Podcast - Lola, touchée par un tir de LBD à la machoire

Le 18 décembre 2018, Lola, étudiante à l'école d'arts de Bayonne, participe à un rassemblement de protestation contre l'organisation à venir du G7, à Biarritz. Au bord de la plage, debout sur un banc munie de sa caméra, elle est touchée à la bouche par un tir de LBD 40 d'un policier ripostant au jet, par un manifestant, d'un sac en plastique contenant une crotte de chien. Sa mâchoire est brisée.

Lola touchée par un tir de LBD 40 à la machoire en décembre 2018 © Rudy BURBANT Lola touchée par un tir de LBD 40 à la machoire en décembre 2018 © Rudy BURBANT

EPISODE #4 : Lola raconte le dispositif démesuré de forces de l'ordre ce jour là dans les rues de Biarritz, le tir de LBD 40 qui vient briser sa machoire. L'incompréhension, la colère, les réactions post traumatisme. Elle raconte aussi l'énergie vitale de retourner en cours, son espoir d'un procès juste qui s'est dessiné puis sa déception finale face au mécanisme du CRPC (comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité)

(Entretien réalisé en juillet 2020)

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IMPACT est un travail d'enquête documentaire sur l'impact de violences policières sur les corps et les vies. Ce sont des récits de reconstruction, de combat des corps et des esprits pour réapprendre, parfois se retrouver, souvent se réécrire. Ce sont aussi des histoires de déni, d’invisibilisation et d’inlassables combats judiciaires.

Rencontres avec des victimes de ces violences dans différents contextes d'opérations de "maintien de l'ordre", ainsi que des personnes mobilisées sur ces questions (médecin, ONG, ..)

Série composée de photographies, de textes et de témoignages sonores sous forme de PODCAST.

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EXPOSITION à NICE du vendredi 24 septembre au 16 octobre dans le cadre du festival de photographie contemporaine L'Image_Satellite. Lieu : Grande Halle / Le 109 | Pôle de cultures contemporaines

photo expo IMPACT / NICE © Rudy BURBANT photo expo IMPACT / NICE © Rudy BURBANT

(Extrait de son récit)

Le 18 décembre 2018, Lola, 19 ans, est en prépa d’école d’arts à Bayonne lorsqu’elle participe avec une amie à un rassemblement à Biarritz contestant l’organisation du G7 l’été suivant.

L’idée de voir la région tranquille barricadée et privatisée pour la venue de ce sommet mobilise des militants altermondialistes, écologistes et Gilets Jaunes du coin le jour de la visite préalable de Jean Yves Le Drian venu rencontrer les élus.

Lola se souvient d’un dispositif policier démesuré pour le nombre de manifestants et de son sentiment d’une démonstration de force en vue du G7 à venir.

Le rassemblement débute dans le centre-ville, puis est repoussé vers la promenade au bord de la grande plage. Sur place un cordon policier bloque le passage. Ils sont quelques dizaines de manifestants, dispersés. L’instant est calme. Certains manifestants s’amusent à courir sur la plage.

Lola est debout sur un banc, étonnée de ce déploiement de force dans ce lieu où les manifestations sont d’habitude très tranquilles. Elle regarde la scène au travers de son caméscope qu’elle a amené pour documenter la manifestation, mais elle ne filme pas à ce moment-là.

Sur sa droite, une personne jette un sachet contenant une crotte de chien sur le cordon de policiers en criant par deux fois «Attention merde de chien !». L’un d’entre eux riposte immédiatement par un tir de LBD qui rate sa cible. Il vient percuter Lola en pleine mâchoire. Envahie d’incompréhension elle descend du banc, s’éloigne et porte sa main au visage pour faire « compresse ».

Elle est prise en charge par les pompiers un peu plus loin. Le choc post traumatique se manifeste déjà dans le camion qui l’amène aux urgences. Très vive et en colère face à ce sentiment d’injustice, elle est prise de sortes de crises d’angoisse, de sanglots, de souffles courts, a du mal à se faire comprendre. Ces crises resurgiront plusieurs fois de jour comme de nuit les jours qui suivront.

L’impact du tir, à la commissure des lèvres, a éjecté une dent, provoqué une plaie ouverte et des déchirures de la peau à l’intérieur et à l’extérieur de la bouche, recousues par plus de 40 points de suture.

Lola souffre aussi d’une triple fracture de la mâchoire. Elle est opérée le lendemain. Une plaque et une broche lui sont posées pour consolider et limiter les dégâts.

Les mois suivants ses mâchoires récupèrent au fil des multiples séances de rééducation qui lui permettent de retrouver de la mobilité et de réapprendre à bien articuler. Mais elle ressent toujours une gêne qui persistera du fait du décalage subsistant entre les deux mâchoires. L’onde de choc a également impacté d’autres parties du corps.

Elle a notamment engendré des gènes dans les cervicales. Ses dents restent fragilisées, elle doit parfois extraire des morceaux qui s’effritent et l’une d’elles a dû être dévitalisée pour être retirée. Lola risque dans l’avenir de subir une arthrose précoce de la mâchoire. 

Fait rare, le tireur, un policier de la BAC, est identifié et reconnaît le tir injustifié. Mais il sera condamné le 26 juin 2020 à une modeste amende de 1350 € lors d’une procédure expéditive nommée «CRPC». Un «plaider coupable» qui permet de juger rapidement en négociant la peine avec l’accusé contre une reconnaissance préalable de sa culpabilité.

Cette peine est proposée avant le procès par le procureur à l’accusé, qui l’accepte ou non. En cas de refus la procédure classique s’applique : la peine proposée est donc en général plutôt «alléchante».

Lola est consternée qu’une telle procédure soit mise en place pour une question aussi importante que les violences policières, d’autant qu’elle et son avocate ne l’apprennent qu’une semaine avant la date du procès.

Elle a la sensation de ne pas être respectée en tant que victime, que la gravité de l’acte n’est pas reconnue et que c’est une manière d’éviter le fond de la question puisque l’on ne revient pas sur les faits lors de l’audience, qui est en fait une simple audience d’homologation de la peine par le juge.

Le tireur, bien que condamné, peut continuer d’exercer dans la police.

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