La manche d'Eden

Elle s’appelle Eden, déesse de la terre. Celle juste au bord de la Manche, cachée de ses tortionnaires. Dans un jardin d’immondices où ses Adidas s’enfoncent dans ce « no women land » comme une punition d’avoir osé quitter ses terres Erythréennes.

Elle s’appelle Eden, déesse de la terre.

Celle juste au bord de la Manche, cachée de ses tortionnaires.

Dans un jardin d’immondices où ses Adidas s’enfoncent dans ce « no women land » comme une punition d’avoir osé quitter ses terres Erythréennes.

Elle ne savait pas, Eden, qu’à Calais la terre pouvait geler sa liberté.

Que les arbres pouvaient être arrachés en toute impunité.

Que sa croyance pouvait bafouer son chapelet enfoncé dans la poche de son jean troué.

Eden, née de cette génération « Y ».

Why de ne pas être née dans un jardin fertile à l’humanité.

Why de na pas pouvoir marcher sur l’eau pour atteindre le paradis à 36 kilomètres devant elle.

Eden vit la nuit.

Sous l’astre de la lune où elle fume des cigarettes le long du parking du terminal des ferries.

A aspirer vivre sa vie de mère avec son enfant laissé au bled.

Au regard cerné de colère « Fuck la police des airs et des frontières ».

Avant de reprendre son souffle parmi une famille d’un collectif de Justes.

Surprise de voir des sourires français alors qu’elle n’en voit que l’hostilité.

A se donner la permission de femme coquette dans un bain de gentillesse.

A adoucir son corps de crème apaisante des nuits dehors.

A préférer le parfum de Guerlain à celui de la mer du nord.

Et rire avec son fils grâce à la magie d’internet.

Avant de repartir à l’assaut telle une guerrière qui aurait emprunté l’armure d’Athéna pour feinter un passage dans un camion de Troie.

Eden à s’obstiner une traversée pour fuir cette terre de rats et de CRS.

Jusqu’à l’ultime tentative.

Celle du paradis ou des ténèbres.

 

Sophie CHICHE

 

Collectif MIGRACTION :  Le réseau Migraction59 propose un hébergement ponctuel le week-end pour que les exilés de Calais puissent dormir dans un lit, se laver et échapper aux violences policières. Tous les samedi, les chauffeurs migracteurs vont à Calais les chercher et les ramènent chez les hébergeurs migracteurs qui les accueillent le temps du week-end.

Renseignement : https://www.facebook.com/groups/1764253233883265

 

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