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Billet de blog 2 juil. 2021

Podcast - Le récit d'Antoine dont la main droite fut arrachée par une GLI-F4

Antoine a 26 ans lorsqu’il perd sa main droite lors de sa participation à la Marche pour le Climat mêlée à l’acte IV des Gilets Jaunes le 8 Décembre 2018 à Bordeaux. Sur la Place Pey-Berland noyée de gaz lacrymogène, une grenade GLI-F4 roule à ses pieds…

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Antoine a perdu sa main droite en 2018, arrachée par une grenade GLI-F4 © Rudy BURBANT

IMPACT est un travail d'enquête documentaire sur l'impact de violences policières sur les corps et les vies. Ce sont des récits de reconstruction, de combat des corps et des esprits pour réapprendre, parfois se retrouver, souvent se réécrire. Ce sont aussi des histoires de déni, d’invisibilisation et d’inlassables combats judiciaires.

Rencontres avec des victimes de ces violences dans différents contextes d'opérations de "maintien de l'ordre", ainsi que des personnes mobilisées sur ces questions (médecin, ONG, ..)

Série composée de photographies, de textes et de témoignages sonores sous forme de PODCAST.


EPISODE #2 : Antoine raconte avec calme, précision, honnêteté et lucidité, l'horreur de ce jour là. Puis il aborde l'impact sur sa vie d'après, sa rééducation et la "notion" de membre fantôme. Son engagement au sein du collectif  "les mutilés pour l'exemple" contre les armes utilisées par les forces de l'ordre et les suites judiciaires suite à son dépôt de plainte.

Un récit posé et combatif.

(Entretien réalisé en juillet 2019.)

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La prothèse myoélectrique d'Antoine à été fabriquée sur mesure, elle a coûté près de 30 000 euros, pris en charge par la Sécurité Sociale. © Rudy BURBANT

(Extrait de son récit)

Le samedi 8 décembre 2018, Antoine, qui n'était plus allé en manifestation depuis longtemps, se rend avec son frère à la marche pour le climat à Bordeaux.

Ce jour-là, le cortège s'entremêle assez vite à celui des Gilets Jaunes. Antoine qui avait quelques a priori sur ce mouvement, réalise en échangeant avec les manifestants qu'ils sont pour la grande majorité des personnes très sympathiques portant des revendications qui lui font écho et semblent bien plus riches que ce qu'il entend relayé dans de nombreux médias depuis le début du mouvement.

La situation se tend sur la Place Pey-Berland devant l'Hôtel de ville, où les manifestants sont accueillis par des grenades lacrymogènes pour les disperser rapidement. Mais la tension monte à mesure de l'après-midi. Antoine et ses amis dans un geste potache, lancent en réponse, sur les forces de l'ordre, des œufs de poules élevées en batterie pour dénoncer symboliquement le capitalisme effréné. Puis ils s'éloignent de la tension du lieu pour aller prendre un verre.

Ils reviennent plus tard pour voir où en est la situation. La place est noyée de gaz lacrymogène, Antoine s'avance par curiosité dans le nuage pour voir ce qu'il peut distinguer plus en avant, il ne distingue pas grand-chose. Une grenade GLI-F4 roule à ses pieds. Dans son esprit, à cet instant, c’est une grenade lacrymogène. Par réflexe il tente de la saisir pour l’éloigner, se protéger. Elle explose et pulvérise littéralement sa main, qui devra être amputée. L’explosion lui cause aussi de multiples brûlures profondes au niveau des jambes dont les cicatrices resteront.

Bac + 2 en animation sociale et socioculturelle, Antoine avait pris une année de pause dans ses études pour travailler. Il occupait un poste d’animateur dans une école maternelle de Bordeaux. Les soins, puis la convalescence et la rééducation, ne lui ont pas permis de renouveler son contrat. Il a donc perdu son travail. Il a repris ses études à la rentrée suivante.

Sa plainte déposée contre le ministre de l’Intérieur d'alors, Christophe Castaner, et le préfet de Gironde de l’époque, Didier Lallement (qui deviendra plus tard préfet de Paris), a été tout d’abord classée sans suite au motif que le policier qui a lancé la grenade n’a pas été identifié, selon l’enquête de l’IGPN.

L’enquête a été relancée par le procureur général de Bordeaux en janvier 2021, elle est à ce jour, toujours en cours d'instruction.

Il participe avec d’autres blessés à la création du collectif «Les mutilés pour l’exemple», qui a pour vocation de leur donner une visibilité et permet une solidarité entre eux, de venir en aide aux nouveaux blessés et de militer pour l’interdiction de ces armes par la police.

Le 28 juin 2020, Antoine est élu conseiller municipal d’opposition sur la liste «Bordeaux en luttes» aux cotés de Philippe Poutou (NPA). Par la voie des urnes, il entre à la mairie devant laquelle il avait perdu sa main.

La prothèse myoélectrique sur mesure d’Antoine a été fabriquée en octobre 2019. C’est la plus élaborée des prothèses, mais elle demande un effort de rééducation extrêmement important comparé à une prothèse mécanique. 

Son coût est d’environ 30 000 euros pris en charge par la Sécurité sociale. La condition pour en bénéficier : avoir à l’essai une prothèse de prêt du même type, apprendre à l’apprivoiser durant la rééducation et constater sa capacité à en faire usage. Cette prothèse n’est pas adaptée à tout le monde du fait de la rigueur de cette rééducation.

Elle est équipée d’électrodes qui, posées contre le moignon, captent les contractions musculaires et permettent d’actionner la main. Elle n’a pas la fluidité d’une main naturelle mais permet de tenir 16 positions différentes, dont certaines peuvent être programmées via une application mobile. D’après Antoine rien n’est devenu impossible, tout est question d’adaptation... Il dispose également d’une prothèse mécanique en cas de panne de sa main myoélectrique, son coût est de 7 000 euros.

Au total, c’est donc près de 37 000 euros que la Sécurité sociale prend en charge. Antoine pourra changer de prothèse tous les 5 ans, selon l’usure.

Certaines mutuelles ne prennent pas en charge les frais médicaux causés par des blessures survenues lors de manifestations, ce qui cause de grandes difficultés pour certains blessés et mutilés. Des cagnottes sont mises en place pour leur venir en aide. Antoine n’en pas eu besoin, sa mutuelle prenant en charge ses frais médicaux.

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