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Billet de blog 7 févr. 2022

Macron-Orpea : même combat !

Le rationnement des couches, dans les Ehpad du groupe Orpea, ça n’est pas un dysfonctionnement de notre monde. C’est son fonctionnement. C’est à l’image d’un pays qui rationne les enseignants dans les collèges, les soignants dans les hôpitaux – mais qui gave les actionnaires et les milliardaires.

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Les soignants, les écoles, les salariés : tout ça Macron le rationne, comme les couches chez Orpea. Sauf là-haut. Là-haut c'est l'orgie. © Frédéric Legrand - COMEO


« Les vieux pour eux, c'est de l'or gris. » Ancienne salariée d'Orpea, Michèle témoigne du rationnement : « La nourriture, on pesait tout au gramme, c'était pas du tout 'tout le monde peut se resservir'. Pour le goûter, vous voyez les biscuits Pépito ? C'était un Pépito. Un seul. À 16 heures. On ne pouvait pas en donner plus. De même pour les couches, on dit les protections, on nous avait dit maintenant c'est trois à quatre par jour. Vous vous rendez compte ? Une personne qui se fait dessus, on n'a pas le droit de la changer ? » L’aide-soignante exerce désormais comme secrétaire : « Je ne pouvais plus, alors que c'est un métier que j'ai choisi, parce que je voulais aider les gens. »

Tout est ainsi rationné. Les repas. Les couches. Mais surtout les soins, avec plus de patients pour moins de soignants. C’est l’humain, au final, qui est rationné. La seule chose qui n’est pas rationné, dans ce système, ce sont les profits, par centaines de millions. Une marge bénéficiaire de 25% ! Et les revenus du directeur, 1,3 million annuel, le double en parachute doré

Des ministres aux journalistes, des députés aux plateaux télés, chacun crie au scandale. Et avec raison, car c’en est un : nos fins de vie valent mieux que leurs profits ! Mais c’est notre pays tout entier qui est un scandale.

J’ai fait un bon tour des hôpitaux, par chez moi, en Picardie, mais aussi dans l’ouest, en Mayenne, en Bretagne. Partout, c’est le manque de lits. Le manque de bras. Jusqu’au manque, parfois, de compresses. « Aux urgences, là, derrière nous, vous avez un vieux monsieur qui attend depuis dimanche, depuis trois jours, dans le couloir. Il n’a pas de chambre. Avec de la lumière dans les yeux, donc, le jour, la nuit, il ne peut pas dormir. C’est comme ça, vous croyez, que j’aimerais qu’on traite mes parents, mes grands-parents ? » Là, les budgets sont serrés, les « taux d’occupation » surveillés au jour le jour, etc.

Je me bagarre, en ce moment, sur les heures d’enseignement dans les collèges et les lycées. Le rectorat fournit des tableaux, sur les ratios enseignants/élèves, avec deux chiffres après la virgule. Des postes sont encore supprimés, en particulier dans les « établissements prioritaires » (qui ne le sont plus). En un mandat de Macron, dans mon département, la Somme, c’est l’équivalent d’un collège qui a disparu. A l’échelle de la France, ce sont 175 collèges – près de 8 000 enseignants.

Et quand les Leroy-Merlin, les Transdev, les Valeo, les Tipiak, les Dalkia, mais aussi les éducateurs, les auxiliaires de vie, les agents d’entretien, les caristes, les maçons, bref, « ces hommes et ces femmes sur qui le pays repose tout entier », comme causait Macron, mais que « nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal », quand eux réclament qu’on relève leur salaire, que ça suive au moins l’inflation, qu’on donne un coup de pouce au smic, eh bien, faut discuter durant des heures, des jours, pour arriver à un mini-pourcentage ou à rien du tout.

Tout ça, Macron le rationne - comme les couches chez Orpea.
Il faut se serrer la ceinture, voilà leur mot d’ordre, partout.
Sauf là-haut.
Là-haut, c’est l’orgie.
Là-haut, on se déboutonne.
Là-haut, il n’y a plus de limite.

« Les entreprises du Cac 40 annoncent des bénéfices record », indique Le Monde. Total, avec 15 milliards de bénéfices, va faire du jamais vu, jamais connu – alors que les prix à la pompe ont grimpé de 40 % en six mois. Et à qui tout cela va ? « Les géants du CAC 40 ont récompensé leurs actionnaires comme jamais en 2021 », titre Les Echos, le journal de Bernard Arnault. Et la fortune des cinq plus riches familles françaises, Arnault, Pinault, Bettencourt, Wertheimer (Chanel), Hermès, ont quasiment triplé en cinq années de Macron.

Aucun rationnement, là.
Pas de chiffres derrière la virgule.
Et Macron, en président du C.A. ne dit rien devant cette gabegie.
Alors qu’il devrait. Pour se féliciter.

Oui, car Macron a gagné. Son projet, en cinq ans, il l’a mis en œuvre. Ça a commencé, fort, avec la suppression de l’ISF, la baisse des APL, la Flat Tax. Il a ouvert les vannes, et pour ses amis, ceux qui l’ont financé en 2017, ceux qui ont mis sa photo en Une de tous les journaux, ceux qu’il a fréquentés chez Rothschild, ses ex et ses futurs clients, pour ses amis, l’or a coulé, a débordé, et déborde encore plus que jamais, littéralement : plus que jamais.

Ces milliards, ces centaines de milliards, ce sont les nôtres. Ces milliards devraient augmenter les bas salaires et le point d’indice des fonctionnaires. Ces milliards devraient aller, aussi, surtout, pour notre santé, pour l’éducation de nos enfants, pour l’accompagnement de nos aînés : financer ces services pour tous, et pas seulement du luxe pour les privilégiés.

Voilà le Scandale, le scandale majeur, le Scandale à majuscule. Gros comme une vache au milieu du couloir, et qu’ils voudraient pourtant rendre invisibles, normal, banalisé, inscrit dans le paysage. Et je dois le dire : nous avons laissé la vache s’installer.

Mais là, c’est le moment de se réveiller. Elle doit servir ça, cette campagne présidentielle : à se révolter. A refuser, de tous nos « non » rassemblés : parce que, contre ce monde d’Orpea et de Macron, contre cette logique de financier, de banquier, nous sommes la majorité, une très vaste, une écrasante majorité. Qui doit se frayer un chemin d’espérance vers l’Elysée. Cinq ans qu’ils nous écrasent sur leur passage : c’est à nous, de nous mettre en marche et de les mettre à bas.

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