de leurs opinions politiques afin de provoquer des bagarres. Cette époque va marquer un premier tournant dans sa stratégie politique en essayant de lisser encore un peu plus son discours afin de pouvoir se présenter à des élections politiques. En effet, Vardon a compris par ses années à l’université qu’il fallait qu’il modifie sa stratégie et rende moins visible son but premier. En clair, il cherche déjà à partir de là à noyauter des courants idéologiques en avançant caché, il veut draguer petit à petit les prolos, les déçu-es du FN et du MNR, bref il cherche à rassembler plus tout en conservant un discours radical. Ce discours va de plus en plus se concentrer contre les musulman-es supposé-es et la xénophobie. Quelques années plus tard afin de se lancer vraiment en politique et à la suite d’autres divisions, ils fondent « Nissa Rebela » et vont monter des campagnes de communication « choc » à la manière de « Génération Identitaire » l’évolution des JI de Vardon plus tard. Nous avons alors à l’époque vu fleurir des stickers dans les rues de Nice disant « Oui à la socca, non au kebab ». Pour les lecteurs qui ne le savent pas la socca est une sorte de galette de pois chiches cuite dans un grand plat au four, traditionnel de la cuisine niçoise. A l’époque cela me faisait beaucoup rire sachant que je les avais déjà croisé mangeant leurs kebabs et allant ensuite tracter leurs slogans creux. C’est aussi à cette époque que le groupe avait un peu défrayé la chronique en faisant des soupes au cochon cherchant volontairement à provoquer les militant-es progressistes qui organisaient des soupes pour les SDF. C’est autour de 2005-2006 que le discours va donc prendre des relents de plus en plus centré sur l’islamophobie. De plus le mouvement va se teinter d’un régionalisme aussi soudain que totalement romancé. Feignant de défendre les traditions et valeurs supposément niçoises le groupe ne va pas hésiter à tordre totalement l’Histoire de la région afin de faire vendre. Cependant la stratégie prend et fonctionne. Vardon et sa bande ne s’y sont pas trompés, le natio-régionalisme a le vent en poupe. Il est amusant de voir comme ce régionalisme est alors (et toujours pour une grande part) critiqué par le FN. C’est aussi à cette époque qu’il attaquera avec d’autres personnes de son groupe la (feu) salle de concert "Le Volume" rue Defly le mardi 11 décembre 2007 pour empêcher un concert. La police appelée ira leur parler sans même les contrôler34.

Après avoir donc rassemblé autour de lui des personnes plus largement que de son milieu nationaliste et néo-nazi d’origine, il va se lancer dans une campagne identitaire et pseudo-régionaliste. Il obtiendra 3,3 % des suffrages à l’élection municipale de 2008. Il continuera ainsi sa campagne en laissant petit à petit de côté l’aspect régionaliste et en se reconcentrant de plus en plus sur la xénophobie et le nationalisme identitaire. Conscient du vent qui tourne et qui n’est déjà plus si favorable au régionalisme il préfère donc pleinement aller dans la stratégie nationaliste. Il va donc petit à petit faire marcher ses réseaux européens et nationaux (composés à la fois de nationalistes, de groupes néo-nazis et islamophobes, ainsi que des personnes étant partie du MNR pour rejoindre le FN). C’est par ce moyen qu’il va petit à petit se rapprocher du Rassemblement Bleu Marine par le biais notamment de Marion Maréchal (nièce de Marion dites Marine Le Pen) proche des milieux de l’extrême-droite radicale.

Se recycler au FN pour acquérir du pouvoir

En 2013, suite aux résultats des législatives de 2012 qui a vu la stratégie de tenter de lisser l’image du FN en intégrant des personnes plus jeunes ou moins ouvertement xénophobes et réactionnaires, Philippe Vardon tente d’intégrer le RBM et quitte le Bloc Identitaire. Mais cela ne convient pas jusqu’à la direction du mouvement, c’est-à-dire « Marine » Le Pen et Gilbert Collard qui empêcheront son adhésion. Mais sous la pression de ses supports Nicolas Bay et Marion Maréchal il sera finalement bel et bien intégré au mouvement, « Marine » Le Pen partageant toutefois sa surprise de voir un « hyperrégionaliste et européiste » vouloir intégrer un « parti jacobin et anti-européen » en se demandant si ce n’est pas une volonté de se « placer en vue des municipales ». Elle ne croyait pas si bien dire.

