Macron réussirait avec une guerre au Sénégal

Avoirsaguerre!

 

Hashtag66 a-t-il élu un président aux ambitions gonflées et très habile pour déguiser ses véritables desseins sous un profil jeune , cool et avant-gardiste en matière d’exercice du pouvoir?

Aux temps des Médicis ( XIV au XVIIIE siècle), il s‘appliquait ceci :” Le Prince régnera, les ministres gouverneront.” Aux temps de la France audacieuse du XXIE siècle, Emmanuel Macron va présider et ses ministres gouverneront. Il l’a dit et répété. Ce n’est point du recyclage mécanique des manières de concevoir le pouvoir chez les Médicis. C’est une leçon bien apprise, par coeur. (Il fut un temps où les profils jugés brillants et employables étaient d’anciens élèves et étudiants ayant fait du parcoeurisme leur botteconnue. Jusqu'au jour où le monde comprit ceci : l’éducation atteint son but quand l’éduqué se suffit à lui-même. Se suffire à lui- même, c’est arriver à la capacité de pouvoir douter ,méthodiquement , de ce que l’on a appris à l’école pour mieux bondir et apporter sa singularité et sa particularité dans la construction du monde. )

Le “ Je vais présider” du président Emmanuel Macron a une seule signification, selon moi : je vais régner. Se pose la question : imagine-t-on un règne sans guerre? Alors Macron aura sa guerre, aidé par un contexte d’agitation intérieure : attentats, retour de Nuit Debout, chômage de masse...Sensible, toujours, à ce qui se faisait aux temps des Médicis, il appliquera un principe machiavélique :”A chaque agitation intérieure, le Prince doit répondre par une guerre extérieure”.

La guerre extérieure du Président-Prince Emmanuel Macron sera au Sénégal.

Si c’était vrai, quelqu'un l’aurait déjà pensé. Comme Anne Méaux, celle qui murmure à l'oreille des présidents d’Afrique.( Anne

Méaux est , aussi , celle qui a accompagné François Fillon dans sa chute.)

Anne Méaux ne l’a pas pensé. Ce sont tant d’autres anonymes et moi. Hélas!

C’est une réflexion prédictive à ne pas prendre pour une thèse conspirationniste. Elle s’appuie sur des données pertinentes tirées de l’histoire et du présent.

Dans son livre Ladémondialisation, Éd.Seuil, 2011, 272pages , Jacques Saphir note en introduction, ceci : “Toujours, le navire de guerre a précédé le navire marchand. Les puissances dominantes ont en permanence usé de leur force pour s’ouvrir des marchés et modifier comme il leur convenait les termes de l’échange.”

Mettez-vous des claques car aucun esprit sénégalais, en dehors de celui des postures politiciennes, n’a besoin de lire Jacques Saphir, pour savoir cela.

Mais Jacques Saphir comme Anne Méaux peuvent être audibles.

Cependant, l’Île de Gorée est plus avertie que Jacques Saphir : le navire n’est pas deux mais un .Un seul navire nommé guerre et traite.

Mme Edwidge Avice ( ministre de la coopération et du développement sous Mitterrand) qui était mon professeur de coopération et développement international à HEI Paris, m’avait fait comprendre qu'elle ne savait vraiment pas ce qu’il se passait dans la tête de certains dirigeants africains. J’avais répondu que ç’était dû à l’effet de la séquelle persistante de LaPuce que ses ancêtres avaient eu à planter dans la tête des nôtres.  

 

L ’inévitableguerre

 

Anya Schiffrin, une journaliste américaine, écrivait, dans son livre, Lamondialisationen20leçons, (Éd. DangersPublic,2006,320pages:

Bien que la découverte de pétrole et de gaz soit considérée en général comme une chance, particulièrement, pour un pays pauvre , ce n’est pas toujours aussi simple. Les économistes parlent même à ce sujet de “malédiction du pétrole. (...)  La malédiction n'est , cependant , pas une fatalité, puisque certains pays sont parvenus à utiliser leurs gains pétroliers pour se développer, grâce à des mécanismes de bonne gouvernance.”

En ce qui concerne le Sénégal, la malédiction est inévitable.

Le prédire n’est guère faire preuve de déclinisme.

