POLITIQUE : COMMENT PAUL KAGAME A RENVERSE LA SITUATION !

Le génocide contre les Tutsi en 1994 a été le point culminant de 30 ans de politique d'impunité dont jouissaient, tant sur le plan interne qu'international, ceux qui les opprimaient pendant des décennies. La prolifération de la négation du génocide au cours des 27 dernières années en Occident est également le résultat du soutien de la France et du Vatican aux génocidaires.

POLITIQUE : COMMENT PAUL KAGAME A RENVERSE LA SITUATION! 
Une lutte de vingt-sept ans dans les relations entre les Français, les Catholiques et les Rwandais.

Par Gatete Ruhumuliza Nyiringabo, Juriste, Ecrivain et Panafricaniste
(Texte original en anglais)

ircadfrance-str

 « S'ils ne sont pas punis, les criminels écrivent leurs mémoires », dit un vieil aphorisme. Ces mémoires visent souvent à justifier leurs actes, à rejeter la faute sur leurs victimes et à servir de préludes à de futurs crimes.

Cela ne saurait être plus vrai que lorsqu'il est appliqué à la négation du génocide. En effet, le génocide contre les Tutsi en 1994 a été le point culminant de 30 ans de politique d'impunité dont jouissaient, tant sur le plan interne qu'international, ceux qui les opprimaient pendant des décennies. La prolifération de la négation du génocide au cours des 27 dernières années en Occident est également le résultat du soutien de la France et du Vatican aux génocidaires.

Au fur et à mesure que les relations s'amélioreront, tous les médias attribueront le rapprochement en cours sur le changement de cœur de la France et - ou du Vatican. En réalité Emmanuel Macron, ou le pape François n'ont pas sauté, ils ont été poussés: par la personne de Paul Kagame.

Dans cet article, j'expliquerai quatre points:

  • Les conséquences de l'impunité;
    • Le soutien de l'Église et des Français à la politique du génocide;
    • Qu'est ce qui a changé;
    • Le tournant.

Les conséquences de l'impunité:

Les enfants des auteurs du génocide basés en Europe,
 regroupés dans une association de négation du génocide: Jambo ASBL

jambo

Les pogroms anti-tutsis ont commencé en 1959, se sont poursuivis en 1960, 1961, 1963, 1972-1973, 1990, 1992 et finalement 1994. Mais ils n'ont jamais été punis. Les paysans qui ont été habilités à tuer des Tutsis dans les années 50, 60 et 70 et qui en ont été récompensés ont donné naissance aux auteurs du génocide des années 90, qui, à leur tour, donneront naissance à des négationnistes modernes basés en Europe, tels que Donatien Nshimyumuremyi le fils de Félicien Kabuga, supposé être le financier du génocide contre les Tutsi.

Le 20 mai 1963, Grégoire Kayibanda, fondateur d'un parti raciste MDR-Parmehutu et officiellement premier président post-indépendance du Rwanda décrète une amnistie générale pour tous ceux qui ont pris part à la persécution des familles tutsies. Il a appelé cela une «révolution populaire» - ou «Muyaga» (le vent) en kinyarwanda.

La même loi cependant excluait de l'amnistie les membres de l'UNAR, les monarchistes tutsis et hutus et les indépendants, regroupés en un parti indépendantiste: l'Union des nationalistes rwandais. En 1963, à la suite de la première attaque des Inyenzi - la branche armée de l'UNAR du Burundi, les Tutsi qui constituaient plus de soixante pour cent de la population de la province sud-ouest d'Ubufundu et d'Ubugesera ont été massacrés par des dirigeants locaux et des paysans hutus à qui il était promis de reprendre la succession des victimes.

À l'époque, personne dans la communauté internationale n'a condamné les massacres, pas même les Nations Unies , seul un informel « tribunal Russell-Sartre », dirigé par les philosophes britanniques et français Bertrand Russel et Jean Paul Sartre,  a dénoncé, pour la première fois, un génocide contre les Tutsis en cours, en 1964.

