La Fable de Valls: une fadaise bien française

On ne peut se limiter à défendre ou à se battre pour des pratiques pas plus qu'à les combattre, ces combats là sont vains, ils n'ont aucun sens autre que porter l'agitation dans des eaux déjà troubles, se battre pour une pratique comme si elle incarnait le principe, c'est l'histoire qu'on nous vend ici avec le burkini.

J'ai hésité à faire un billet sur la fable burlesque du moment, un de plus et prolonger le malaise, le ridicule ou la honte selon les sensibilités de chacun, je pense que beaucoup a été dit pour ne pas dire tout et loin de prendre comme boussole ou comme preuve la presse des autres pays européen et de façon générale la presse des grandes "démocraties" occidentales si tant est que ce mot veuille encore dire grand-chose en ce monde, pour dénoncer cette fable, car après tout à chaque pays sa culture, ses us et coutumes, sa manière de vivre sa démocratie, sa république lorsque ça en est une.

Je ne voulais pas faire de billet sur une fadaise qui aurait pu rester une simple niaiserie, une de plus comme savent nous pondre nos élites politiques, mais au vu de la dangerosité de la niaiserie pondu il est difficile de s'abstenir de dire quelques mots sur le sujet.

 

Le vent ne souffle pas toujours dans le sens de l'histoire

Nous connaissons la tendance borderline de certains de nos élites frôlant les propos racistes et pleins de ces phobies qui couvent une haine sans jamais s'y vautrer (pour les plus prudents d'entre eux) , et là nous ne parlons pas du Front National avec son nouvel habillage, dans cette nouvelle mouture il joue parfaitement ce rôle, tutoyant la ligne rouge sans jamais la franchir, lui (le FN) aura toujours bon dos, puisque son passé ancien et récent plaide en sa défaveur, mais nous parlons ici de nos élites encartés démocrates, républicains, que l'on retrouve sur toutes les rives de l'hémicycle, droite, gauche et centre confondus, ils sont de tous les bords, depuis peu ils ont cessé de frôler la ligne rouge et beaucoup d'entre eux ont décidé de la franchir, il faut dire que le climat s'y prête bien, certains y verront là le courage de dire et faire ce qu'une majorité silencieuse pense, mais quel courage voyez-vous là? Ils ne font qu'aller dans le sens du vent, ce vent qui depuis les événements tragiques qui touchent l'Europe et particulièrement la France, a tourné.  Les événements du monde nous apprennent que le vent ne souffle pas toujours dans le sens de l'Histoire et que c'est au travers des tragédies collectives que nos valeurs trouvent pleinement leurs sens ou s'affaissent levant le voile sur nos mensonges, la réalité de nos discours. Nous sommes dans ces temps où les voiles devront tomber, les valeurs s'affaisser ou s'affirmer devant la réalité des faits.

 

Toute tragédie  doit trouver son Bouc-émissaire objectif

Nous disions que le climat s'y prête bien, il faut être idiot pour ne pas le remarquer, les élections approchent, le chômage est criant, la France traverse une terrible crise au-delà même des événements tragiques qui secouent le pays, la tragédie a commencé bien avant. La tragédie, c'est ce chômage de masse, ces français qui se suicident, des familles qui explosent, la précarité qui s'accroit à vue d'œil, une jeunesse dans le brouillard, des politiques en faillites, les attentats ne font qu'exacerber, et amplifier le phénomène, le recouvrir. Dans un tel climat il est tentant pour les hommes au pouvoir de diriger toutes les frustrations vers ces seuls drames qu'on ne peut leur imputer, jusque là rien de bien inquiétant quoique le tour de passe-passe permet à nos responsables de s'acquitter de rendre des comptes. Et après tout, canaliser notre haine vers cet ennemi tangible et légitimement détestable que représente Daesh est la moindre des politesses qu'on puisse lui rendre, même si en règle générale nous devons nous méfier des monstres tout désignés car parfois derrière les monstres se cache le vrai monstre qu'on ne voit jamais. Si l'affaire s'en été arrêté à cela, une haine qui est canalisé vers un monstre, mais la politique étant ce qu'elle est, l'électeur veut son bouc-émissaire Objectif, il doit pouvoir mettre un visage, le sentir proche de lui, pouvoir le montrer du doigt.