Le Plan Sénégal Émergeant ( PSE) ne pourra pas servir de bouclier parce qu’il est impossible pour un pays d’atteindre l’émergence en période de guerre.

 Jean Paul Betbeze, économiste français, dans son livre, La guerre des mondialisations, Éd. Economica,2016, 112 pages , note ceci  :” émerger c’est aller à l’essentiel, l’impératif du frugal. Il faut avoir le sentiment d’un manque et surtout le courage de le combler, mieux que les autres. Le sentiment de manque commence par un inconfort, c’est sa base. L’ idée d’avancer, de changer, de  mettre en oeuvre une solution, le complète.”

Mettre en oeuvre une solution , c’ est d’abord créer des structures permettant une bonne gouvernance. Sur ce point, le Sénégal n’est pas dans la situation de créer des structures permettant une bonne gouvernance car il n'y a pas une prise en compte effective du concept d’employabilité dans la politique étatique de gestion des ressources humaines. Or ,comme le relevait, jadis,Jean Bodin ( 1529-1596)  philosophe et écrivain français: “ Il n’est de ressources que d’ hommes”

La prise en compte effective de l’employabilité permet (surtout dans une démarche d’Émergence) de sauter les étapes des prédécesseurs, les industrialisées. Sans cela, le Sénégal ne peut guère faire le leapfrogging, le saut de grenouille qui fait passer les pays émergents et ceux en voie de l'être au dessus de nombres d’investissements physiques, financiers et surtout organisationnels décidés en leur temps par les industrialisées.

Une autre raison de l'inévitable malédiction est liée au contexte politique et social du Sénégal sous Macky Sall. ( Je passe sous silence ces phénomènes qui gangrènent le pays et qui sont sources de disfonctionnements comme le blanchiment d’argent à la sauce sénégalaise: qui consiste à masquer l’origine illégale de profits tirés d’activités de détournement d’argent public et à le blanchir c’est à dire laisser penser qu’il provient d’activité licite. )

Encore plus, le Sénégal sera (avec le pétrole et le gaz) un Sweatshop, c’est à dire une usine à sueurs”, autrement dit un lieu de production qui oeuvrera pour le compte des marchés occidenteux.

L ‘autre paramètre est le contexte politique au Sénégal marqué par une situation de refus de communication entre les acteurs politiques et la société civile sur ce qui fait sens : éviter toute cacophonie sur le pétrole et le gaz en ne participant pas à la production de La Rumeur.

( Je reviendrai plus loin sur La Rumeur)

Sur le plan social, les tensions sont palpables , à juste titre , car les populations ont déjà intégré leur exclusion du partage du gâteau des Terres Rares. A cela s’ajoute le risque de voir toute l’attention des autorités portée sur le pétrole au détriment des autres secteurs d'activité. C’est ce que Anya Schiffren appelle  le mal hollandais: “à la fin des années 1970, la Hollande connut une augmentation importante de ses revenus grâce au gaz naturel. Le cours de sa monnaie augmente et la compétitivité des industries non liées au secteur gazier s’éroda, causant le déclin. Le Nigeria vécu une expérience similaire dans les années 1970 et 1980, au détriment de la production agricole locale.”

Les autorités sénégalaises semblent vouloir aller très vite sur cette question du pétrole , avec ce qui semble être une politique d’État Fast Food.

Cette politique d’État Fast-Food est portée par  l’argumentaire suivant : nous avons du pétrole, forcément il y aura des retombées alors empruntons au plus vite et au maximum auprès des créanciers. Vite et rapide.

Les créanciers peuvent , aussi, pousser l’État du Sénégal à emprunter.

Cette politique d’État Fast Food c’est comme vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.  Quand bien même l’ours soit tué...Faudrait-on sous-estimer le phénomène de l’instabilité des cours pétroliers, lesquels sont sources d’une immense brutalité ?

La politique de l’émergence ne doit pas se transformer en politique de l’État Fast Food.

