Un vendredi 13 à Paris

« La recherche d’explication,  de causes, ne peut jamais être une excuse, mais juste le moyen par lequel le pire peut être évité. »

 

Un vendredi 13 à Paris,

Ça sonne comme un titre d’une chanson, joyeuse ou triste,

Joyeuse comme une capitale insouciante qui sourit à la vie,

Triste, dans son spleen, douce mélancolie d’un Paris sous la brume

Un vendredi 13 à Paris, comme un titre de film,

Hélas le film était bien réel, réalité macabre et bien triste,

Le monde est en guerre et nous le découvrons à peine,

Une pensée pour les âmes innocentes emportées par la haine,

Mais nous devons malgré le drame rester lucides, se relever et retrouver nos esprits,

Malgré que nous soyons frappés en plein cœur, car bien entendu notre cœur est Paris,

Il faut comprendre que la guerre a commencé bien avant ce jour funeste,

La guerre c’était déjà l’Irak il y a plus de 20 ans, elle a frappé comme la peste,

C’était loin de chez nous mais déjà c’était la guerre,  

Avec son lot d’effroi et de jours macabres,

Les raisons?? Des terres, des  matières premières ?

Toutes les raisons nous laisserons de marbres,

Peu importe, même les plus louables. Il importe peu.

Il y a tellement de bonnes raisons de se faire la guerre,

Et peu pour réaliser la paix, tellement peu,

La guerre c’est l’Afrique qui se meurt,

Elle se fait avec des armes,

La peur dans les yeux, la terreur dans les cœurs,

La guerre c’est du sang et des larmes,

Elle se fait avec des sécheresses et des famines,

Elle se fait avec des idées, des industries et des usines,

Partout dans le monde, la guerre.

La guerre c’est le Congo, le Niger, le Darfour, le Mali,

La guerre c’est le Liban, la Libye, le Yémen, la Somalie,

La Palestine, c’est aussi ça la guerre.

Cette guerre a commencé là-bas bien avant et c’est ici qu’elle continue son chemin,

Il faudra bien un jour nous regarder dans un miroir et voir la réalité du monde telle qu’elle est, le monde tel que nous le façonnons, pas un monde rêvé, fantasmé. Il faudra se poser les vraies questions, sortir de nos cynismes calcules, sortir de nos stratégies égoïstes. Il faudra en sortir, se défaire d’une cynique géostratégie considérant nos intérêts au dessus des autres peuples et même parfois ne s’agit-il que des intérêts de quelques uns et non de ceux du peuple, considérant que notre bien être prime sur tout, il faudra en sortir pour comprendre que c’est ensemble que nous trouverons le bonheur et non les uns contre les autres.

Le monde est un organisme vivant et constitue un ensemble, et le regarder de façon partielle, isoler les problématiques sans prendre en compte la vue d’ensemble c’est passer à côté des véritables enjeux.

Dans un monde globalisé plus que jamais tout est relié. En ce vendredi 13 nous avons vécu douloureusement nos liaisons dangereuses, avec effroi le feu que nous avons contribué à allumer ailleurs à fini par nous atteindre. Longtemps nous avons  laissé les ponts de haines se construire et même parfois nous les avons construit nous même pour connecter et relier le monde, y puisant ça et là, une matière première à bas coup pour garder notre rang, garder notre confort, n’ayant que faire d’une misère criante, d’un chaos grandissant, d’hommes et de femmes à bout, tant que nous avions accès à nos mines tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il nous appartient de travailler à détruire ces ponts de haines, pour construire des ponts de fraternités, car dans la haine il n’y a que chaos et destruction. 

Condamner le terrorisme, chercher les coupables de ces actes et les mettre hors de nuire, il le faut pour notre intégrité immédiate, pour rendre une justice, mais ces efforts seront vains pour une véritable paix durable puisqu’ignorer dans le même temps les vraies causes de ce terrorisme, feindre de ne pas comprendre d’où cette haine provient, y voir juste un endoctrinement pseudo religieux reposant sur un argumentaire farfelu, c’est ne pas prendre la mesure du problème, le mal est beaucoup plus profond que cela. Refuser de voir que toutes les guerres que nous avons menées bien avant le terrorisme, et celles que nous menons aujourd’hui en son nom sont les usines par lesquelles celui-ci provient.  Refuser de comprendre que nous aussi malgré nos beaux sentiments, malgré nos codes, nos lois, nous terrorisons des innocents avec nos guerres, même décrétées comme propres, elles tuent, elles terrorisent, elles traumatisent, elles créent des monstres. La guerre avec ses dégâts collatéraux : des victimes qui deviennent bourreaux. Oui, il sera vain de s’acharner sur des conséquences et d’en délaisser les causes.

