Un sparadrap à 300 millions

Il est toujours délicat de tirer des conclusions générales à partir de quelques exemples. Les exemples ne sont pas forcément des symptomes de l'ensemble mais tracent tout de même une ligne directrice qu'il est difficile d'ignorer. Il en est ainsi de la politique du gouvernement Ayrault. Les attentes étaient et sont toujours énormes et au-delà des changements idéologiques par rapport au quinquennat de Nicolas Sarkozy, des changements sur la manière de faire étaient aussi très attendus. Après des années de politique spectacle, de gestion de la communication plus que de l'action, beaucoup attendent le retour d'une politique pragmatique dont les orientations sont le fruit de reflexion sur le long terme et non pas juste un coup médiatique

On ne peut dont pas clairement définir une généralité à partir de quelques exemples, mais l'on peut au moins s'interroger.

La première alerte fut la sortie de Najat Vallaud Belkacem sur la prostitution. La ministre des Droits des femmes a déclaré vouloir la disparition de la prostitution. On peut se demander quel électorat elle souhaitait rallier avec une telle énormité. Au-delà des questions morales la prohibition de la prostitution n'entraine qu'une dégradation de la vie des prostitués, condamnés à la clandestinité.

Une politique de réaction épidermique sans visée à long terme là ou la concertation et le pragmatisme donnent de meilleurs résultats, mais il est surement plus gagnant médiatiquement prétendre proposer la solution miracle plutôt que de proposer des évolutions, forcément pas suffisantes et trop lentes. Les prostitués, les associations qui leur viennent en aide pensent tous que la posture abolitionniste est contre productive et aberrante, mais c'était sans compter sur la politique spectacle qui se moque bien des conséquence pouvu que quelques poins soient grapillés dans les sondages

La baisse de 6 centimes du prix de l'essence ne fait que conforter cette impression que ce gouvernement a plus envie de durer coûte que coûte que de vraiment faire avancer les choses. Le bénéfice politique de cette mesure paraît bien mince, la diminution sera toujours insuffisante aux yeux des automobilistes et pire encore quand les prix repartiront à la hausse la colère n'en sera que plus grande. Encore un coup d'éclat qui sera sans effet sur la popularité du gouvernement alors qu'une vision à long terme aurait là encore été préférable, les 300 millions de recettes perdues par la l'état auraient surement trouvé un meilleur usage en ces temps de rigueur budgétaire, comme de par exemple promouvoir les énergies alternatives.

Bien sur ces exemples ne sont peut-être pas représentatifs de la ligne directrice du gouvernement mais une fois encore on peut s'interroger.

Une chose est pourtant sûre, c'est que toute économie à besoin de gérer le quotidien mais aussi et surtout l'avenir, ce qui se traduit concrétement par des investissements lourds sans espoir de bénéfices avant plusieurs années. Les entreprises privées, les yeux rivés sur leurs résultats annuels et sur leurs cours de bourse n'envisagent même plus de parier sur un avenir qui apparaît toujours trop lointain. L'état est le seul à avoir les moyens de construire l'avenir en prenant des orientations pour les décennies à venir. mais à bien y regarder les entreprises peuvent également le faire. Ainsi la Corée du Sud a décidé un plan de développement des énergies alternatives de  plus de 20 milliards de dollars, plus des 3/4 seront pris en charges par les entreprises privées coréennes. Ces dernières ne sont pourtant pas désintéressées, au contraire elles attendent beaucoup de ces investissements. Elles font un pari pragmatique, des choix réfléchis. Tout ce que François Hollande nous a promis

 

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