Puis le président Kayibanda a prononcé un discours dans le stade de Gitarama en présence de tout le corps diplomatique : « qui est en train de commettre le génocide? »,  a-t-il fait remarquer, puis d'ajouter : « A supposer par l’impossible que vous veniez à prendre Kigali d’assaut, comment mesurez-vous le chaos dont vous seriez les premières victimes ?  Je n’insiste pas : vous le devinez, sinon vous n’agiriez pas en séides et en désespérés! Vous le dites entre vous : « Ce serait la fin totale et précipitée de la race tutsi. Qui est génocide ? » C'était le 11 avril 1964.

Par ce discours, Kayibanda venait de nier le génocide et il venait de rejetter la faute aux victimes comme ayant causé leur propre mort.  Ainsi, il a justifié un génocide de civils innocents par une attaque d'un mouvement rebelle.

Le soutien de l'Église et des Français à la politique du génocide.

Perraudin et Gregoire Kayibanda

perraudin-kay

À chaque étape, les auteurs du génocide avaient un soutien occidental. Les «Parmehutu» étaient soutenus par les colonialistes belges et l’Église catholique. Avant de devenir président, Kayibanda a été l'assistant personnel du prêtre suisse André Perraudin, archevêque de Kabgayi, dans l'ouest du Rwanda de 1959 à 1989.

Perraudin, qui (pour son 60e jubilé de la prêtrise en 1999 a été visité dans son village reclus suisse du Valais par des survivants tutsis pour lui offrir une «machette en or» pour avoir semé la haine au Rwanda), il haïssait les Tutsi et tous les membres de l'UNAR. Avec les colonialistes belges, ils ont induit le monde en erreur en les qualifiant de «communistes». Cela a fait des exilés tutsis des parias aux yeux de l'Occident, dans un contexte de guerre froide, en plus qu’ils étaient incapables d'articuler leur cause sur la scène internationale. De nombreux anciens se souviennent: «Ils nous appelaient communistes, mais nous n'avions aucune idée de ce que cela signifiait. Notre connaissance du communisme se limitait à notre admiration pour Nkrumah et Lumumba. »

Scholastique Mukasonga, Auteur: «Inyenzi ou les cafards»

mukasonga10

En 1959, alors que les Tutsis étaient persécutés, la puissante église catholique a publié une lettre pastorale à tous ses diocèses, que les « communistes rwandais » étaient des ennemis de l'Église et de Dieu, et qu'il était du devoir de chaque catholique de les combattre, car de ce combat ils recevront des « indulgences » de l'église.

En d'autres termes, tuer des Tutsis au Rwanda était légalisé par l'État et consacré par l'Église.

Les Tutsis ont été massivement exilés hors du Rwanda. Ceux qui sont restés ont été dépossédés de leurs terres, de leur bétail et de leurs richesses, puis expulsés de leurs régions d’origine et effectivement vers des «Tutsistans», à Rukumberi, au Bugesera et dans de nombreuses autres régions arides et inhospitalières remplies de mouches tsé-tsé. Ils ont ensuite été encerclés par des communautés hutues déplacées du nord du Rwanda, avec pour mission de tuer leurs voisins le moment venu. Aux communautés hutues environnantes, des écoles, des hôpitaux, de l'eau et de l'électricité ont été construits; mais pour les Tutsis assiégés ? Rien !

Antoine Mugesera, Auteur: «Les moyens de subsistance des Tutsis entre 1959 et 1994»

mugesera-a

Pendant trente ans, les Tutsi ont étaient soumis à une oppression systémique, leurs filles maltraitées, contraintes de se marier à un âge mineur, leurs frères et leurs pères battus et humiliés quotidiennement. Les témoignages les plus saisissants de rescapés du génocide proviennent de ces Tutsistans. Certains récits sont insupportables et troublants mentalement que je m'abstienne de les lire pour pouvoir continuer à vivre et à fonctionner au Rwanda.

Pendant 27 ans, depuis que le Front patriotique rwandais a mis fin au génocide contre les Tutsi, la France et l'Église catholique, tous deux accusés d'un rôle de complice, sont restés de fervents partisans de leurs complices génocidaires jusque-là et les ont mis à l'abri des poursuites. Après leur défaite, les dignitaires du régime génocidaire ont été évacués avec leurs familles et installés dans la «métropole» - la France métropolitaine, au Vatican - et dans toute l’Europe.

