Liban, une histoire tragique pleine d'espoir

Le Liban ou le Grand-Liban, pays mosaïque crée en 1920 sous mandat français et britannique fait aujourd’hui figure d’exception dans le monde méditerranéen.

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Le Liban ou le Grand-Liban, pays mosaïque crée en 1920 sous mandat français et britannique fait aujourd’hui figure d’exception dans le monde méditerranéen.

Décrit dans la Bible comme « la terre du lait et du miel » et présenté pendant des années comme « la Suisse du Moyen orient », ce petit pays est à la fois symbole de singularité, d’originalité et de puissantes contradictions.

La guerre civile, l’invasion de 1982, la guerre de 2006, et ses dix-huit communautés font du Liban un pays unique.

Le multi confessionnalisme très fragile a quand même résisté à la guerre et au déchirement. Le Liban a survécu.


La guerre civile libanaise

Le 13 avril 1975 est une date tragique pour le Liban. Elle marque le début de la guerre civile qui va durer jusqu’en 1990. Ce jour-là, un garde du corps de Pierre Gemayel, le leader du parti chrétien Kataëb, est assassiné. En réponse les milices de ce parti appelé aussi parti phalangiste attaquent un bus rempli de palestiniens.

L’attaque a lieu à Aï Remmaneh (quartier de la banlieue de Beyrouth) et fait 27 morts.

Un climat de tension a régné dans le pays avant l’éclatement de la guerre meurtrière. En 1969, l’armée libanaise a affronté des palestiniens. A l’issue de ce conflit, fut signé au Caire le 3 novembre 1969 un accord légalisant et officialisant la présence de troupes palestiniennes et l’OLP l’Organisation de libération de la Palestine dirigée par Yasser Arafat.

Le pays était divisé en deux parties politiques opposantes, une majorité musulmane contre une minorité chrétienne. La présence des réfugiés palestiniens était perçue comme un élément de déstabilisation accentuant le déséquilibre confessionnel.

La guerre civile prend fin officiellement avec l’accord de Taëf en 1989. Négocié à Taëf en Arabie Saoudite, cet accord n’a pas satisfait plusieurs des parties engagées dans le conflit. Les communautés chiite et druze l’ont trouvé décevant et fut tout bonnement rejeté par le général Michel Aoun.
Selon ce dernier, commandant des forces armées libanaises, cet accord entérinait la présence de l’armée syrienne au Liban.


L’invasion de Beyrouth en 1982

En 1982, Israël envahit le Liban, une opération nommée « Paix en Galilée » permettant à l’armée israélienne de pénétrer dans la zone Ouest de Beyrouth.

L’intervention israélienne de 1982 a pour but l’évacuation des troupes palestiniennes et de permette à leur allié « Bachir Gemayel » d’accéder à la présidence de la république. Elle a pris fin par l’évacuation des palestiniens vers Tunis.

Ce dernier est élu le 23 aout à la tête de la république libanaise. La politique de Bachir Gemayel était une alliance discrète avec les israéliens.

Le 14 septembre 1982, le président de la république est assassiné par un membre du parti socialiste nationaliste syrien. C’est son frère Amine Gemayel qui lui succède à la présidence de la République Libanaise. L’assassinat de Bachir Gemayel entraine des représailles terribles. Pendant 48 heures, du 16 au 18 septembre 1982, des phalanges attaquent les camps palestiniens de Sabra et Chatila.
Le bilan incertain est terrible : on dénombre entre 460 et 3500 victimes.


Le conflit israélo-libanais de 2006

Appelée la guerre de Juillet (guerre de Tamouz) ou encore la deuxième guerre du Liban, c’est un conflit qui a duré trente-trois jours et qui a opposé principalement deux parties : l’armée israélienne et le Hezbollah de Hassan Nasrallah.

Le Hezbollah signifiant parti de Dieu est un parti politique islamiste chiite basé au Liban. Les alliés du Hezbollah sont des musulmans chiites, principalement basés au sud du pays et installés dans la plaine de la Bekaa, une région périphérique du Liban, à la frontière avec la Syrie. Le Hezbollah est un mouvement pro-iranien, soutenu par la Syrie.