N’obtenant pas la possibilité d’être présenté sur la liste du FN aux élections municipales de 2014 il se présentera alors à nouveau sur la liste Nissa Rebela avec laquelle il obtiendra 4,43 % des voix. Mais son ambition est trop grande et il ne quittera pas le RBM pour autant. C’est en 2015 à l’occasion des élections régionales qu’il sera élu au conseil régional de PACA sur la liste du FN menée par Marion Maréchal, soutenue par Jean-Marie. Il adhèrera alors au FN. C’est à partir de là qu’il va doucement faire ses marques au sein du FN et devenir d’abord vice-président du groupe régional PACA FN et cadre du FN en entrant au conseil national de celui-ci. Dans le même temps il sera le candidat aux législatives de 2017 pour la troisième circonscription de Nice, celle où je votais. Il obtiendra 21,25 % des voix au premier tour lui permettant de se qualifier au second où il obtiendra près de 40 % des voix sur une campagne axée surtout sur la xénophobie et l’islamophobie. Avoir dû glisser un bulletin pour LREM au second tour pour faire barrage à cet homme que j’exècre m’a vraiment fait du mal, surtout si proche de la présidentielle où déjà ce dilemme s’était posé à moi. Durant le même temps il sera également conseiller en communication de l’eurodéputé FN Nicolas Bay et il écrira pour le magazine municipal de Fréjus (tenu par le FN par David Rachline, lui aussi issu des mouvances nationalistes radicales) pour 1500 € par mois, bien loin des salaires pratiqués pour les autres collaboratrices et collaborateurs de ce journal municipal, surtout vu la vacuité de sa participation réelle… de là à parler d’emploi fictif...

Aujourd’hui donc voilà Philippe Vardon qui se présente à la mairie de Nice sur les mêmes thématiques qu’aux législatives 2017 en lissant autant que possible son image et en faisant attention à ne pas faire de frasques. Pourtant au sein du FN il ne fait toujours pas l’unanimité chez les autres cadres du parti.

L’entrisme de Vardon

Je crois que la stratégie de Vardon depuis la fondation de Nissa Rebela est de gagner le pouvoir. Vardon n’est pas du tout un inconnu dans les milieux de l’extrême-droite radicale et notamment au niveau européen. Il a participé à de nombreux rassemblements avec des partis xénophobes et islamophobes, et même antisémites et néo-nazis. La réalité est que Marion Maréchal elle-même et d’autres « nouveaux » du FN depuis 10 ans tentent de tirer le parti vers la radicalité mais en adoptant une stratégie d’entrisme. L’idée est d’y prendre le pouvoir à l’aide d’un vote large grâce à l’image plus policée des « Marine » Le Pen et autres Robert Ménard, loin notamment de l’antisémitisme et du néo-nazisme, et d’y insérer petit à petit leurs idéologies. La preuve en est que Vardon, comme Marion Maréchal, continuent de rencontrer les figures les plus sulfureuses de l’extrême-droite radicale et surtout ne les condamnent pas contrairement au reste des cadres du FN (même ne serait-ce que pour la forme).

La volonté de Vardon est donc dans un premier temps de se donner une image policée afin de ravir dans 6 ans la mairie de Nice et faire gagner à la fange proche de l’extrême-droite néo-nazie et identitaire des élus.

Mon message s’adresse donc même aux personnes ayant l’intention de voter FN pour l’étiquette et qui ne voient pas ce qui se trame derrière. Pour autant, en tant que militant communiste, je ne peux évidemment pas me satisfaire de la moindre voix pour le FN ou même pour la droite. Mais je crois que le danger ici est bien plus grand encore que d’habitude et que ne pas le mesurer reviendrait à aider des personnes qui avancent cachées à semer les graines des pires horreurs idéologiques.

Vardon a changé oui, mais il est et restera selon moi un représentant de ce qui se fait de pire idéologiquement, baignant dans l’idéologie qui a pu donner naissance à des personnes comme Breivik et comme tous les néo-nazis que l’on voit fleurir partout dans le monde.

Pas une voix pour les personnes qui n’ont pas de problème avec l’idéologie néo-nazie !

 


1Voir la vidéo montée par Le Point : https://www.dailymotion.com/video/x2b7a0q

2https://www.nice-premium.com/actualite,42/jeunesses-identitaires-la-justice-dit-basta,2724

3http://ademonice06.com/vardon-la-culture-de-la-violence/

4Vidéo les montrant sortir du lieu suite à l’arrivée de la police : https://www.dailymotion.com/video/x3slad

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