Certes, la négation du génocide en Europe est apparue parallèlement à d'importantes avancées dans la répression du génocide contre les Tutsi par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Cependant, le clergé et les Français ont continué à contrecarrer les efforts du TPIR et du gouvernement dirigé par le FPR pour traduire les tueurs en justice. Ils ont continué à induire en erreur la communauté internationale également: le président François Mitterrand a été le premier à parler des «génocides» sous-entendant qu’il y avait eu des génocides des deux côtés. Son successeur Jacques Chirac a conspiré avec un juge, Jean Louis Brugère pour émettre des actes d'accusation contre les dirigeants rwandais post-génocide. Des livres et des rapports ont été financés, affirmant que le génocide avait été causé par le FPR, décrivant un groupe d'envahisseurs étrangers en provenance d'Ouganda, soutenus par le monde anglo-saxon pour opprimer les Hutu par ailleurs pacifiques, les vrais propriétaires du Rwanda.

D'autres ont affirmé que le FPR avait abattu l'avion du défunt président Habyarimana, déclenchant le génocide; d'autres aussi, disent que le FPR a mené un génocide sur la population hutu au Rwanda et en République démocratique du Congo. Les livres de tous ces auteurs seraient rapidement publiés par des éditeurs français et invités à s'exprimer sur les plateformes de télévision.

Des prêtres tels que Wenceslas Munyeshyaka qui avaient violé des femmes Tutsie pendant le génocide ont continué à officier dans les paroisses des villages en France, tandis que les cerveaux du génocide, comme Agatha Kanziga, l’épouse de l’ancien président Habyarimana, ont continué à vivre librement dans la «métropole». L'auteur britannique Linda Melvern a révélé que les services secrets français avaient envoyé à travers le monde, à d’autres services des renseignements partenaires, de faux renseignements, avec des récits soigneusement rédigés, selon lequel des espions rwandais ciblaient des dissidents.

La Belgique, qui avait été la première nation occidentale à reconnaître sa responsabilité fondamentale dans le génocide contre les Tutsis, n'a rien fait par la suite pour interdire les associations qui colportaient la négation du génocide et les théories du double génocide. Les universités ont continué de financer le profilage ethnique secret au Rwanda.

Cela a permis aux enfants de génocidaires, qui ont tous grandis en Europe de faire avancer des théories selon lesquelles leurs parents étaient innocents. Ils ont ouvertement collecté de l’argent pour l’envoyer à la FDRL - une organisation terroriste inscrite sur la liste noire, et se sont filmés en train de visiter la milice armée dans les forêts de l’est de la RDC, puis sont retournés en Europe sans aucun souci.

Soutenus par la France, la Belgique et l'Église catholique, les génocidaires et leurs descendants ont connu l'impunité pendant plus de deux décennies et demie!

Qu'est ce qui a changé?

Le Rwanda est passé à l'offensive. Paul Kagame a fait l'impensable: le lundi 27 novembre 2007, il a ordonné la fermeture de l'ambassade de France à Kigali, coupant de fait toutes les relations avec la France. La décision a provoqué une onde de choc dans les anciennes colonies françaises, qui ont toutes commencé à compter des jours avant que Kagame ne soit assassiné, le Rwanda sous embargo ou renvoyé dans la guerre civile. Même certains civils rwandais étaient inquiets. Rien n'est sorti de tout cela.

Au contraire, Paul Kagame est devenu une figure de proue de la gouvernance africaine. Il a offert un soutien militaire et géopolitique à ses pairs à travers le continent et en particulier en Afrique «francophone». Il a envoyé des troupes rwandaises pour maintenir la paix en Côte d’Ivoire et en Haïti, a envoyé des conseillers rwandais au président nouvellement élu du Bénin, Patrice Talon. Il a ramené le Maroc dans l'Union africaine et s'est lié d'amitié avec Ali Bongo du Gabon et feu Idriss Deby du Tchad. Après que les Français n'aient rien fait en République centrafricaine, Paul Kagame a envoyé ses « boys » pour pacifier le pays et servir des gardes rapprochés du président et de tous les dignitaires en visite.

kag-sol

Après une visite à Kigali, Ali Bongo a déclaré qu'il envisageait de faire du Gabon un pays anglophone et a ordonné que l'anglais soit enseigné dans les écoles primaires. Le professeur Alpha Condé, ancien élève de «La Sorbonne», a déclaré dans un discours et en français qu’il considérait Paul Kagame comme son exemple de leadership. Il y a deux ans, au Festival panafricain du film (Fespaco) au Burkina-Faso, Paul Kagame était invité par Roch Kaboré nouvellement élu en tant qu'invité d'honneur de sa 26e édition.