 

Hystérie jusqu'en haut lieu de l'état, les apprentis sorciers sont de sortie

C'est là que la politique politicienne nauséeuse  et non avare de calcule s'est engouffrée, tout élément en rapport avec l'islam susceptible de faire débat ou pas est versé au dossier pour établir le lien avec les extrémistes qui se réclament d'un islam que seuls eux connaissent et auquel ils adhèrent. C'est ainsi qu'un vêtement  s'est invité dans le débat créant l'hystérie non pas dans la population mais en premier lieu dans la classe politique, parmi les intellectuels de la place de paris et les grand médias de l'hexagone.

En pareil cas on s'attendrait à ce que ce soit la population qui se lance dans une telle hystérie et que ce soit l'élite politique qui la tempère.

or rien de tout ceci, l'hystérie a été lancé par le zèle de certaines mairies, invoquant tantôt le principe de laïcité, tantôt un trouble à l'ordre publique, ou les deux à la fois, et/ou des raisons obscurs, aussi flous les unes que les autres pour en finale fouler au pied la laïcité invoquée et créer le trouble à l'ordre public tant redouté. Puisque pour rappel d'une part l'interdiction en visant un vêtement porté par des personnes d'une religion donnée dans un espace public bafoue le principe même de laïcité et ce, quoi qu'on puisse penser de ce vêtement ceci étant un autre débat, d'autre part la grande majorité des gens n'ont jamais fais attention à ce vêtement, et tout d'un coup  les médias et les politiques emboitant le pas des maires dans le sens de la polémique ont porté un focus disproportionné sur l'affaire ce qui a bien sûr motivé tout ceux qui ont un compte à régler avec des "français d'origine" apparemment douteuse, ces français de confession musulmane, faisant des plages un ring où la moindre rencontre avec des individus identifiables comme musulmanes risque de causer un trouble à l'ordre public puisqu'en face on a donné un permis pour castagner et à minima pour invectiver et insulter  ceux qui ne se tiennent pas droit et qui contreviennent aux nouvelles règles. Fort heureusement que la population dans sa grande majorité ne s'est pas laissé entrainer dans ce piège de l'affrontement des uns contre les autres, mais ce risque est réel et ce n'est sans doute pas de la classe politique que viendra l'apaisement.

 

A chaque élection sa fable et son bouc-émissaire

Comme nous l'avons souligné il est vrai qu'en pareil cas on s'attendrait à ce que ce soit la population qui se lance dans l'hystérie et l'élite politique qui la tempère, mais il faut dire que les temps obéissent à des agendas bien précis et il faut harponner le peuple, le captiver, lui trouver une histoire, une fable à lui raconter, et quoi de mieux qu'une fable de méchant musulman qui oblige sa femme à aller à la plage en camisole, ou de femme musulmane tout court qui serait emprisonnée malgré elle par une idéologie et veut l'affirmer et défier la république, quoi de mieux pour occuper le peuple et l'aiguiller sur l'ennemi qu'il faut cibler.

Tous vent debout nos élites politiques, nos intellectuels, et les médias comme courroie de transmission - avec quelques exceptions qui confirment la règle -  contre le port d'un vêtement.

Ils ont trouvé leur fable à raconter, leur bouc-émissaire tout désigné.

Pour eux l'élection à venir s'annonce sous de bons auspices. La scène est prête, les éléments de langages affutés, les protagonistes bien en place.

 

Derrières les montres, le monstre

Les scènes de théâtre nous en avons l'habitude, mais ici un danger guette et il semblerait que dans leur calcule politique, des variables échappent à nos protagonistes, ou alors ils n'ont que faire des conséquences de leurs mises en scènes, seules comptent leurs petites carrières, naïvement on n'ose le croire, qu'ils pousseraient le cynisme à  ce point tel, qu'au mieux derrière les monstres qu'ils désignent ils sont là dos à dos non pas en opposition mais comme les deux faces d'une même pièce et aux pires ils sont les véritables monstres cachés derrières les monstres qu'ils nous montrent du doigt car c'est de cela dont il est question.  Se prévaloir de toutes les bonnes intentions, pointer du doigt le mal et tout faire pour que le chaos advienne, dans cette histoire le diable se cache dans les détails. Regardez bien et prenez garde , un monstre pourrait bien surgir de nulle part.

