Calais, ville d'art qui perd la mémoire

Migr'action était à Calais auprès d’exilés de toutes nationalités pour revendiquer une existence digne de tout préjugé. Aux côtés de toutes ces associations qui font un travail remarquable pour ne pas laisser tomber ces êtres humains dans ces jungles improvisées.

 © Sophie Chiche © Sophie Chiche
Migr'action était à Calais auprès d’exilés de toutes nationalités pour revendiquer une existence digne de tout préjugé.

Aux côtés de toutes ces associations qui font un travail remarquable pour ne pas laisser tomber ces êtres humains dans ces jungles improvisées.

Ils étaient heureux de marcher à nos côtés sous une protection de police « mi-figue mi-Darmanin ». Sous leur jeunesse spontanée, ils ont fièrement montré leur existence aux messages colorés sous une tempête de cris, de chant, de musique et de pluie aussi.

Mais Calais ne fait pas dans la dentelle lorsqu’il s’agit d’accorder le droit de manifester l’existence des émigrés. Du coup, le cortège a été escorté dans la périphérie de la ville. Là où la misère rencontre la misère. Là où les faits-divers s’accumulent dans les barres HLM.  Sous les regards ahuris des locataires au passage de ce cirque.

Comme une moquerie de ces bourgeois de Calais qui gardent les clefs du centre-ville au déni du drame de cette migration humaine.

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A bruler leur fric dans la gueule d’un dragon huilé par une « Machine » à touristes pris en otage par cette mascarade. Le long des quais des ferries où, la nuit, se produisent des drames pour atteindre la protection de Churchill.

Chacun sa caste. Chacun sa croyance. Chacun son camp. Chacun pour soi. Tel est le nouveau blason de la ville de Calais.

Bien loin de celui du duc de Lorraine dont la croix, en bas-relief sur l’hôtel de ville, reste à jamais dans l’oubli d’avoir un temps déployé un réseau de résistants pour permettre l’accueil de tout indigent.

 Calais, ville illuminée par une boule à facettes bipolaires. Ville amnésique qui ne veut plus faire de vague.

Comme si c’était elle qui décidait d’arrêter la tempête migratoire. Tout y passe au nez et à la barbe de son Cap : Des corridors barbelés, des plots bétonnés, des arbres arrachés et les distributions de vivres empêchées. Comme si elle prenait plaisir à frapper des êtres déjà à terre.

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 Pourtant, de toute son histoire, Calais sait que sa toute-puissance n’a jamais abouti qu’à des efforts inutiles. Que des décisions prises à contre-courant entraînent des dérives. Qu’à force de vouloir perdre la mémoire, elle perd son identité.

Calais, ville d’art qui perd son histoire.

Sophie CHICHE – Le 27 septembre 2020

MIGRACTION : https://www.facebook.com/groups/1764253233883265

 

 

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