Une démocratie peut terrifier des peuples sous la dictature, et ce n’est pas parce qu’elle est une démocratie ou se vit comme telle que les morts qu’elle engendre ne comptent pas, que sa terreur est plus douce, bien au contraire, lorsque la terreur trouve une légitimité pour agir, se pare des habits de la légalité pour terroriser en toute impunité, elle en devient encore plus ignoble.

Des bombes même démocratiques terrorisent, des balles même amies tuent des innocents et créent leurs lots de bourreaux, leurs lots de vengeances, un cycle sans fin.

Mais vous ne voulez pas les entendre eux en face, vous refusez de voir la terreur que vous leur infligez, vous leur dites que leurs souffrances sont imaginaires, leurs malheurs ne doivent exister que dans leurs esprits, que vos pillages sont un dû et non des vols, et en attendant derrière cette ligne de feu des peuples tombent sous les balles d’une guerre que vous leur avez imposée, des enfants grandissent orphelins, des veuves pleurent leurs maris, des hommes leurs femmes, derrières cette ligne de front des enfants grandissent et avec, la terreur qui finit par laisser place à la haine, et ces derniers de finir par entendre tous les appels de destructions,  et de se jeter au bras du fanatisme, puisqu’ils ont tout perdu et que leur seul avenir est cette terreur, pourquoi donc vivre ? Pourquoi ne pas se perdre ? Pourquoi aimer la vie ? Ils la haïssent et comme ils n’ont rien, ils haïssent ceux qui ont tout.

C’est dans cette fosse de désespérés que le wahhabisme lance ses filets et harponne les âmes ébranlées. C’est d’abord dans ce Golgotha où errent des vies traumatiques que l’idéologie fanatique recrute son armée. Et ces êtres perdus conquis par la haine, de trouver leurs mimes occidentaux, ils sont français, belges, de toutes les nations européennes, ils ont un père, une mère, et ne connaissent pas la guerre, comme tous ils la voient à la télé, dans les journaux. Leurs points communs : c’est une fracture identitaire, une réconciliation, une place qu’ils n’ont jamais trouvé, en dehors ils ont tout, mais ils deviennent en dépit de tout, les jumeaux siamois de ces êtres perdus aux lendemains incertains, comme dans un miroir, ils se reconnaissent en eux, pourtant ils paraissent si loin, si différents. C’est ainsi qu’ils troquent leur tranquillité précaire ou même luxueuse contre les tumultes de lendemains de terreurs, ils se jettent dans l’aventure sanglante et macabre.

Alors d’où vient le basculement, comment peuvent-ils se voir comme tels dans ce miroir, à quel moment de la chaine avons-nous failli ? À l’école ? Qu’en est-il de nos responsabilités ?  Les parents ? La société ? L’Etat ? Et quid du wahhabisme, de tous les fanatismes, des impérialismes et de nos liaisons dangereuses ? Pourquoi et comment avons-nous échoué ? Comment des gens viennent à penser que la destruction est la solution à leur problème ?

Si nous considérons que nous sommes une démocratie, il faudra avoir un débat démocratique sur tous les sujets, c’est l’une des clés : arrêter de tenir les débats qui nous arrangent, des entre-soi, en ostracisant une frange de la population. Le choix du débat ne doit pas être un tabou et pour qu’un vrai débat démocratique ait lieu le choix des protagonistes non plus.

Au lieu de faire la guerre pour ne plus avoir peur, essayons la paix pour pouvoir se parler et peut être qu’un jour qui sait nous nous comprendrons et alors seulement pourrions-nous nous aimer.

 

A TOUTES les victimes de la bêtise humaine, d’ici et d’ailleurs, reposez en paix.

 

 

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