La guerre de Tamouz commence le 12 Juillet 2006 quand le Hezbollah capture deux soldats israéliens dans le but de les échanger contre des prisonniers libanais. Le jour même, l’armée israélienne envahit le Liban et les territoires de la Bande de Gaza.

On peut dire avec le recul dire que la volonté d’Israël et de Tsahal, l’armée israélienne, de porter secours aux deux soldats capturés fut un prétexte pour déclencher une guerre contre le Hezbollah.
Le gouvernement israélien d’Ehud Olmert souhaite l’éradication du Hezbollah et de sa capacité de nuisance avec ses roquettes pointant vers l’Etat Hébreu.

Les moyens militaires du Hezbollah ont surpris le commandement militaire et le gouvernement israélien. Et, de fait, depuis 1948, cette guerre de 33 jours est considérée comme la première défaite d’Israël contre un pays arabe.
C’est dire à quel point cette victoire fut saluée comme telle non seulement au Liban mais dans tout le monde arabe. Pour plusieurs générations de peuples arabes traumatisées par les différentes défaites contre Israël en 1948, 1967 (la rechute, Naksa) et 1973 (guerre de Kippour), cette victoire du Hezbollah avec le concours de l’armée libanaise est un événement historique. Les arabes avaient oublié qu’ils pouvaient vaincre. Cet oubli de la victoire, cette véritable amnésie de la victoire possible ont cessé d’un coup et le revers de l’armée israélienne a évidemment amplifié l’aura de Hassan Nasrallah dans tout le monde arabe.

Les dégâts de cette guerre sont lourds : plus de 1000 morts civils et une destruction systématique du Liban.


La mosaïque confessionnelle fragile : conflits ou cohabitation ?

Le pays du Cèdre est un pays avec une petite surface et un grand nombre de communautés religieuses. En fait, le Liban c’est l’histoire de ses dix-huit communautés qui le composent.

Ce multi confessionnalisme fait du Liban un modèle qui inspire au Moyen-Orient et au sud de la méditerranée.

Le paysage confessionnel se compose essentiellement de deux communautés : une musulmane et l’autre chrétienne dont chacune est composée de sous communautés.

Les chiites sont installés dans la vallée de la Bekaa, le Sud-Liban et le sud de Beyrouth.

Les sunnites vivent dans les villes côtières et au centre-ville de Beyrouth. Les druzes, une population musulmane hétérodoxe est, quant à elle, concentrée dans le district du Chouf.

Il y a environ 40,5 % de chrétiens au Liban. Partagés entre plusieurs confessions : maronite, orthodoxe, arménien catholique, syriaque orthodoxe, etc. ils sont concentrés dans le nord de la capitale Beyrouth et dans la région de Marjayoun (située à 10 Km de la frontière avec Israël).

Le parlement libanais comporte 128 sièges dont 64 pour les musulmans et 64 pour les chrétiens.

D’après la constitution, le président de la république doit être chrétien maronite (actuellement Michel Aoun), le premier ministre est un sunnite (Saad Hariri) et le président de l’assemblée est un chiite (Nabih Berri du mouvement Amal).

Il est rare que les Beyrouthins votent à Beyrouth, ils sont généralement inscrits dans leurs villages. Ce sont les mêmes familles qui gouvernent depuis des siècles. Une dispute électorale au Liban peut entrainer une bataille armée.

Au Liban il y a le « zaïm », un mot qui désigne la puissance, la virilité, le pouvoir et la gloire. Chaque colline a son propre « zaïm », Frangié pour Zghorta, Walid Jomblatt pour le Chouf qui est chef de la communauté druze au Liban.

Le « zaïm » meurt souvent d’une mort violente, par assassinat notamment. C’est son fils ainé qui prend la relève.