 

Un faux débat aux relents nauséabonds

Ce qui choque dans cette triste et ridicule fadaise du "burkini", ce n'est pas tant le vacarme ambiant, les prises de positions des uns et des autres, les pour, les contre, les neutres, ce n'est pas le débat et il ne l'a jamais été, mais que tout ait été fait pour que ça le soit c'est cela qui choque, comme si la pensée se devait d'être binaire, oui et non, pour ou contre. Si nous ne comprenons pas que le monde et donc les choses sont toujours plus complexes que ce qu'elles ne laissent paraître, nous sommes voués à mener des débats stériles. Je laisse les médias de côté il faut bien qu'ils se vendent, et même au diable tant que cela rapporte, mais ce qui choque c'est la hauteur d'esprit prise par nos intellectuels et nos politiques, dans une société qui fonctionne normalement c'est à eux d'éclairer les débats lorsqu'elle s'égare, mais il semblerait que c'est trop leur demander. Ce qui choque, c'est d'avoir sciemment créé un faux débat sur un vêtement comme à la belle époque du voile, en amalgamant principes et pratiques. Si le débat est de savoir si vous êtes pour ou contre qu'une femme porte un tissus la recouvrant que ce soit sur la plage ou ailleurs et que son avis vous importe peu, alors débattez et voyez le ridicule de la chose, mais le ridicule risque rapidement de prendre une tournure nauséabonde, puisque très vite on se rendra compte que ce qui pause problème n'est pas de porter ce vêtement, ou que celui-ci soit imposé à la personne qui le porte mais plutôt parce que ce vêtement  revêt une connotation religieuse et plus spécifiquement islamique, car en effet d'après les arrêtés "Anti-burkini" qui interdisent l’accès aux plages et la baignade « à toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité, respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime», avec quelques variantes, pour l’arrêté pris le 17 août à Beaulieu-sur-mer l'interdiction est pour l’accès aux plages et la baignade « à toute personne n’ayant pas une tenue appropriée pour la baignade et manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse » (article 1), dans l’article 2, « tout comportement (type prière) manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse […] est interdit sur les plages de la commune et les voies publiques », à Cassis, la maire a interdit le «port de tenues de bain ne laissant paraître que les mains, les pieds et le visage», ce que les agents chargés d'appliquer ces arrêtés cherchent sur les plages ce n'est ni une personne portant un vêtement qui troublerait  l'ordre public et bafouerais la laïcité, ni même des femmes avec une tenue religieuse quelconque mais bel et bien une personne portant une tenu qu'ils pourraient qualifier "d'islamique" car disons nous le bien comme la lois contre les signes ostentatoire qui était en réalité une loi contre le voile déguisé c'est l'islam et les musulmans qui sont visés, la lois sur les signes ostentatoire est un compromis, le législateur ne pouvant pas instituer une loi particulière visant une catégorie de la population, les autres religions ont juste subit les dégâts collatéraux de la cabale menée contre la religion douteuse. Que l'école soit un espace neutre (une utopie, dans la réalité ce n'est jamais le cas) le débat était légitime et cette loi a son sens, toutefois comme pour le débat actuel, la forme sous laquelle il s'est invité est tout simplement abjecte car ce fut encore une fois sous ce même angle aux relents islamophobes, teinté de stigmatisations et d'accusations que le débat s'est posé, si le débat s'était invité sous une forme plus apaisée il n'y aurait pas eu autant de polémiques.

De tout temps avant même que l'islam ne soit visible dans ce pays les deux autres religions que sont le christianisme et le judaïsme se montraient partout y compris l'école,  les piscines privées non mixtes réservées étaient choses courantes pour les personnes de confessions juives, les kippa à l'école, les croix grandes ou petites, cela n'a jamais posé de problèmes ou en tout cas n'a jamais fait autant polémique, la question des signes s'est posée une fois que l'islam à travers le  voile a commencé à être visible, il en est de même pour la question des piscines, ainsi que pour de nombreux sujet du même ordre.

