Réforme des médias en Tunisie après la révolution : Où en est-on ?

7 ans après la révolution tunisienne, retour sur les évolutions des médias tunisiens et leur rôle effectif ou problématique dans le développement de la jeune démocratie tunisienne. Le projet Medmedia propose cette étude dans le cadre d'une campagne financée par l'Union Européenne sur le rôle des médias au sud de la Méditerranée.

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Après la révolution de janvier 2011, la société a souhaité interroger le rôle de ses médias.

Pendant longtemps, depuis l'indépendance de 1956 et jusqu'à la fin des années de pouvoir de Ben Ali, les médias tunisiens étaient contrôlés par le gouvernement.

Avec la fin de la dictature, et sept ans après la révolution, il est intéressant de savoir si les médias tunisiens ont changé et comment les tunisiens les perçoivent. Etudier l'image des médias publics après la révolution, c'est précisément le projet de l'Union Européenne Medmedia http://www.med-media.eu/fr.

Le projet Medmedia est financé par l’union européenne intitulé « Médias et culture pour le développement du sud de la Méditerranée ».

En partenariat avec BBC Media Action, la fédération internationale des journalistes, IREX Europe, l’Ecole de Communication Blanquerna et le Jordan Media Institue, le projet MedMedia vise à faciliter le développement des réformes des médias dans la région du sud de la Méditerranée.

Les médias sous l'ancien régime

Depuis son indépendance, la Tunisie n'a connu que deux chefs d'Etat Habib Bourguiba et Zine El Abidine Ben Ali. A des degrés différents, ces deux présidents ont toujours considéré les médias comme un instrument de propagande.

Si la liberté de la presse est garantie par la constitution de 1959, la télévision publique, les journaux ont toujours eu comme consigne de relayer les actions et les décisions d'un régime en place sans aucune distanciation critique. Les médias étaient les relais d'une seule et même parole qui devait s'imposer à tous les tunisiens. Depuis 1956, aucun gouvernement tunisien n'a cherché à favoriser l'émergence de médias libres et indépendants.

Point d'orgue de ce contrôle des médias, le Code de la presse de 1975 interdit toute information pouvant remettre en question les autorités même s'il s'agit d'informations vraies et vérifiées.

Même si le Code de la presse a été amandé et assoupli, aucun média tunisien n'a jamais été capable d'exercer son rôle.

De sorte que pour la majeure partie des tunisiens, ces médias aux ordres n'étaient pas du tout crédibles. Ce sentiment s'est accentué pendant les événements de la révolution de 2011 pendant lesquels la télévision et les principaux journaux ont d'abord fait le silence sur ces événements pour ensuite les éclairer à la lumière de propagande du gouvernement de Ben Ali.

Le rôle des médias tunisiens depuis la révolution

Dans une société démocratique, les médias sont libres, ils exercent concrètement un droit d’expression. Dans cette mesure, ils sont censés fournir au citoyen une information vraie, pluraliste et non censurée.

Et c'est bien dans cet esprit que les autorités tunisiennes après la révolution ont souhaité réformer les médias tunisiens. Et ce, en prenant deux décisions importantes :

- L'abrogation du code de la presse de 1975

- La création de l'INRIC

Créée par décret le 02 mars 2011, l'INRIC (Instance Nationale Pour la Réforme de l'information et de la Communication) a quatre objectifs :

- Faire des recommandations pour améliorer l'efficacité des médias tunisiens et leur permettre de délivrer une information objective, libre et pluraliste.

- Proposer une législation en adéquation avec l'objectif de donner aux tunisiens une information objective, libre et pluraliste.

- Rendre compte aux autorités et à la société civile des travaux effectués.

- Emettre un avis sur les demandes de licences pour la création de nouvelles chaines de télévision et de radio.

Le rôle de l'INRIC dans la transition entre des médias dévolus à des taches de propagande et des médias libres a été très important. L'INRC a notamment organisé des formations animées par des experts de la BBC et de France télévisions.

En plus du défi complexe de former des journalistes aux missions d'une presse et d'un audiovisuel libre dans une société démocratique, l'institution a donc dû gérer également les demandes de licences pour la création de nouveaux médias.

Et de fait, de nombreuses télévisions et de nombreuses radios sont apparues dans le champ médiatique tunisien. Si on y ajoute l'apparition de nouvelles publications de presse, les tunisiens se sont retrouvés du jour au lendemain devant une offre médiatique pléthorique.

Ces bouleversements ont permis bon an mal an aux médias tunisiens d'exercer enfin un rôle plus attendu de la part de la société civile en Tunisie. Ainsi des sujets longtemps restés tabous comme la corruption, l'émigration clandestine, le chômage, les contraintes économiques sont désormais abordés.

Et face à l'émergence d'une pluralité politique, les médias se sont également transformés en lieux de l'arène du débat politique. Si certains tunisiens se plaignent de ces débats presque quotidiens notamment sur les chaines de télévision, ils semblent traduire néanmoins un vrai changement des habitus des propriétaires de médias et leurs journalistes.

Il n'en reste pas moins que beaucoup de tunisiens sont aujourd'hui capables d'associer certaines télévisons avec des partis ou des hommes politiques. Ce rapport décrédibilise d'autant ces chaines de télévision mais paradoxalement montre à quel point la société tunisienne est devenue exigeante en termes d'objectivité de l'information. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles beaucoup de tunisiens se tournent vers les réseaux sociaux et notamment Facebook pour espérer avoir une information plus crédible.

La recherche de l'audience

A l'instar de ce qui se passe dans d'autres sociétés, les médias tunisiens se confrontent également au problème de leur audience. Pour exister dans un espace médiatique touffu, il faut se distinguer en proposant une information susceptible de capter un maximum d'auditeurs, de spectateurs ou de lecteurs.

Signe de leur liberté enfin acquise ou dérive inquiétante, beaucoup de médias jouent la carte de l'outrance. Outrance dans la violence du débat, outrance dans le divertissement proposé dans certaines émissions.

Soumis à la concurrence dans un espace médiatique privatisé et confrontés à la puissance des réseaux sociaux, les médias tunisiens ont besoin d'exister et pour cela de créer des programmes ou la recherche de l'information compte moins que celle du buzz et du sensationnel.

La rénovation des instances de communication audio-visuelles

Créée par le décret n°116, la HAICA « Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle » est une instance qui a pour objet la structuration du domaine audiovisuel en Tunisie.

La HAICA est assignée de réformer les médias en Tunisie après la révolution, assurer la liberté d’expression et l’indépendance des médias en pleine expansion.
La HAICA est aussi dotée de pouvoir de condamnation de divers médias. Depuis 2014, elle a suspendu plusieurs émissions et a donné plusieurs amendes contres des chaines et des radios privées.

Le Syndicat national des journalistes tunisiens, organe fondé en Janvier 2008 suite à la dissolution de l’association des journalistes tunisiens. L’objectif principal de cette structure est la défense des intérêts des journalistes.

Avec un bureau exécutif légitiment élu en 2008, le SNJT a été repris illégalement par le pouvoir politique en Tunisie.
Le SNJT était l’une des structures de la société civile qui a subi l’injustice du pouvoir en Tunisie.

Depuis la révolution, le SNJT se bat pour la liberté de l’expression aussi encore menacée. La structure, enfin indépendante a également introduit au sein de la constitution des articles protégeant le droit à l’information.

 

 

crédit photo : https://tunisia.mom-rsf.org

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