Mantes-la-Jolie : On ne met pas la jeunesse à genoux !

Tribune parue dans Libération le 07/12/2018

On peine à croire ces images, et pourtant elles disent vrai. Jeudi, près de 150 lycéens ont été interpellés à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Des photos, des vidéos montrent des dizaines de jeunes en rang, à genoux, les mains sur la nuque. Elles donnent à voir des garçons à terre, menottés la tête contre un mur. Des lycéens, mineurs pour la plupart, traités de la sorte au pays des droits de l’homme. Comment a-t-on pu en arriver là ?

Les témoignages se multiplient, attestant une réponse démesurée, disproportionnée, inédite par son ampleur. A la bêtise, à la provocation de quelques-uns, on a répondu par une brutalité aveugle, frappant à tout va, opposant au désordre un ordre encore plus violent.

J’ai fait mes classes à Mantes-la-Jolie et j’y ai enseigné. Les élèves du lycée Saint-Exupéry sont loin des clichés répandus sur la banlieue. Ce sont des jeunes qui n’aspirent qu’à réussir leurs études. La façon dont certains d’entre eux ont été malmenés restera comme un traumatisme. Je connais aussi les excès des foules lycéennes. A chaque mouvement de grève des élèves, à chaque blocage d’établissement, je tente comme tous mes collègues d’éviter les débordements, d’appeler au calme et à l’action constructive. Mais que dire de ce pouvoir sinon qu’il a perdu tout sens de la mesure, toute capacité à discerner quelques casseurs et une foule de lycéens mobilisés pour leur éducation ?

La France est un Etat de droit, c’est-à-dire que jamais personne ne doit être humilié sur son territoire, et encore moins en son nom. Cette arrestation collective est une mise en scène destinée à répandre l’effroi et l’humiliation auprès de la jeunesse. Elle est intolérable de la part de forces de l’ordre d’une nation civilisée comme la nôtre. Jamais une personne, quel que soit son tort, ne doit être traitée de la sorte en ce pays !

Mais le message est clair. Il s’agit pour le pouvoir politique d’étouffer la colère sociale, le mouvement de protestation des lycéens, par l’intimidation, par la violence. Que faut-il en conclure, sinon que partout en France, la contestation progresse, et que le pouvoir refuse de l’entendre ? Voilà qu’il répond à la jeunesse par la matraque, par les gaz lacrymogènes, par les arrestations brutales devant leurs établissements.

Dans le contexte de révolte que la France connaît depuis plusieurs semaines, ces images peuvent-elles avoir un autre effet qu’attiser la colère et pousser à la violence ? Quelle irresponsabilité. Quel cadeau fait à l’imaginaire de ceux qui rêvent d’émeutes et de guerre civile !

Hier, à Mantes-la-Jolie, l’Etat a commis une faute. Une enquête doit être ouverte en urgence, pour jeter la lumière sur ce qui a conduit à un tel désastre. Il en va de la légitimité des forces de l’ordre. Il en va de l’autorité de l’Etat. Il en va du respect de la République.

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