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Billet de blog 2 juillet 2023

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Comment aller vers de l'apaisement ?

Les poudrières s'embrasent et explosent. Et il a suffi d'une étincelle. La mort de Nahel, 17 ans, par un policier a réveillé une colère profonde dans le pays.

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Cette colère est le fruit du recul de la République et de ses institutions dans nos banlieues, du recul de la démocratie depuis 2005, de l'abandon et du mépris donné par une classe dirigeante de plus en plus éloignée du reste des simples gens. Cette colère, elle bouillonne au fond de nous de plus en plus depuis qu'Emmanuel Macron est président. Dissolution des Soulèvements de la Terre, dissolution CCIF, remise en question des financements d'associations dérangeante comme la Ligue des droits de l'Homme, non-renouvellement de l'agrément d'Anticor, écrasement de la contestation de masse contre la réforme des retraites, étouffement des Gilets Jaunes, puis les morts des violences policières.

Zyed et Bounna, Adama Traoré, Zineb Redouane, Cédric Chouviat et maintenant Nahel. La liste est en réalité bien plus longue. Le site bastamag recense, depuis 2017, 229 décès à la suite d’une intervention des forces de l’ordre. Une dynamique de décès en hausse : "Plus récemment, à partir de 2014 (gouvernement Manuel Valls puis élection d’Emmanuel Macron), le rythme de morts repart nettement à la hausse, avec plus de 20 personnes tuées chaque année. Un nouveau seuil est franchi en 2020 (40 morts) puis en 2021 (52 morts). L’usage de la violence policière létale est en train de se banaliser en France ?"

C'est la question qui se pose. Car depuis Manuel Valls, depuis Emmanuel Macron, on ne connaît que la violence comme langage qui fonctionne. 3 mois de contestations contre la réforme des retraites réalisées pacifiquement dans les règles de l'art par les syndicats, par les travailleurs, par les gens ? On a eu un passage en force brutal au Parlement et une surdité sans précédent vis à vis de la rue. Par contre, quand les Gilets Jaunes ont commencé à faire des barbecues géants sur les ronds-points et sur les Champs-Elysées, Emmanuel Macron a tendu l'oreille. Il y a quelques jours, Ali Rabeh, maire de Trappes disait à propos des banlieues : ""Quand on brûle, on s'intéresse à nous on parle de nous à la télé". Qu'est-ce que vous répondez à ça ? Oui, on invite les représentants, les élus, les associations que quand ça brûle."

Ce langage de la violence, c'est aussi celui de l'extrême-droite. Quand Alliance et l'UNSA Police se disent "en guerre" contre des "hordes sauvages". Quand Marine Le Pen, Eric Zemmour profitent de la situation pour déclarer l'état d'urgence, pour comparer les meurtres en tentant de raviver la douleur du drame Lola, en indiquant les bonnes et mauvaises manière de vivre un deuil... Ces gens cherchent l'affrontement. Que la France se batte avec elle-même pour qu'ils puissent bâtir des débris du pays leur fantasme d'ordre : un Etat entièrement policier.

Il y a la violence du mépris. Marque de fabrique réelle d'Emmanuel Macron, la faute des émeutes seraient dues à la mauvaise éducation des gamins, aux jeux-vidéo (sauf ceux du ZEvent j'imagine) et aussi des réseaux sociaux. Bref aucune faute politique, que des fautes morales. Pourtant, c'est bien une faute politique qui est derrière, et c'est une réponse politique dont nous avons besoin pour retrouver de l'apaisement.

Car pour faire redescendre les tensions, il y a de moins en moins de solutions sur la table. Mais des solutions, il y en a. Abrogation immédiate des dispositions "permis de tuer" de la loi Cazeneuve de 2017 ; réforme complète de l'IGPN avec la création d'un service d'enquête indépendant comme en Belgique ou au Royaume-Uni. Que la police n'enquête pas sur la police. Réforme en profondeur de la police nationale pour rebâtir une police républicaine, mieux formée, et débarrassée de toute forme de racisme. Ce n'est pas grand chose mais je pense que ces premières choses à faire permettront d'aller vers un apaisement.

Francois Ruffin conclut dans sa note de blog :

"On n’en sortira ni par le déni, ni par la violence aveugle. On s’en sortira par le haut : par la vérité, par la justice, par l’égalité. Par une réconciliation nationale qui ne sera possible que si le Président et le gouvernement remettent tout sur la table. « Sans tabou ». Reconnaissant leurs erreurs, qu’ils se replongent dans les travaux qu’ils ont fait produire aux acteurs et actrices de terrain, avant de les balayer d’un revers de la main, et s’engagent sur des solutions qui réparent les maux. Les transformations de l’institution police, on l’a dit. Mais aussi le reste : la ségrégation urbaine, les discriminations à l’embauche, le trafic de drogue et les réseaux mafieux, les moyens pour les élus locaux, les associations, la revalorisation des métiers des premiers et premières de corvée, le soutien aux mères célibataires qui tiennent tout le foyer sur leur dos, etc.

Nous, nous voulons la paix. Pas la guerre civile.

La « réconciliation nationale », il la faut."

Oui, nous voulons la paix. La balle est désormais dans le camp présidentiel.

LIENS :

Enquête Bastamag - https://bastamag.net/webdocs/police/

La note de blog de Francois Ruffin - https://francoisruffin.fr/nahel-apaisement-mais-comment/

Le plan d'urgence de sortie de crise - https://lafranceinsoumise.fr/.../plan-d-urgence-sortie.../

Pour un plan d'urgence "Justice Partout" - https://www.youtube.com/watch?v=-wQVNRI0mKc

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