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Billet de blog 20 sept. 2019

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Ai-je le droit de critiquer "Charlie" ?

Tribune parue dans Libération le 28/05/2018

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Depuis quelque temps, règne une confusion sciemment entretenue entre ce que l’on nomme «l’esprit Charlie» et le journal du même nom. Le premier désigne la mobilisation collective pour la défense de la liberté d’expression, qui a suivi l’épouvantable assassinat des journalistes de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Or, l’«esprit Charlie» se voit aujourd’hui détourné de son sens originel pour être mis au service d’une pensée binaire. On nous ordonne de choisir entre l’intégrisme islamiste et le soutien inconditionnel aux publications de ce journal satirique. C’est ainsi que la défense de la liberté d’expression se mue en interdiction de critiquer Charlie Hebdo, sous peine d’être accusé de collusion avec des censeurs, voire des criminels. Cette alternative est insupportable, il est temps de la rejeter.

Je revendique ici le droit de critiquer Charlie Hebdo sans être assimilé de près ou de loin aux partisans de la censure. Ainsi pour la caricature de Maryam Pougetoux parue en première page du journal cette semaine. Le principe que j’énonce est simple : Charlie Hebdo a le droit absolu de publier ce dessin, et j’ai le droit absolu de dire qu’il est odieux.

En effet, cette une ne s’en prend pas à une religion mais à une jeune femme de 19 ans. Son visage déformé jusqu’à la débilité, sa présence à l’université mise en cause, son engagement syndical associé à l’idée de «merde». Tout ceci est injuste, stupide et vulgaire. Ce n’est que le prolongement du déferlement d’anathèmes qui a suivi sa première interview télévisée. Je soutiens que cette façon de combattre le voile se fait au mépris de la femme qui le porte. Curieux féminisme qui trouve bon d’injurier celle qu’il voudrait libérer.

J’affirme ceci en renouvelant mon attachement absolu à la liberté d’expression et mon opposition indéfectible à la censure. Depuis le 7 janvier 2015, j’ai à plusieurs reprises utilisé des dessins de Charlie Hebdo pour illustrer mes cours de philosophie, et je continuerai de le faire. C’est à chaque fois l’occasion de rappeler à mes élèves les principes de la liberté d’expression et du droit à la caricature. Je vais au-devant des critiques les plus virulentes, et prends systématiquement le parti de la liberté dans le respect des personnes. J’affronte au quotidien les questionnements identitaires ou religieux de mes élèves. En connaissance de cause, il me semble évident que la publication de cette semaine sera totalement contre-productive. Loin de réduire le communautarisme religieux, elle le renforcera. Elle ne peut qu’alimenter un sentiment d’humiliation, de rejet, et la tentation du repli identitaire dans une partie de notre jeunesse. Toute prétendue impertinence n’est ici qu’un cruel manque de pertinence.

Lorsque l’invective remplace l’argumentation, lorsque l’accusation est préférée à l’écoute, alors, en effet, la caricature tient lieu de pensée. Sur un sujet aussi important pour notre avenir commun, nous avons le devoir d’exiger une élévation du débat public. Entre les partisans de la censure, et ceux qui ne sont plus «Charlie» qu’avec eux-mêmes, il est urgent d’ouvrir une voie raisonnable et enfin propice au dialogue.

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