A Baalbek, deux familles se sont égorgées. L’une se déclare plus ancienne que l’autre, alors la famille Harfouche avait invité la famille Kassar. Les membres de la famille Harfouche ont tranché les têtes des Kassar. (Extraits de L’esprit de Famille, François Beaune)

Le mariage entre deux personnes de communautés différentes est pratiquement interdit au Liban. Histoire citée dans tous les journaux il y a 3 ans : une fille durze s’est mariée avec un chiite. La famille refusant au début le mariage a demandé au couple de venir pour leur pardonner et unifier la relation. Le couple arrive au village de Baysour, les frères ont attrapé le mari et lui ont coupé le sexe. Sous pression, la fille a nié le crime de ses frères et est restée avec sa famille.

L’endogamie est une pratique sociale préférentielle, elle garantit la continuité familiale et la sécurité psychologique et financière.

Bien sûr, quelquefois, la nuit de noces, le nouveau marié ne joue pas son rôle puisqu’il s’est habitué à une image autre que celle de la mariée. C’est une question plutôt psychologique qu’organique.

L’amour du partenaire est un amour fraternel. Au fond, les femmes expriment d’une manière subjective le privilège du mariage exogamique et le désir profond de se marier avec un étranger.

(Extraits d’Histoires d’endogamie dans deux villages chiites de la plaine de la Bekaa, datant de 1995 et visant à lutter contre les maladies héréditaires.)

Un Liban rieur et plein de contradictions

Conséquences de la guerre ou réalité de son âme, le Liban est un pays qui rit, qui s’amuse et nous l’avons dit pétrit de contradictions.

Alors que beaucoup de femmes succombent volontiers à la chirurgie esthétique, et que les Beyrouthines font même plus d'interventions que les brésiliennes, qu'on fait ses courses en Porsche (il est presque interdit de marcher à Beyrouth si on a de l'argent), le pays souffre de continuelles coupures d'électricité et de problèmes de traitement des déchets. La capitale libanaise, une des villes les plus chères du monde est envahie par les déchets.

L’état n’arrive pas toujours à gérer l’approvisionnement en électricité, en eau potable, sans parler de santé et d’éducation publique.

Au Liban, les femmes prennent des crédits pour faire de la chirurgie esthétique. Beyrouth est la capitale mondiale de la chirurgie esthétique.

Les libanaises, éduquées, ouvertes et avec une liberté permanente ont l’angoisse de perdre leur virginité.

La virginité reste toujours taboue dans toutes les communautés, musulmane, chrétienne, orthodoxe et druze. Faire l’amour hors du mariage est un drame pour la communauté druze.

Au Liban, il n’y a pas de loi générale. Chacune des dix-huit communautés a son statut de famille, en fonction de la religion.

Contrairement aux sunnites et aux chiites, les durzes ne reconnaissent ni la polygamie, ni la répudiation.

Les tribunaux maronites refusent toute possibilité de divorce ou de séparation des époux, alors que dans la communauté arménienne orthodoxe, le mariage sera dissous par le consentement des deux époux.

Malgré la déchirure, les guerres successives et l’instabilité chronique, le Liban est l’imprimerie du monde arabe formant un secteur fondamental dans l’industrie libanaise. Un proverbe arabe affirme « L’Egypte écrit, le Liban imprime et l’Irak lit ».

A Noël, dans le cadre de la mission "Beirut Chants", une chorale musulmane chiite avec une chanteuse chrétienne chante des chants de Noël en arabe dans une église catholique grecque dans un quartier majoritairement musulman du centre-ville de Beyrouth.

La vidéo fait le tour du web, transmet un message de coexistence pacifique à la fois en direction des communautés libanaises et en direction du monde.

Au Liban aussi, la chanteuse chrétienne célèbre Julia Boutros chante pour le Hezbollah. « Promesse véridique, vous êtes, notre victoire en marche », paroles inspirées du discours du Chef de Hezbollah Hassan Nasrallah pendant la guerre de Juillet 2006 contre Israël, faisant référence aux textes coraniques.

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