Ce constat étant fait, on comprend aisément ce qui dérange ou sinon comment expliquer, interpréter, qu'on interdise à une personne le port de la casquette(voile ça fonctionne aussi), et que lorsque cette personne interpelle l'autorité ayant émis l'interdiction et demande pourquoi l'autre juste en face peut mettre sa casquette sans crainte, cette autorité lui explique  tout d'abord que ce n'est pas la même casquette, et finit sur insistance du plaignant incriminé  par limiter ce port à tous, c'est-à-dire  que l'interdiction n'est soulevée au préalable  que par rapport à des personnes ayant une identité bien défini et elle ne s'étend aux autres que par crainte de se voir retoqué par le conseil constitutionnel ainsi que par dépit de se voir rétorquer l'argument du deux poids deux mesures, entendu par là que la lois doit être la même pour tous. De tout ceci nous devons comprendre que ce qui pose problème ce n'est pas tant cette casquette mais l'identité supposée de la personne qui la porte.    

Et vous voyez comment rentrer dans un tel débat, nous oblige à des comptages, calcule, cuisine d'alchimiste, qui très vite peuvent amener au dérapage sans qu'on l'ai vu venir, tant l'exercice est périlleux.

 

Ce que ce débat ne dit pas

De plus ce qui choque dans ce débat c'est ce qu'il ne dit pas, et c'est beaucoup de choses non dites qui transpirent pourtant, d'autres moins évidentes aussi et qu'on entend jamais en dise long sur l'état de notre société, je ne reviendrais pas sur le fait qu'on parle au nom  et à la place des femmes de confession musulmane, beaucoup le font et je m'abstiendrais de participer à la prise d'otage. Je parlerais de femmes en générale et de femmes de confession musulmane tout en m'abstenant de dire ce qu'elles veulent ou ne veulent pas comme si j'étais leur confident, leur porte parole, dans ce débat on les accuse, victime quelque soit le camp, l'islam et le machisme qui en découlerait  sont montrés du doigt, or paradoxalement à ce machisme qui est pointé du doigt un autre se cache derrière - décidément derrière les monstres se cachent toujours d'autres monstres - en effet, ici on débat sur les tenues des femmes musulmanes, mais qu'en est-il pour l'homme, pourquoi dans la même logique ne pas interdire le port du pantacourt ou pantalon et t-shirt sur les plages alors que de nombreux musulmans pratiquants les portent sur les plages au lieu d'être torse nu et en short au dessus des genoux  et ce pour les mêmes raisons que les femmes, comment expliquer que c'est à elles seules que ces interdictions s'adressent, pourquoi ne pas exiger des hommes comme cité dans l'arrêté une tenue de plage appropriée qui est le short de bain, même si dans la plus part des arrêtés le vêtement incriminé n'est pas cité nommément - égalité républicaine oblige - toutefois la description qui en est faite sur certains d'entre eux ne laisse aucun doute quant à la cible et dans les faits c'est bien ce seule vêtement qui est visé, de même que pour l'exemple de la casquette, la règle est globale, certes la lois est pour tous, cependant cette dernière ayant en réalité une cible bien déterminée, dans son l'application elle s'acharne en priorité sur sa cible. Pensez-vous que sur tout le territoire il n'y ai jamais eu depuis que la loi sur les signes distinctifs est en vigueur une personne assise dans une classe avec sa croix ou un autre signe d'une religion autre que l'Islam? on peut facilement imaginer même de façon très marginale que cela arrive et pourtant en mémoire peu d'entre nous se souviendront d'une polémique au sujet d'une croix ou d'une kipa, de sorte qu'on se dit que c'est parce qu'il n'y en a jamais eu qu'on en a jamais entendu parler, alors que des polémiques avec un foulard nous semblent tellement fréquentes que les français peuvent facilement penser que les élèves de confession musulmane ne vont à l'écoles que  pour ça. C'est là la responsabilité des médias, des politiques que de mettre la focale sur des faits marginaux pour les essentialiser.  