Au paravent, les dirigeants africains l'ont élu pour diriger et réformer la Commission de l'Union africaine, d'où il a fait pression pour un accord de libre-échange continental révolutionnaire. Il est devenu populaire auprès de la jeunesse africaine, qui l'a souvent élu: Africain de l'année. Les chefs d’État africains ont dit à la France: « Nous sommes fatigués de votre discours sur la démocratie. Nous voulons ça! Nous voulons le modèle de Kagame! » Au fil du temps, l’aura de Kagame en est venue à menacer la présence de la France sur le continent berceau de l’humanité…

Le vent de marée

Paul Kagame rencontre le pape François au Vatican

vatican

Le vent a commencé à tourner lorsque Nicolas Sarkozy, un conservateur modéré qui n'avait aucune affiliation politique avec le gauchiste François Mitterrand a accédé au pouvoir. Sarkozy, en tant que jeune fils d'un juif migrant, n'a pas ressenti le besoin de défendre les crimes de son lointain rival politique.

Nicolas Sarkozy est devenu le premier président français à se rendre au Rwanda après le génocide contre les Tutsi et a prononcé «le début» d’un discours de repentance. Les efforts de Sarkozy ont été soudainement contrariés lorsqu'un autre disciples de Mitterrand, François Hollande a pris le relais et est revenu à la vieille politique du génocide.

Mais les relations entre le Rwanda et la France se sont vraiment réchauffées récemment, lorsqu'un jeune banquier dynamique est venu, a vu et a perturbé la classe politique française vieillissante, faisant exploser les partis classiques de gauche et de droite. Emmanuel Macron a redéfini le paysage politique en nommant des jeunes technophiles et activiste de la société civile; une société civile française qui avait largement soutenu le gouvernement dirigé par le FPR.

La vieille garde française a conservé son autorité dans l'armée et le parlement où elle s'est retirée, panser ses blessures et ruminer des gloires Françafrique perdues depuis longtemps. Frustré, le parlement français a refusé à la commission de Vincent Duclert l'accès à ses archives, et le mois dernier, le 21 avril, suite à la publication du rapport Duclert soulignant la responsabilité écrasante de la France dans le génocide contre les Tutsi et critiquant l'intervention militaire de la France au Rwanda en 1994, une vingtaine de généraux d’armée à la retraite, a surpris tout le monde en signant une pétition menaçant un coup d'État militaire si « les civils étaient incapables de ramener la gloire perdue de la France ». Ce dernier est tellement étrange que je dois partager le lien, publié dans un ancien journal de droite française qui est les « Valeurs Actuelles »

Comme cela se voit, contrairement aux « Forces de défense du Rwanda », l'armée française n'est pas une armée républicaine. Comme la plupart des institutions en France, il promeut sa propre popularité au lieu de regarder la vue d'ensemble de l’intérêt national français. En réalité, la présence de la France en Afrique est intenable sans l’alliance avec le Rwanda, et la France sans l’Afrique sera dans l’état du Portugal dans moins d’une décennie: un ancien colonisateur qui reçoit désormais l’aide de ses riches anciennes colonies, à savoir l’Angola et le Brésil.

Son Eminence Antoine Kambanda, Cardinal du Rwanda
posant avec le président Paul Kagame.

kambanda

Cependant, le parlement français et la myopie de l’armée n’ont pas découragé l’action d’Emmanuel Macron, dont le règne a coïncidé avec celui du pape François, moderne et progressiste. En effet, il n’est pas difficile d’imaginer que le «jeune» Pape et le jeune président français puisse s'entendre avec Paul Kagame.