Historiquement, l’industrie du pétrole a peu contribué au développement des pays sous développés. “On peut même dire que plus un pays possède de ressources...moins il a de chance de se développer. Ce constat était évident dans les décennies 1980 et 1990 quand les pays en développement produisaient du pétrole et affichaient une croissance inférieure à ceux qui n’en produisaient pas. Les baisses ponctuelles du cours du baril ne suffisent pas à expliquer cet échec, qui a été constaté sur une très longue période. Plusieurs facteurs: les conflits , le vol organisé par l'État, la corruption…” Note Anya Schiffrin.

Autre raison de l’inévitable malédiction du pétrole : La Rumeur.

Rumeur ,objet au preuves d’abord impalpables et irrationnelles, au contenu apparemment évanescent et mensonger , et dont ceux qui l’entendent refusent de reconnaître participer de facto à sa propagation.

Dans son excellent livre, Sociologiepolitiquedesrumeurs, éd.PUF2005, 304pages, Philippe Aldrin relève " L ’approche pathologique définit les rumeurs comme un système communicationnel de crise. Le schéma analytique est alors le suivant: l’état d’angoisse engendré par une situation d’anomie produit un abaissement de la vigilance et de la rationalité des acteurs, cette détérioration du jugement favorise l’émergence de rumeurs dont le message irrationnel possède des propriétés cathartiques. Ainsi la rumeur est souvent considérée comme une maladie de l’inconscient collectif , produit déraisonnable et inquiétant d’un fantasme de groupe ou comme un effet de l’anomie sociale, née des effets incontrôlés de la modernisation rapide des sociétés contemporaines.”

Au Sénégal, l'échange de rumeurs autour du pétrole est une activité routinière des réseaux sociaux.

L’information politique est saturée par ces rumeurs autour du pétrole et du gaz et suscite des tensions émotionnelles. Les populations sont tiraillées.

Les exemples de rumeurs n’en finissent pas:

- la famille du président aurait déjà négocié ses parts pour le partage du gâteau des Terres Rares.

- le frère du président serait derrière une entreprise pour l’exploration du pétrole et du gaz.

- un livre traitant des affaires du pétrole serait censurée.

-Total aurait déjà mis en route une politique de mainmise sur les Terres Rares du Sénégal en commençant par faire limoger le ministre en charge du pétrole.

- un homme d’affaires roumain aurait déjà escroqué l’État du Sénégal.

 

Tout ceci crée une indifférenciation entre le normal et le pathologique dans une société déjà minée par l’usage sot du pouvoir politique.

L' anomie est là. C’est mauvais signe!

 

Enattendantlaguerre, la résurrection de Robert Bourgi

 

 

Au monment où l’anomie s’installe partout dans la société sénégalaise, Robert Bourgi serait-il entrain de lire un écrivain préféré du Président Macron, pour mieux l’amadouer afin de proposer ses services africaines? Il serait au courant de la position de rupture prônée par le Président Macron dans la politique africaine de la France. Il s’inspirerait d’André Gide qui , dans la première lettre qu’il envoya au poète François-Paul Alibert le 3 Août 1970, écrivit: “Je vous écris pour que vous n’alliez pas croire à un oubli. (...) Une course dans la Montagne Noire a dépassé toute espérance. C’est là que je voudrais vous rencontrer. Nous irions à bicyclette le long de la Rigole de Riquet.”

Robert Bourgi proposerait alors au Président Macron une promenade à l’île de Gorée et lui dirait :” Écoute Emmanuel, soit raisonnable ! Pourquoi changer les choses ? Ces gens là ont pris goût à la servitude volontaire. Tu vas les traumatiser avec toute cette histoire de rupture. Si tu romps tout, tu n'auras pas ta guerre. Pas de guerre, pas de pétrole. Pas de pétrole, pas de réussite. Ce n'est pas avec une croissance à 0,8% que tu vas rester dans l’histoire. Fais comme principe ce que tes prédécesseurs ont fait en leur disant : Africains, suivez-moi si j’échoue, suivez-moi si je réussi.”

Le Président Macron se ferait bien de ne pas écouter Robert Bourgi.

Qui écouterait-il? Il semble avoir validé le Rapport Védrine-Zinsou qui propose un partenariat pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France. Un agenda économique partagé au service d’une croissance africaine et française. Et surtout élargir la zone franc aux pays limitrophes pour en faire un bloc régional et une instance de dialogue économique renforcé.

