CECIL TAYLOR : L'exubérance du Whitney Museum à New York

MOTS-CLÉS : CECIL TAYLOR, WHITNEY MUSEUM

CT:Music/Poetry/Letters © Ai CT:Music/Poetry/Letters © Ai
"I began to write poems when I was corresponding with a French poet whom I was in love with in 1962. I then became involved in the movement of burgeoning poets who did poetry readings at the clubs throughout the East Village and Greenwich Village. Sometimes Roi and I would be put on the same bill, and he and I would argue about who should go on first. The shows would have both poetry readers and jazz musicians.  
At one show, I met a poet named Aba. He had his own poetry magazine. He lived on 1st Avenue between 1st and 2nd Street. He was living with a black man who won a Rhodes Scholarship. This man told Aba that LeRoi’s last English teacher in high school was Allen Ginsberg’s father. Roi never told me. I was there when Roi wrote his play “Slave Ship.” Aba gave me a book written by this Rhodes Scholar. The book was published by Arnold Press, a subsidiary of The New York Times. The first part of the book was about paintings by black artists. The second part of the book was scores by Ellington which is what Roi uses to project the scenes of the play."--Brooklyn, Cecil Taylor

 

Un véritable frénésie frappe la scène du Jazz de NY, touchant toutes les classes sociales, dans un musée surtout. Les raisons de cet engouement c’est Cecil. 

Jeudi dernier, il s’est produit en grandeur : tel qu’il est, exubérant, sophistiqué, immense et unique. En raffinement il a pris son temps pour entrer sur scène et prendre certaines décisions de dernier moment. Vêtu d’une façon exquise et avec Moschus Love Fever, l’efficacité et la puissance de sa musique ont fait le délice de peu de privilégiés. En écoutant la mécanique de son corps, dès qu’il s’assoit par contre, sa main droite déroule le très rapide octave, la note simple et le phrasé; puis sa «grand orchestre » ,sa gauche, où percussion, rythmes et contre-champs éclatent dans une impressionnante diversité de jeux et d’interprétation.

Accompagné par Min Tanaka,  ils envoient un message puissamment moderne et revendicatif qui restera intégré au Whitney Museum à jamais. Avec Min ils forment depuis des décades un duo d’un imaginaire fantasque. Le danseur japonais étonne avec sa prodigieuse vitalité et exhibe une émotion et un pathos de toute beauté. La dance était fluide, aérienne, nuancé et impulsive. Et il y avait Tony...sans son drum kit. Une simple table avec quelques percussions électroniques dissonant. Aux antipodes de la célébration des 80 ans…Dans l’univers de la musique certains silences font plus de bruit qu’un enfant de 5 ans ; ce n’était pas le cas lorsqu’Oxley se tait dans le morceau. 

La vue sur l'Hudson est éblouissante et le cinquième étage est maintenant orné de son existence qui unit des communautés dont il a su franchir toutes les frontières. Toute son œuvre qui marque un tournant très important dans la musique Afro-américaine, s’inscrit dans une exposition temporaire dans un vaste retour aux sources.

Cecil a toujours écrit dans des petits cahiers ou sur des supports divers et variés, et il ne veut pas qu’on change un iota de sa création, ce qui a renvoyé aux calendes grecques la publication de beaucoup  de ses poèmes : Cecil se mérite. Dans ce cadre exceptionnel, sont également exposés ses disques faisant prendre conscience au visiteur que Cecil constitue un gisement d’un style de jazz bien particulier et très riche en open plan.

Devant la grandeur de C il faut se faire petit car c’est  comme entrer au pays des merveilles : chaque mot a une signification, comme les mots prononcés Jeudi dernier, par lui de façon homéopathique :  "Fungus", "Évanescence", "Alluvium", "Stalk"  font référence à des événements attachés à des moments vécus mais aussi à des espaces qu'il faut saisir si on sait appréhender son envoutante et véhémente compro/uncompromission artistique. La passion et la force du couple Cecil - Min ont saturé de leur feu tout l’espace faisant de ce premier set une immensité. Comme un moment angélique.

Le mois dernier Cecil avait parlé de ses Miro et de sa Unity Orchestra qui par l’enchantement de CT est devenu la "New Unity"... un septet. Ayant mis du temps pour imaginer ça,  la "nouvelle unité" est composé par des musiciens qui se connaissent de longue date et se sont lancés dans la plus grande expression du free jazz préservant la liberté de chaque individu y compris les mots de la poétesse, seul nouvelle pièce de la formation. En afinant la cohésion du groupe C distille et épate à chaque fois. Le deuxième set a contrasté avec le premier. C’est ça C : une immensité de contrastes et d’émotions. Sachant mettre le spectateur dans un toboggan inouï, pas seulement en vitesse mais aussi en jeu de miroirs, sans mettre la création au tiroir.

L'exposition qui est temporaire va familiariser le grand public avec la grandeur de cet homme, sa magie, sa sagesse. C’est une force de la nature, car il a toujours cru qu’il allait comme Matty disparaitre très jeune. Mais, pour notre plus grande joie, il est encore parmi nous. Et bien que rare en public, ce ne sera certainement pas la dernière fois que C fera impression. J'ai toujours pensé que pour lui un Musée serait l’idéal. Quand une exposition deviendra permanente, tout ce qui reste à voir sera pour le public. C est un Univers inépuisable, une inspiration perpétuelle parce qu’à 87 ans le monde enfin commence à comprendre qu’un personnage comme lui mérite un Musée. Il occupe une place spéciale au panthéon de la musique et de la poésie...dans son Univers si vaste il y a aussi une grande rationalité.

Cette exposition est temporaire mais je sais que le musée Cecil Taylor verra le jour. Entretemps allez contempler son Univers vous ne serais pas déçu du voyage! Une partie de l’esthétique Taylorienne est rassemblée dans cette exposition : sa contradiction subversive engagée, sa modernité, sa passion et la profondeur de sa poésie qui ne se cache jamais bien loin.

Cecil est la rage de vivre avec un grand C!

 

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