Brève réflexion sur l'islamophobie

Voici un article écrit il y a 6 ans. Je maintiens le fond malgré des exemples datés. S'il existe indéniablement une hostilité à l'endroit de la visibilité du fait musulman, elle ne doit pas perturber l'attitude des musulmans (notamment parmi les « leaders ») et leur perception de la réalité sociale. Article initialement paru, en 2 parties, dans le très intéressant site "Les Cahiers de l'islam"

Actuellement, le terme « islamophobie » est souvent évoqué, mettant ainsi en exergue les émois que suscite la visibilité présentée comme de plus en plus grande de l’islam et des musulmans. L’instrumentalisation politique et médiatique de la présence musulmane en France est telle qu’elle empêche de s’interroger sereinement sur les véritables enjeux de cette installation du fait musulman en France. Loin de toute approche passionnelle, la société en général comme les responsables musulmans ne peuvent faire l’économie d’une analyse critique de leurs attitudes afin de sortir de cette crispation. 

La récente campagne de communication du CCIF [1] a au moins eu le mérite de permettre à une partie des musulmans d’être, un temps, maîtres de leur agenda médiatique. Une fois n’est pas coutume, les musulmans n’ont pas été acculés à réagir à une actualité imposée par d’autres. 
Mais la question soulevée par cette campagne permet surtout de s’interroger sur le phénomène dénoncé : l’islamophobie et ses conséquences. 

Un concept polysémique et ambigu

Au premier abord, l’on pourrait revenir sur l’étymologie du terme afin de le définir. Dans ce cas, il s’agirait de la peur de l’islam à l’instar de la crainte de la foule pour l’agoraphobie ou encore celle des espaces clos pour la claustrophobie. Partir de cette définition primaire est inopérant pour deux raisons ; la première réside dans le fait que les craintes suscitées par l’islam et les musulmans sont à prendre en compte par les musulmans eux-mêmes. Cataloguer d’islamophobe toute attitude critique vis-à-vis de l’islam et des musulmans clôt d’emblée toute perspective de débat ou espace de discussion et crispe davantage la situation. En effet, par sa portée réductrice, cette qualification essentialise les porteurs d’une argumentation critique. La deuxième raison est que le regard critique, d’où qu’il vienne, peut être salvateur pour ces mêmes musulmans quant à leurs attitudes religieuses [2]. 

Une fois ce postulat admis, comment qualifier les multiples réactions négatives, plus ou moins véhémentes, que l’on voit apparaître ici ou là à l’égard de la religion musulmane ou de l’attitude de ses adeptes ? Sont-elles le signe d’une condamnable islamophobie (définie, cette fois, par toute action discriminante ou propos hostile à l’endroit d’une personne ou catégorie de personnes en raison de son appartenance supposée à l’islam) ? Dans ce cas, seule l’action revendicatrice politique et juridique serait à même de remédier à ce problème. Cet engagement revendicateur, une fois accompli, faciliterait ainsi la voie à un réel vivre ensemble sans embûche. 

A mon sens, il faut étudier plus en avant et de façon dépassionnée les réactions multiples d’une partie de la société face à la visibilité de certaines attitudes de musulman-e-s. Ceci permettra d’éviter toute mésinterprétation et, ce faisant, une inutile surenchère de tous bords. La présente analyse s’inscrit dans une tentative d’autocritique et de distanciation après quasiment quinze ans d’engagement au sein du tissu associatif musulman. 

L’attitude des musulmans face à l’hostilité

Nonobstant la surmédiatisation démesurée des phénomènes ayant trait à l’islam et aux musulmans, ouvrant ainsi la voie à des récupérations bassement politiciennes, il serait judicieux pour les communautés musulmanes (plus particulièrement pour les membres mettant en avant leur attachement aux valeurs musulmanes dans leur engagement associatif) d’être en effet sensibles aux perceptions des autres composantes de la société vis-à-vis de la religion musulmane et de ses adeptes. Toutes les analyses, mêmes les plus sérieuses, confirment cette appréhension, plus ou moins forte, ressentie par une grande partie du corps social face à l’islam et à sa visibilité [3]. On aurait tort de considérer cela comme uniquement l’expression d’un racisme irrémédiablement ancré dans la “culture“ [4] française héritée de la longue tradition d’expansion et de domination française dont la politique coloniale ou les Croisades par exemple seraient les plus grandes illustrations. 
Ceci étant dit, il n’est pas question non plus de nier l’existence d’un racisme persistant dans nos contrées, qui tire ses racines dans l’Histoire contemporaine ou plus ancienne ; bien qu’il faille rester très vigilant face à ce dernier discours dangereux, ce n’est pas (encore ?) cette expression là qui domine l’ensemble de la société. Il s’agit donc d’être clairvoyant dans l’analyse des faits. 

