une "diversité" sélective

Parue dans Le Monde daté du 1er décembre, une chronique de Benoït Hopquin intitulée "Morts au champ d'honneur" mérite qu'on l'interroge.

Le billet de Benoit Hopquin paru dans Le Monde daté du 1er décembre, pour lyrique que se veuille l’éloge funèbre qu’il propose des “morts au champ d’honneur” victimes des divers attentats qui ont endeuillé la France depuis les crimes de Mohamed Merah jusqu’aux carnages du 13 novembre en passant par les attentats de janvier dernier, est particulièrement choquant.
Sa vision de la nation est étrangement restrictive en effet, puisque s’agissant des crimes de Mohamed Merah, il omet les victimes, de jeunes enfants pour trois d’entre elles, de l’école juive, et s’agissant des attentats de janvier, il n’évoque, comme victimes, ni les journalistes de Charlie Hebdo, ni les clients de l’hypercasher.
Sa belle  “diversité” black – blanc – beur – n’inclut manifestement pas les juifs, ni les journalistes de Charlie Hebdo.

Pour rappel : outre les militaires, tués à Toulouse et Montauban, Mohamed Merah a assassiné en 2012, à l’école juive Ozar Hatorah, Jonathan Sandler, 30 ans, professeur de l’école, ainsi que ses deux enfants âgés de 3 et 6 ans, puis Myriam Monsonégo, 8 ans, saisie par les cheveux, et tuée à bout portant d’une balle dans la tempe.

Concernant les attentats de janvier 2015, outre les victimes que mentionne Benoît Hopquin – Franck Brinsolaro, policier chargé de la protection de Charb tué le 7 janvier au cours de l’attaque de la rédaction de Charlie Hebdo, Ahmed Merabet, policier du 11ème arrondissement tué le même jour Bd Richard Lenoir, et Clarisse Jean-Philippe, gardienne de la paix assassinée le lendemain à Montrouge (un “Blanc”, un “Beur”, une “Black”) –, faut-il rappeler que la rédaction du journal fut décimée le 7 janvier : 10 morts en sus des deux qu’évoque Benoît Hopquin ? Et que le 9 janvier, quatre personnes ont été assassinées parce que juives (ou supposées telles) à l’hypercasher de la porte de Vincennes ?
Benoît Hopquin ne nous fait pas le coup des “victimes innocentes” - des "Français onnocents"-, comme le fit jadis feu Raymond Barre. En réalité c’est pire encore : il gomme tout bonnement de son propos certains des assassinés.

De quoi pareil effacement est-il le signe particulièrement sinistre ?
On peut à coup sûr se poser la question.

 

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