Une démarche de rupture dans la politique africaine du Président Macron suppose la destruction du Franc CFA qui est une monnaie de calamités.

Dans son excellent et didactique livre , LeFranc CFA, instrument de sous développement,

Éd.L’Harmattan, 2012, 456 pages, Yao Prao Séraphin, note “La monnaie, instrument de pouvoir, de souveraineté et de dimensionnement de l’économie , est au centre de tout processus de développement . Or le Franc CFA est une monnaie rhizome traduisant l’extraversion des structures productives des pays africains de la zone franc. En étant un poste avancé de la désarticulation des structures productives locales, du colonialisme monétaire, le Franc CFA accentue le sous- développement des pays africains de la zone franc.”

Avec le maintien du Franc CFA, la politique africaine de la France de Macron, dans les cinq prochaines années, sera celle de Robert Bourgi sans Omar Bongo mais avec son compatriote Macky Sall, celle de Sarkozy sans le discours de Dakar, celle de Chirac sans le pillage assumé de l’Afrique, celle de Mitterrand sans le sommet de la Baule, celle de Giscard sans les diamants de Bokassa, celle de Pompidou sans l’allégeance diplomatique assumée, celle de De Gaulle sans Foccart.

Il n’y aura donc pas de rupture et de l’autre côté de l’Afrique, des pères de famille continueront à attribuer le nom Macron à une ribambelle de nouveaux-nés.

 

Uneguerrecornélienne

 

Le contexte de la société sénégalaise ( présent et futur) est brossé : vol organisé des rentes pétrolières, l’impunité, l’arrogance... La Rumeur et toujours La Rumeur!

Un soulèvement, maté dans le sang, créera (futur et peut-être au conditionnel)  des dissensions au sein de l’armée.

Le jihadisme international sautera sur l’occasion en mettant sur pieds un groupe chargé de brouiller les pistes et empêcher tout arrêt des combats. Il inondera le Sénégal de l’argent des contrebandes et des rançons….

La guerre? C’est... Ce n’est pas la rébellion. Un ancien tirailleurs sénégalais m’avait expliqué la différence qu’il y a entre une guerre et une rébellion, avec ses termes: “ dans une guerre , on tue des genres dont on ne connaît pas l’origine. Dans une rébellion, on élimine ceux qui nous empêchent de vivre normalement “

La guerre du pétrole au Sénégal donnera ce que Petit-Enfant-Soldat dit avec sa tête:” la guerre , c’est comme hommes avec cheveux de saleté et à côté femmes maigres sauf au niveau des fesses, tout ça dans un bled rendu triste par des Ambianceurs Taille Patron qui font jamais la guerre. De vrais People D Allah qui sont vrais hommes sapés , qui parlent Oulof mixé, ça fait un parler en roulé r mineur. Chaire de poule ! Qui va pisser du sang? Ici Moïse, Jésus et Mohamed ne sont pas présents. Sinon ils disent stop guerre. Mais ils parlent autre chose ca la guerre n’aime pas le silencieux. Sinon les armes seront silencieuses. La guerre aime le tralala des Famas. Ça fait kalach boum et tout le monde pisse du sang.”

La guerre du pétrole donnera aussi de beaux textes lyriques sur… Pas sur les cascades de Dindéfélo. Désolé! Vous ne comptez pas, chers habitants de Dindéfélo. La guerre donnera de beaux textes sur Dakar. La plage de l’Anse Bernard trépignait , hâte de retrouver son légendaire crépuscule libidineux.

 

Chers compatriotes de Dindéfélo, auprès de qui combattrez-vous? Le choix serait facile dans une guerre ethnique.

Dans une guerre des Terres Rares, c'est loin d'être évident.

Une guerre cornélienne attend le Sénégal.

Le Président Emmanuel saura, lui, choisir son cas.  Il interviendra en créant son propre camp: celui des vainqueurs de la guerre du pétrole.

 

Je suis à mon cinquantième jour devant le consulat général du Sénégal à Paris

En attendant le chaos, je fais du sport, ce soir, sur les quais de Seine. 

A côté, un homme chante pour sa dulcinée. Elle a une gaité contagieuse des filles de la rive droite.

 

Samone Ndiaye

sinigediteur@gmail.com

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