À quoi sert le sexe d'un prêtre ?

Au moment où toute la société s’interroge sur les violences sexuelles au sein de l’Église catholique suite à la parution du rapport de la CIASE, Mediapart nous a invitées à en débattre comme autrices du Déni. À quoi sert le sexe d'un prêtre ? C’est une question qui nous a paru légitime.

Au moment où toute la société s’interroge sur les violences sexuelles au sein de l’Eglise catholique suite à la parution du rapport de la CIASE, Mediapart nous a invitées à en débattre comme autrices du Déni1. À quoi sert le sexe d'un prêtre ? C’est une question qui nous a paru légitime2. Le président de la conférence des évêques de France, Eric de Moulins Beaufort avait en effet proposé peu après son élection d’« approfondir le sens du célibat des prêtres3 ». Puisque le magistère établit un rapport continuel entre le corps des femmes et leur vocation à la maternité, intéressons-nous au corps des hommes pour changer des discours sur le corps des femmes. Existe-t-il un rapport entre le sexe masculin au sens physiologique du terme et la prêtrise ?

Comme les relations sexuelles sont condamnées hors mariage et que les prêtres catholiques n’ont pas droit au mariage, le sexe masculin des prêtres semble ne pas être d’une grande utilité. À la question sur la possibilité du mariage des prêtres qui donnerait une utilité directe à leur sexe masculin, Éric de Moulin-Beaufort répond non, puisqu’il affirme qu’il faut « approfondir le sens du célibat ». Dans le contexte des scandales sexuels récemment sortis : abus et viols de religieuses et d’enfants, pratique homosexuelle massive du clergé, sans oublier les femmes et les enfants cachés des prêtres4, — cette réponse prête à sourire ou à pleurer. Le président de la conférence des évêques de France n’est pas dans le déni, car il sait que le célibat et la chasteté ne sont pas pratiquées et il en connaît les perversions. 

Admettons un moment qu’il croie vraiment que le célibat soit une valeur en soi pour être prêtre. Si c’est le cas, pourquoi cet argument ne serait-il pas valable pour les femmes ? Elles pourraient être prêtres elles aussi, à condition de rester célibataires. Puisqu’elles ne le peuvent pas, comme le martèle Eric de Moulin Beaufort : « Certainement pas demain, peut-être jamais », c’est que le sexe masculin joue un rôle dans le fait d’être prêtre.

 Quel est ce rôle puisque le prêtre n’a pas le droit de s’en servir et alors que nous savons que la majorité des prêtres s’en servent quand même ? Éric de Moulin-Beaufort dévoile le fond de sa pensée en revenant au sexe des femmes car l’institution ne parle jamais du corps des hommes. Il ajoute : « Il y a malgré tout une grande différence entre le fait d'être un homme et d'être une femme. La plus grande différence, c'est que le corps de la femme est fait pour accueillir la vie. » L’évêque résume les femmes à leur corps et plus particulièrement à leur utérus. Exit les prépubères, les ménopausées, les célibataires, les stériles, celles qui ne veulent pas d’enfants. Exit les talents, les compétences et les désirs de toutes les femmes. Un seul rôle : être enceinte comme Marie.

Quant au sexe masculin, il sert donc à être prêtre. Grâce à cet attribut et à l’appel sexué de Dieu, l’homme prêtre est capable de consacrer des hosties, de gouverner les catholiques, de développer des discours sublimes, de prêcher la morale et en particulier les vertus du mariage hétérosexuel indissoluble, l’horreur de la contraception et de l’avortement. Il les rend capables de diriger la conduite des humains, tout en cachant leur propre vie sexuelle. 

Le sacerdoce requiert donc un pénis. C’est la pensée constante du magistère : « À peine est-il nécessaire de rappeler que dans les êtres humains la différence sexuelle exerce une influence importante, plus profonde que, par exemple, les différences ethniques ; celles-ci n’atteignent pas la personne humaine aussi intimement que la différence des sexes5. » Cette idéologie héritée du XIXè siècle et fondée sur la croyance que la différence sexuée détermine tout, sert à justifier la supériorité, celle de la race blanche comme celle du masculin. La personnalité masculine serait déterminée par sa sexuation qui la rend capable des privilèges du sacerdoce, du pouvoir et du savoir. Bien qu’elle soit dépassée, cette idéologie sexiste continue d’être la règle puisqu’elle est inscrite dans le droit canon de l’Église romaine. Relue à cette aune, la raison profonde du célibat des prêtres est probablement et tout simplement la misogynie.  

Sabine Sauret et Agnès de Préville


  1. Le Déni, enquête sur l’Eglise et l’égalité des sexes, « Ils sont au pouvoir, elles sont au service, Bayard, 2014. [ledeni.net]↩︎

  2. Article paru dans Golias Hebdo, n° 572, du 18 au 24 avril 2019, sous le titre « Sexisme ordinaire à la tête de l’Eglise de France.↩︎

  3. Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims : “Le mariage des prêtres n'est pas le remède à la pédocriminalité”, 7 avril 2019. [france3-regions.francetvinfo.fr/]↩︎

  4. Des compagnes de prêtres témoignent, collectif, Golias édition, 2018.↩︎

  5. Cardinal Seper, Interinsigniores, Déclaration sur la question de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel, 15 octobre 1976, n°5.↩︎

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