Sages-femmes code noir
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Billet de blog 3 déc. 2021

Lettre ouverte !

Nous souhaitons vous interpeler au sujet des revendications des sages-femmes au sujet de leur reconnaissance administrative, statutaire et financière et de la situation très préoccupante de la périnatalité en France.

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          Bonjour à toutes, bonjour à tous,

          Nous, sages-femmes, voudrions revenir sur certains points car ce que nous lisons, entendons, ces derniers temps ne nous semble pas refléter la réalité de notre mouvement de grève.

          Un communiqué de presse émanant du gouvernement et relayé partout annonce qu'on nous aurait accordé 500 euros d'augmentation mensuelle: 183 euros du Ségur (que nous ne considérons pas comme une avancée puisqu'elle rattrape simplement une chose incompréhensible: les sages-femmes avaient été "oubliées"!) + 78 euros indiciaires + 240 euros de prime (qui remplacerons la prime paramédicale de 150euros et qui ne seront donc pas versés si arrêt maladie ou congé maternité et qui ne comptent pas dans le calcul des retraites) =78 euros. Merci beaucoup mais on est loin des 500 annoncés.

          Les sages-femmes territoriales (sages-femmes de PMI) auront uniquement les 78 euros.

          Les libérales n'auront rien. Pour info, les sages-femmes (profession médicale, 5ans d’études) gagnent, en libéral, en moyenne autant qu'un orthoptiste ou un podologue (3 ans d'études), et 1200 euros net de moins qu'une infirmière (3ans d'études aussi). Ces professions paramédicales sont pourtant bien loin de notre niveau de responsabilité, nous qui veillons sur la santé et la vie des femmes et de leurs enfants.

          Depuis de nombreuses années on nous remercie pour la qualité de notre travail de prévention. La dernière fois c'était en septembre par le ministre de la santé lui-même. En effet, la prévention est un investissement sociétal qui permet de faire des économies majeures : en prévenant et dépistant, on baisse les coûts de santé puisque les pathologies n'apparaissent pas. Donc on économise sur les passages aux urgences, les opérations, les médicaments, les consultations, etc... mais aussi sur les dépenses sociales qui n'auront pas lieu (protection de l'enfance par exemple)

          La liste des actions de dépistage et de prévention menées par les sages-femmes est vertigineuse (dépistage du diabète, de l'hypertension, aide au sevrage tabagique, violences au sein des familles, cancer du col de l’utérus, mort subite du nourrisson, maladies sexuellement transmissibles, vaccination, dépressions anténatales et du post-partum, ivg, etc... )  Et plus les années passent, plus on rajoute de cordes à nos arcs. Nous sommes en accord avec cela, mais malheureusement, la prévention prend du temps car elle nécessite de faire de la pédagogie en plus de réaliser des actes techniques. Les consultations des sages-femmes sont donc largement sous-évaluées et ne permettent pas/plus aux sages-femmes de faire le travail de qualité qu'elles voudraient faire : Nos actes n'étant pas assez valorisés, les structures qui emploient les sages-femmes n'ont pas intérêt à augmenter leur masse salariale en embauchant plus de sages-femmes. Donc les hôpitaux et les PMI resserrent les effectifs, réduisent la qualité des soins apportés à la population et les plus fragiles en pâtissent les premiers. Est-il normal que les structures de soins soient gérées comme des entreprises? Puisque la qualité de nos actions est reconnue implicitement en nous mettant toujours plus en avant, ne pensez-vous pas que nous méritons une valorisation concrète de nos actes? On sait nous dire combien coûtera notre "augmentation" qui n'en est pas une mais qui peut chiffrer les économies colossales qui sont faites grâce à nous? Quand décidera-t-on que les sages-femmes seront enfin rémunérées à hauteur de leurs compétences? 

          On nous accorde une 6ème année d'études et c'est très bien pour nos étudiants exsangues qui font actuellement 1400h de plus en 5ans que les étudiants dentistes dont les études durent déjà 6 ans. Mais qui va accepter de faire 6 années d'études avec notre niveau de responsabilité en étant si peu rémunéré (actuellement 1700 euros à l'hôpital en début de carrière) quand bien même nous aurions 78 euros de plus et une prime de 240 euros? C'est ridicule tout simplement. Il est temps de corriger l'injustice salariale qui touche les sages-femmes. Où sont passés les millions d'euros qu'elles ont fait économiser à la sécurité sociale en s'organisant pour que les patientes sortent beaucoup plus rapidement des maternités?   