La femme musulmane semble être au centre de toutes les attentions, elle semble obséder nos législateurs, nos intellectuels qui veulent la sauver, la sauver en dépit d'elle-même, peut importe ce qu'elle peut dire ou penser, on ne lui demande pas son avis. L'homme musulman, lui, paraît épargné par cette sommation à se conformer à une tenue appropriée et je dirais l'homme tout court, ce dernier point étant bien entendu révélateur du même machisme que beaucoup ici dénonce quand il s'agit des pays du moyen orient, on sort des arrêtés qui énoncent des règles générales mais dans la bouche de tous on ne parle que de bikini et de burkini, pas de short et pas de pantalon ou pas d'homme tout court dans ce débat, jamais le débat ne se pose pour lui, tout semble aller de soit. Sur chaque rive le corps de la femme est un enjeux et chacun dit vouloir la libérer, plus d'un côté de la rive que de l'autre, on crie haut et fort cette volonté mais qu'en est-il dans les faits? c'est le même machisme où la femme reste un objet sur lequel on exerce l'autorité que l'on retrouve ici, à la seule différence qu'il revêt un visage beaucoup moins brutale chez nous, nous en conviendrons et fort heureusement que échappons à cette brutalité.

Laissons de côté un instants les autres religions qui ne sont visées par ces lois que de façon indirect comme nous avons pu le voir (dans le texte la lois est pour tous mais dans son application elle a une cible privilégiée) et parlons du musulman homme épargné par la polémique, épargné entre guillemet puisqu'il est vrai que ceci le sort du cadre de victime  potentielle directement visée par cet arrêté, qui ambitionne de se transformer en loi à part entière vu l'empressement de nos politiques sur le sujet, toutefois ce n'est malheureusement que pour mieux le remettre au centre des débats comme coupable idéal, de là on explique au monde à travers ce débat, pour schématiser et être à mon tour caricaturale, puisque dans ces sociétés "orientaloaroboafricanomusulmane" - car ici c'est bien de cela qu'il s'agit - ces gens que l'on montre du doigt comme autres, ce sont bien les mêmes que nous voyons de l'autre côté de la méditerranée, même étant né ici, ce sont les mêmes qui soumettent leurs femme au nom d'une religion.

L'homme musulman macho par excellence, arriéré, celui qui dicte à la femme ce qu'il doit dire et faire, en France ou ailleurs, cet homme qui se croit  Dieu, la femme étant soumise à lui, c'est cet homme qui est derrière chaque femme voilée, chaque femme en burkini, et par extension derrière chaque attentats, voilà ce qu'on veut nous dire dans cette affaire. Les femmes musulmanes sont les victimes de l'islam, des hommes de cette religion, c'est l'une des visions que tant à véhiculer ce débat qui ne s'embarrasse guère de nuances ni d'analyses profondes et livre aux peuples le nid douillé confortable de préjugés pour qu'ils s'y endorment tranquillement en ces temps si troubles. En disant cela je ne veux aucunement sous entendre que la vie des femmes musulmanes dans le monde est d'un idéal sans commune mesure, le combat pour l'égalité et la liberté est un combat de principe qui se veut universelle, il ne s'inscrit pas dans un lieu donné ni pour un genre déterminé, que les femmes fassent partie des grandes victimes de toutes les sociétés humaines est un fait, ce sont les grandes perdantes quelque soit la société dans laquelle on se place, même dans les sociétés occidentales où sa situation est vu comme la plus enviable entre toutes, elles y ont gagné leur liberté certes, une liberté relative puisqu'elles ont les mêmes responsabilités que l'homme auxquelles se rajoutent celles qu'elles assument en tant que femmes sans compter celles que la société leurs assigne malgré elles, cette situation injuste nous oblige à redoubler d'effort mais sans s'écarter du combat de principe et ne pas oublier que se battre pour la liberté de la femme c'est se battre pour la liberté tout court, pour l'égalité et une justice pour tous,  et cela  n'a de sens que si ce sont vraiment les principes que nous défendons. Si on se met à défendre non pas un principe mais des pratiques et qu'on se bat non pas pour l'ensemble mais que pour quelques uns, c'est que nous avons perdu de vue le combat, nous nous battons pour autres choses, des idéologies, des paroisses, des temples. 

 

les amalgames à leur paroxysme, le retour des colonies

Ce qui choque c'est voir à longueur de journée Manuels Valls répéter avec la verve qu'on lui connait non aux amalgames, il faut les combattre, et dans le même temps il n'a de cesse par cette même verve d'alimenter ces amalgames qu'il prétend combattre, jusqu'à en devenir l'un de ses plus grands artisans, pourvoyeur hors-pair en éléments de langages percutant pouvant même faire passer Marine Le Pen pour un agneau apeuré. Nicolas Sarkozy n'est pas en reste, on lui concèdera qu'il reste cohérent et ne semble pas être un fervent militant de la lutte contre de quelconques amalgames.

