A la table commune !

Et si le vivre-ensemble débutait par la convivialité d'un banquet citoyen ?

Interrogé sur les difficultés du vivre-ensemble, Joann Sfar répondait avec humour le 11 octobre dernier au micro de France Inter : « Je pense qu’il faut manger ensemble, et après, quand on a bien mangé, on peut se disputer au moment du café. » L’auteur du Chat du rabbin nous livre ici une intuition pleine de bon sens. Le sentiment d’appartenir au même monde doit commencer par les choses les plus simples : s’asseoir à la même table dans un moment de convivialité. La première forme du commun consiste à se faire « commensaux », des personnes partageant le même repas. A l’échelle d’un quartier ou d’une commune, ce geste devient plus qu’un temps de plaisir, il est un évènement citoyen.

Cette intuition s’inscrit en fait dans l’histoire longue qui fit de Paris le cœur de notre République. Elle révèle une tradition aujourd’hui en sommeil, celle des « banquets républicains ». De la fête révolutionnaire de la Fédération, aux banquets civiques du 14 juillet, c’est à la table commune que la liberté, l’égalité et la fraternité ont scellé leur alliance. C’est tout un imaginaire politique qui s’invente alors avec les agapes citoyennes. La nourriture et la boisson partagées sont les fondements d’un monde commun. Citoyens aisés ou gens de peu, croyant au ciel ou n’y croyant pas, autour d’un même repas nous sommes d’abord les membres d’un seul et même peuple, voisins, amis, habitants d’un même territoire. C’est pourquoi, par ces temps de troubles identitaires, de montée du racisme et de l’intolérance, nous proposons de donner un nouveau souffle à cette tradition républicaine. S’asseoir à la même table, quelle réponse plus belle offrir à tous les fauteurs de haine ?

Des remarquables initiatives existent déjà, comme la République des Hyper Voisins dans le XIVème arrondissement, qui a réuni 1000 personnes à la même table en septembre dernier. Dans le sud de la France, la commune de Montélimar organise quant à elle un banquet de 5000 convives chaque année, dont le succès ne se dément pas. Pourquoi ne pas en faire de même à Paris ? Dès le retour du printemps, chaque arrondissement pourrait initier un banquet citoyen. Ce projet doit être l’occasion d’y associer le plus grand nombre d’acteurs associatifs, qui constituent aujourd’hui le tissu solidaire de notre ville. Sur un boulevard ou dans un parc, qu’une immense tablée soit dressée dans l’espace public, pour que les Parisiens y partagent le repas, que les enfants jouent ensemble, que les adultes se reconnaissent comme citoyens de la même ville, et que l’on puisse dire encore et toujours : Paris est une fête ! A l’heure où les différences de toutes sortes s’érigent en barrières infranchissables, il s’agit d’oeuvrer modestement et concrètement à renforcer ce qui nous lie les uns aux autres. Alors citoyens, citoyennes, à la table commune !

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