          Encore un fait surprenant : dans les hôpitaux les sages-femmes sont gérées par les affaires paramédicales alors qu'elles exercent une profession médicale. Pourquoi ?

          L'autre requête majeure des sages-femmes est qu'elles demandent une révision indispensable et urgente des décrets de périnatalité. Ceux-ci régissent notamment les effectifs des établissements selon leur nombre d'accouchements par an. Les décrets actuels sont basés sur une pratique hospitalière qui n'a plus cours puisque de nos jours les femmes qui accouchent veulent de plus en plus pouvoir se mobiliser, souvent sans péridurale ou avec une péridurale déambulatoire, et que leur projet de naissance soit respecté le plus possible. Nous soutenons ces évolutions, qui sont encouragées par ailleurs par l'HAS (Haute Autorité de Santé), et qui permettent aux femmes de se réapproprier leur corps, leur individualité et la naissance de leurs enfants. Mais cela nécessite beaucoup plus de temps de présence. Sans compter que les décrets de périnatalité ne tiennent pas compte des accouchements survenus avant 22 semaines d'aménorrhée ni de ceux qui font suite aux interruptions médicales de grossesse qui se font aussi en salle de naissance, ni des heures consacrées à la surveillance des femmes présentant des pathologies nécessitant une surveillance continue de la mère et de son enfant à naître (poussée hypertensive, fièvre importante, menace d'accouchement prématuré en phase aiguë, hémorragie de la délivrance, etc...) qui sont prises en charge en salle de naissance également... Ces femmes, ces couples nécessitent d'être choyés, d'être accompagnés pour traverser des angoisses quelques fois massives, et pour certains des deuils éminemment douloureux lorsqu'ils perdent un enfant. Les sages-femmes sont là aussi pour eux. Au-delà des images d’Épinal de notre profession, c'est peut être là que notre profession prend tout son sens. En accompagnant la vie dans toutes ses dimensions, de la plus grande des joies à la plus dure des réalités.

          Nous demandons que tout soit mis en œuvre pour nous permettre d'accompagner toutes nos patientes le mieux possible. Les décrets de périnatalité et leur application à la lettre font qu'actuellement, partout sur le territoire français, les sages-femmes sont en grande souffrance institutionnelle car en grand sous effectif. Dans de nombreux établissements, la charge de travail est telle qu'il n'est même plus question pour les sages-femmes d'avoir le temps de manger ou même d'uriner lors de leurs gardes de 12h. Et, inévitablement, la qualité des soins physiques et psychiques apportés aux patientes/aux couples s'en ressent. Au détriment des femmes. Encore des femmes... Pourtant, il s'avère que la 1ère cause de mort maternelle en France après une naissance est le suicide. Comment est-il possible de savoir cela et de négliger à ce point les conditions d'accouchement des femmes? Quand se décidera-t-on à refuser résolument les violences obstétricales engendrées par le système?

          Si certaines sages-femmes ont peut être été satisfaites des qualités d'écoute de notre président candidat, la plupart d'entre nous attendent beaucoup plus de sa part et pour le moment le compte n'y est pas du tout. 

          Alors que les violences faites aux femmes étaient la grande cause du quinquennat, les maternités sont en danger de désertion et de burn-out. Si le président a "tout compris" comme l'a dit notre consœur interrogée par LCI, il sait que ce ne sont pas ses mots qui sauveront le système de soin obstétrical mais :

                                        - des décrets pour permettre aux femmes d'accoucher comme elles le méritent, en sécurité, et en étant accompagnées pleinement par des sages-femmes disponibles pour elles dans ce moment fondateur unique qu'est la naissance d'un enfant, et 

                                        - des engagements économiques à la hauteur du niveau de formation et donc de compétence des sages-femmes, maillons indispensables de la santé des femmes.

          Bien à vous,

          Vos sages-femmes, celles de vos mères, de vos femmes, de vos filles.

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