CECIL TAYLOR : L’Alchimie d’un Génie au Whitney Museum

MOTS-CLÉS : CECIL TAYLOR, WHITNEY MUSEUM NEW YORK CITY

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"Geneticists will tell you that human beings today are the most homogenous animals, because that is what we are, of any group of animals that precede us.  They will then tell you there is only one race, the human race.  For instance, the Dravidians populated Europe.  The Dravidians were from Central Africa.  Geneticists will tell you that the first bipeds were two women from Lake Tana in Ethiopia.  They will tell you that the process of birth, the sexuality of a baby is determined by the actions that go on in a woman’s womb.  When a woman and a man have sex, the woman bites off part of the man’s genes and that essentially is why all birth is feminine.  This is all explained in the stage production of “The Cage.”  Igor Stravinsky wrote the music for that production and Jerome Robbins did the choreography.  The dance tells this story about the mating process between female and male animals.  During coitus or sex, the woman devours the man.   The Bible distorted it.  They disregard what geneticists say.  They do not want you to face the truth.  “The Cage” premiered in 1951 in New York City and the cast of dancers included Nora Kaye and Yvonne Mounsey. Africa is the beginning and there is a deliberate effort to not teach that to the younger generation.  Young people do not know their heritage and there is a loss of dignity that is the outcome."--Cecil Taylor, Brooklyn.

 

 

Avec l’impromptu concert de hier soir, Cecil boucle son exposition temporaire au Whitney Museum en s’inscrivant davantage dans la légende. Son timbre de voix remarquable mettant en valeur la sensibilité des textes écrits ou récités, ainsi que les arrangements sophistiqués, confèrent à son répertoire une couleur qui influence toutes les musiques. La soirée révèle des influences réciproques allant du jazz jusqu’à l’univers intimiste levant les barrières entre la tradition et au-delà.

Une fois en place sa passion, sa fougue, sa modernité sont intactes étalant considérablement son vaste horizon musical. Chez Cecil il y a un côté sérieux et un autre joueur où l’osmose entre le  jazz aux racines Afro-Cherokee/Kiowa, et la musique de tradition Européenne sont aussi riches que les origines des ses musiciens d’hier soir, Harri Sjöström, Okkyung Lee, Jackson Krall, et encore Tony…le tout devenant de l’avant-garde américaine. 

La magie de Cecil s’installe avec audace et avec un impressionnisme romantique aux sonorités et sensations avec des pointillismes plus ou moins fugitives comme on le dirait d’un peintre. Impressionniste et passionnée, sa musique est née de ces contradictions, qui avec le temps sans doute, l’ont conduit à la sérénité. 

Son jazz libère une improvisation à laquelle se joint l’archet et les cordes d’Okkyung Lee, pour former des figures mélodiques ardentes, parfois prolongées de deux fois sa longueur. Tony moins économe que dans le premier concert, ajoute des notes électroniques cette fois ci au moment opportun.

Après la virtuosité inégalable de C amène le quintet petit à petit au climax avec un sens d’improvisation prodigieux où sont renouvelées les capacités expressives de chaque instrument. L’effervescence s’installe. Krall sur sa batterie au son vraiment particulier s’intègre aux accords jouant un rôle déterminant dans l’évolution de l’alchimie. Cecil est très rapidement capable de faire changer son Unité de style où le son héroïque de son clavier transforme en chef d’œuvre des mélodies enrichies avec tous les rythmes innés à son image qui révèlent les multiples facettes de son art. 

Puis il prend les mots comme planche de salut où on perçoit la volonté de se libérer en laissant son empreinte toujours atypique. Et l’impérieux besoin de dire des histoires justes au moment opportun. Faisant référence à sa citation en anglais au début du texte,la parole devient une illustration de son paradoxe et de son inépuisable imagination où il amène le spectateur à une incursion Anthropologique voyageant entre la Génétique des Populations et la Genèse de l’Humanité. 

 En point d’orgue, il fixe l’horizon et réfléchit en rythmant délicatement le climat sonore de son opus…Il se sert enfin d’un stick pour faire triompher l’équilibre des cordes de son Bösendorf comme s’il voulait raconter une histoire…Entre mots il remercie et finit avec souplesse son jeu d’invention. Avant de s’éclipser, il invite ses musiciens au salut et sa voix rauque se lève en tonnant: "Oxleyyyyyy" : il y a une ardeur et une puissance teintée de frénésie, tout en préservant l’affinité !

Parmi tous les grands du Jazz et de l’avant-garde, Cecil est sans doute celui qui suscite le plus grand étonnement de par son engagement personnel, symbolisant une expérimentation refusant même à 87 printemps de se plier aux froideurs de tout totalitarisme. J’insiste : ce n’est pas la dernière fois qu’on verra Cecil éblouir tout un public ; son exposition temporaire venant à son terme suscite déjà une nostalgie comme une romance inachevée d’un grand maître des sons….et des mots.

 

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