"Pour un dressing" Entretien avec Emmanuel Tugny

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 "Pour un dressing" est un essai paru en 2011 aux éditions Châtelet-Voltaire. Emmanuel Tugny y explore, pièce après pièce, les éléments d'une garde robe masculine, assumant, au nom du rapport au corps et à l'histoire des formes plastiques et littéraires, l'exercice de la prescription subjective, d'un arbitrage des élégances à la Balzac (Traité de la vie élégante).

 

 Suite à mon feuilleton "Que porter pour aller au musée" rédigé sur ce blog et qui portait sur l'ouvrage "Pour un dressing", j'ai souhaité découvrir un tant soi peu son auteur, Emmanuel Tugny, qui entrelace si habilement le verbe et l'art.

 

Bonjour Emmanuel,

- je me suis immiscée avec empressement dans ce dressing  pour rédiger mes billets et  accrocher quelques-unes des oeuvres que vous citez au-dessus de vos mots... Une question me taraude : êtes-vous plutôt bas ou chaussettes ?

Je "suis" plutôt ce qu'"est" le livre (c'est une affaire générale : les auteurs sont leurs objets, ils ont souhaité être plutôt cela, de mon point de vue) : le livre dit "soyez rien ou soyez bas".

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Bellini - La persévérance 

- Ce livre était une commande. Quelle idée l'éditeur avait-il derrière la tête en vous faisant décrypter ainsi nos oripeaux à travers une promenade quasi-muséale?

Il faudrait le demander à Henri-Pierre Jeudy mais son idée était, je crois, de me voir tirer d'un cheminement à travers les oeuvres d'art que j'aime, une réflexion raisonnée et sensible sur les contours de la garde-robe masculine idéale, la réflexion forcément arbitraire d'un amateur d'art .

- Les oeuvres, les références à la mode, à la musique étaient, je l'imagine, dans votre tête... Comment avez-vous fait le tri et établi vos choix ?

De façon tout à fait libre, "de chic", à l'instinct : une fois établi un symbolisme personnel de la pièce de vêtement, j'ai laissé le souvenir de l'illustration de ce symbolisme par des oeuvres que j'aime guider la progression du livre.

 - Vous-même, comment et pourquoi vous habillez-vous ?

 Comme on écrit et pour la même raison, je crois : de façon à et pour devenir objet, et objet causant, objet qui cause.

- Qu'allons-nous donc pouvoir nous mettre sous la dent d'Emmanuel Tugny dans les jours à venir ? 

 Un roman policier, Le Souverain Bien, paraît le 17 septembre chez Publie.net. Il raconte, à travers une intrigue policière, la difficulté de choisir, entre deux biens, le souverain, dans la vie et dans l'écriture.

 - Pour terminer, histoire de vous déshabiller davantage, j'aimerais que vous vous livriez au questionnaire de Sophie Calle et Grégoire Bouilliez,  qu'ils ont créé en 2003 pour le magazine Les Inrocks........

 Vous m'apprenez son existence, allons-y...

1) Quand êtes-vous déjà mort ?

 Quand je n'ai jamais été éternel 

2) Qu'est-ce qui vous fait lever le matin ?

L'espérance en autrui 

3) Que sont devenus vos rêves d'enfants ?

Des livres, pour l'essentiel, que ponctuent les cauchemars, pour que ça soit roman.

4) Qu'est-ce qui vous distingue des autres ?

Le sentiment d'en être le même

 5) Vous manque-t-il quelque chose ?

Il me manque de ne manquer de rien.

 6) Pensez-vous que tout le monde puisse être artiste ?

Je souhaite que tout artiste soit le monde. Par conséquent : oui.

7) D'où venez-vous ?

D'un rêve (paysages, amours, généalogies desdits).

 9) Jugez-vous votre sort enviable ?

Ai-je un sort ?

10) A quoi avez-vous renoncé ?

A rien, je crois.

11) Que faites-vous de votre argent ?

Des choses.

12) Quelle tâche ménagère vous rebute le plus ?

Elles me rebutent toutes également. Oh non : je range les couverts.

 13) Quels sont vos plaisirs favoris ?

La pipe reçue, le jeu de basse.

14) Qu'aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?

 Une campagne en fleurs.

 15) Citez trois artistes vivants que vous détestez.

 Daniel Buren, Ben...connais-je trois artistes vivants ?

 16) Que défendez-vous ?

 Mon épouse

 17) Qu'êtes-vous capable de refuser ?

 A peu-près tout

 18) Quelle est la partie de votre corps la plus fragile ?

 Les reins

 19) Qu'avez-vous été capable de faire par amour ?

 Jamais mon amour ne m'a demandé de sacrifice.

 20) Que vous reproche-t-on ?

 Mon impatience, ma brutalité.

 21) A quoi vous sert l'art ?

 A rentrer en l'être.

 22) Rédigez votre épitaphe.

 Terre !

 23) Sous quelle forme aimeriez-vous revenir ?

 Un amour.


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 http://blogs.mediapart.fr/blog/sabine-lecoeur/250712/que-porter-pour-aller-au-musee-14

 

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