Les raccourcis sont vite fait, et les liens illogiques deviennent logiques, voile, burkini, attentats.

Et d'entendre tous les politiques de tout obédience, mélanger les débats, les problèmes, les luttes, pour n'en faire qu'une seule, faisant perdre aux mots leur sens pour leurs donner le leur, fantasmé, revêtu de leurs préjugés, on dévoile mais on met le voile qu'on veut sur les mots, et voilà qu'on mélange salafiste, terroriste, islamiste, musulman, islam, extrémiste, djihadiste, encore une fois on ne s'embarrasse guère de nuances et d'analyses pour rendre compte de la complexité du monde, seule l'agenda politique compte.

L'amalgame s'est déjà le débat qui le pose d'emblée sous sa forme actuelle, le lien illogique mais apparemment tellement évident qui est fait entre femme portant un burkini et  le terrorisme, et les attentats qui ont endeuillés notre pays.

Dans un débat on veut y mettre tous les débats concernant l'autre, l'étrangers, l'originaire de, le pas complètement français, on veut y discuter de sa religion, la réformer, y discuter de sa culture, de sa fidélité à la nation, de son incapacité à s'assimiler ou s'intégrer (à vous de choisir , faites votre marché). Dans ce seule débat on veut y mettre tous les débats, de l'islam, de l'identité à la civilisation en passant par le terrorisme, on veut tirer les conclusions de tant d'années d'échecs, d'hypocrisie, de faillite sociale. Et comme on parle à la place de la femmes musulmanes, on parle à la place du musulman tout court, c'est la même chose, ces gens là sont incapables de bien penser par eux, et dans ce débat où l'islam est convoqué à la réforme, on choisis son islam à sa place, il est dit de France, allez savoir ce que cela peut bien vouloir dire.

Certains "pro-arrêtés" anti-Burkini interpellent dans ce débat en voulant comparer la France et l'Arabie Saoudite, objectant à ceux qui s'opposent aux arrêtés qu'ils n'ont qu'à aller en Arabie Saoudite et ils reviendront à la raison, que veut-on nous dire par là? aux dernières nouvelles l'Arabie Saoudite ne s'est jamais targuer d'être un pays démocratique, ni dans sa pratique, ni même dans son discours, et de ce que nous savons le label "pays des droits de l'homme" ne lui colle pas à la peau c'est le moins que l'on puisse dire, et que même si par on ne sais qu'elle folie le roi de ce pays  se mettait à l'affirmer on lui rierait au nez. Le débat se passe chez-nous en France donc arrêtons de vouloir le transporter en Arabie Saoudite ou au Maghreb comme si nous voulions renvoyer les concitoyens de confession musulmane "chez eux" et ceux même dans le débat.

C'est dans cette mélasse, ce fatras sans nom que les concitoyens de confession musulmane se retrouvent, ils doivent avec le reste des concitoyens, dans ce climat, trouver la lucidité pour sortir des pièges qui leurs sont tendu.

 

La laïcité: religion d'état?

Ce qui choque dans ce débat c'est en effet de brandir des principes auxquels tout le monde adhère pour en réalité ne défendre qu'une église, qu'une mosquée ou qu'une synagogue.

La laïcité c'est la séparation de l'église et de l'état, entendu aujourd'hui sous sa forme moderne la séparation "des églises(mosquée, synagogue, église etc ) et de l'état", or on se rend compte de nos jours que cette laïcité loin d'être un simple cadre permettant la séparation des cultes avec les affaires de l'état comme à son origine, sous certaines formes, sous certaines plumes, dans les mains de certains s'érige comme religion avec tout les atours qui lui sont associés: ses rites, son église laïque et ses interdictions. Instrumentalisée de la sorte par ces mains, elle bafoue son principe propre pour être en définitive la seule religion reconnu par l'état.