Le pape a invité le président rwandais au Vatican et s'est excusé au nom de l'église, il a ensuite nommé un rescapé du génocide, le père Antoine Kambanda, le premier cardinal du Rwanda alors que la France a nommé une autre rescapée du génocide, Louise Mushikiwabo à la tête de la francophonie.

Puis Emmanuel Macron a chargé un panel d'historiens dirigé par le professeur Vincent Duclert, de rechercher le rôle de la France dans le génocide contre les Tutsi. Auparavant, le Rwanda avait engagé un cabinet d'avocats basé à Washington, Muse et Levy Firestone, avec la même mission. Les deux rapports (Ducert et Muse) ont conclu à la «responsabilité écrasante de la France dans un génocide prévisible», mais ils se sont arrêtés sans conclure à la «complicité du gouvernement français» - sans doute pour permettre une réconciliation politique entre les deux rivaux de longue date.

L’historien français François Duclert présente le rapport
de sa commission au président Kagame à Kigali.

duclert

Sur le plan juridique cependant, les deux rapports ont fait leur travail et ont fourni des preuves suffisantes pour permettre à tout tribunal international de passer à l'étape suivante. En effet, dans l’affaire «Akayezu», le TPIR a jugé que la complicité n’exigeait pas l’intention. En d’autres termes, les Français n’avaient pas besoin d’avoir l’intention de tuer les Tutsis, s’ils aidaient sciemment le tueur. Dans le même ordre d'idées, le célèbre financier du génocide Kabuga Félicien, qui avait échappé à la capture depuis 26 ans, est soudainement apparu dans une banlieue parisienne, capturé par Interpol et la police française.

Les gouvernements français et belge ont adopté des lois contre le déni et ont déclaré le 7 avril, journée de réflexion sur le génocide contre les Tutsi, et en décembre 2020, pour la première fois dans les médias français, une célèbre journaliste Natasha Polony a été mise en examen pour négation du génocide par les tribunaux après avoir déclaré dans une émission de radio que le génocide était «une affaire de criminels se retournant contre d'autres criminels». Son procès est prévu le 26 mai 2021.

Puis ce fut au tour du célèbre écrivain français Patrick de Saint-Exupéry de publier un livre: «La traversée», démystifiant les théories du double génocide. Après un premier livre: «  l’Inavouable » établissant le rôle de la France dans le Génocide contre les Tutsi,  « La Traversée » a fait des recherches sur le prétendu génocide contre les Hutu en RDC. Le journaliste de guerre avait marché sur les traces des réfugiés hutus à travers la RDC, interrogeant des villageois, et n'avait trouvé aucune preuve des meurtres de masse présumés. Il a conclu que les théories étaient des mensonges calculés pour brouiller les lignes et nier le génocide contre les Tutsi. Le «rapport Duclert» s’est par la suite conclu sur les mêmes lignes.

Ces avancées critiques se perdent souvent dans la traduction entre les mondes français et anglais au Rwanda et à l'étranger. Il est important, à mon avis, de saisir ce moment et de constater, à terme, que la France semble prendre ses distances avec les auteurs du génocide. Cela signifie que ceux qui comptaient sur le soutien français pour nier le génocide perpétré contre les Tutsi pourraient bientôt être traduits en justice.

Cependant, le Royaume-Uni et les États-Unis semblent avoir remplacé les Français et les catholiques dans cette position, faisant référence dans leurs communications officielles au «génocide rwandais». La nouvelle représentante américaine à l’ONU, Mme Linda Thomas-Greenfiel, qui était au Rwanda en 1994 et qui avait l'habitude de donner des témoignages émouvants sur « comment elle a survécu au génocide contre les Tutsi », semble avoir oublié comment le nommer…

Paul Kagame termine sa visite à Paris pour un sommet sur le financement du Soudan et de l’Afrique et Emmanuel Macron est attendu à Kigali en ce mois de mai 2021. Ce sera la deuxième visite d’un président français au Rwanda depuis le génocide contre les Tutsi. La question demeure: Emmanuel surmontera-t-il les craintes de l'élection présidentielle de 2022 en France et prononcera un discours audacieux de repentir à Kigali ? La réponse dans quelques jours…

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.