C'est cela qui choque, entendre des politiques et intellectuels défendre une église contres d'autres églises aussi laïque qu'elle soit, les entendre défendre des pratiques et non les principes, défendre des mœurs et non des valeurs, les valeurs et  les principes visent l'universalité (même si nous en sommes loin) alors que les pratiques et les mœurs sont particulières, étroites, donc aussi laïque qu'elle peut l'être, une église reste une église et la loi stipule la séparation des cultes et de l'état, ceci est un principe qui ne reconnait ni ne nie aucune religion.

Le principe est transcendant, c'est la clé pour l'égalité et la justice. 

Et sur les plateaux ils veulent savoir, si vous êtes pour ou contre l'interdiction du burkini, ils n'ont que faires des principes et s'attachent aux rites (pratiques) pourtant ils se disent laïque, mais serait-ce alors d'une laïcité religieuse qu'ils se réclament? Or semblerait-il que les aspirations des fondateurs même de la laïcité leurs échappent, puisqu'ils ignorent que s'attacher aux principes coûte que coûte c'est assurer l'égalité, l'équité et la justice, c'est assurer l'état de droit , c'est consolider les institutions et leurs permettre de traverser les âges, donner à l'état sa légitimité garant de la survie de la nation, s'en éloigner c'est au contraire l'affaisser le laissant en proie aux attaques de toutes parts.

A la question êtes vous pour ou contre l'arrêté interdisant le port d'un vêtement? A la question êtes vous pour ou contre le port de ce vêtement? La meilleur des réponse ne peut être un simple pour ou contre, le port d'un vêtement est une pratique et on ne peut se limiter à défendre ou à se battre pour des pratiques pas plus qu'à les combattre, ces combats là sont vains, ils n'ont aucun sens autre que porter l'agitation dans des eaux déjà troubles, se battre pour une pratique comme si elle incarnait le principe, c'est l'histoire qu'on nous vend ici avec le burkini, puisqu'on nous dit que la liberté c'est de ne pas le porter et l'enfermement le contraire, voyez donc comment le principe est confondu avec une pratique, et on essentialise au rabais, l'idée laisse place à l'objet pour finalement disparaître derrière son ombre, l'ombre devient l'objet. La seule manière d'éviter cette confusion, ce dévoiement c'est de se battre pour ou contre les principes. Donc à la question sur le burkini nous répondons plutôt par ces interrogations, quel principe défendons nous?  quel principe combattons-nous? et en répondant à l'une ou l'autre de ces questions nous aurons notre réponse.

En tant qu'être humain nous ne pouvons que souscrire aux combats pour l'égalité, la liberté et la justice, ces combats par définition sont pour tous et bien entendu pour la femme et il serait temps que cette dernière musulmane ou non, athée, chrétienne, peu importe, retrouve la place qui est la sienne, le monde en a cruellement besoin, mais il semblerait que pour la libérer, il faille la dévêtir, que sa liberté se résume à ça, porter ou non un vêtement, le procédé me paraît douteux, et c'est ainsi ce faisant que mon pays se voile. On peut se dire que c'est peut être comme Jésus qui a souffert pour toute l'humanité nous lavant de nos pêchers, la Laïcité c'est notre Jésus, elle prend nos maux, ici ce sont des bouts de tissus - n'est pas Jésus qui veut - des burquas, des voiles, ce sont ses obsessions et  on peut craindre qu'à force elle finisse voilée. En attendant le voile obscur, il est au-dessus de notre pays, bien au dessus de nos têtes, avec une élite politique impuissante, sclérosée, corrompue à tous les niveaux, la crise économique est toujours là et elle n'est pas prête de s'envoler, comme la crise sociale qui n'est pas prête de retomber, nous n'en sommes qu'à ses débuts, il en est de même pour la crise mondiale avec ses guerres, ses déplacements de population, une économie moribonde, une finance qui se cherche encore un remède alors qu'elle semble être le poison et malheureusement les drames que nous avons connu sur le territoire sont amenés à se répéter.

C'est dans ce chaos que nous vivons, et il faut notre vigilance pour s'éviter le pire, nos maisons sont en feu et pas assez de pompiers pour éteindre tous les incendies, si en plus certains s'improvisent pyromanes et d'autres soufflent sur les braises au lieu de se joindre aux pompiers pour aider comme ils peuvent à éteindre l'incendie, nous ne risquons pas de sortir des flammes.

 

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