En effet, ce n’est pas faire montre d’une quelconque faiblesse que de considérer les interrogations, les craintes voire les critiques parfois acerbes de l’ensemble du corps social quant à l’instauration du fait musulman en France. Une attitude digne et responsable facilitera sa normalisation pour en faire une donnée inhérente au récit national. 

 

L’islam comme rempart identitaire

Ainsi, il n’est fait injure à personne lorsqu’il est souligné que le retour à la pratique de l’islam pour certains, l’extériorisation de l’appartenance à la religion pour d’autres a rempli une fonction identitaire manquante dans le puzzle identitaire de certains musulmans. Ce retour s’est parfois (ou souvent ?) fait au détriment d’une réelle introspection spirituelle censée donner du sens et répondre à des questionnements métaphysiques existentiels. Cela a souvent permis de répondre à la question du « qui suis-je ? » avant de répondre à la question du Sens à laquelle pourtant répond en priorité toute religion qui aspire à dire le Vrai. Si ce cheminement a souvent été un facteur d’apaisement et de (ré)conciliation, dans un contexte de tiraillement identitaire, entre « l’islamité » et la « francité » [5], force est de constater qu’il a conduit d’aucuns à accorder à certaines pratiques canoniquement non fondamentales une importance démesurée remplissant ainsi le rôle d’une affirmation identitaire. Le phénomène dit wahhabite, par son attachement aux signes extérieurs distinctifs très prégnants, n’en est que l’illustration la plus visible pour ne pas dire la plus symptomatique.  

Des interrogations de la société à prendre en compte

Ce faisant, les individus se définissant comme appartenant à la sphère de l’islam doivent effectivement faire preuve d’empathie à l’égard de leurs compatriotes qui, pour la majeure partie d’entre eux, méconnaissent quasiment tout de l’islam et des dynamiques en cours dans les communautés musulmanes en France. Il est vrai qu’à l’heure actuelle, il est difficile pour une personne qui n’est pas musulmane, ne disposant que de peu d’informations sur l’islam et n’ayant aucun lien avec cette religion et ses adeptes – et ce quant bien même cette personne est dotée d’une grande ouverture d’esprit – de ne pas avoir, au mieux, des questionnements réels et profonds à propos du fait musulman et au pire des inquiétudes tangibles. Cette situation est d’autant plus paradoxale, en apparence, que la réalité quotidienne (dans le voisinage, dans le cadre professionnel, scolaire ou universitaire…) est, pour l’heure, très pacifiée et globalement assez cordiale. Les perceptions du réel passent, depuis quelques temps déjà, par le prisme médiatique qui retranscrit des informations faisant état d’attitudes qui interrogent. Parfois, ces informations, par l’effet de la loupe médiatique, sont certes de l’ordre de l’anecdotique, marginales et ne reflétant pas, loin s’en faut, des pratiques majoritaires. Toutefois, il faut, me semble-t-il, reconnaître qu’il est des pratiques des musulmans qui posent question et interloquent l’observateur – et ce loin de toute manipulation médiatique et/ou politique. Pour prendre à dessein des exemples extrêmes, on ne peut objectivement pas reprocher au quidam d’être quelque peu surpris et interrogatif face au port en France d’un voile intégral ou face au refus, pour des raisons présentées comme religieuses, de serrer la main d’une personne du sexe opposé. Affubler indistinctement cette personne du sceau de l’islamophobie ne résout en rien la difficile équation de l’implantation digne et sereine du fait musulman dans le pays.

La nécessaire attitude autocritique des musulmans…

En ne s’attardant que sur les attitudes des individus qui accordent une place importante à la pratique religieuse, un regard critique paraît nécessaire, non pas pour céder à une quelconque pression politique ou sociale, mais pour être en cohérence avec la volonté d’inscrire le fait religieux musulman dans le paysage anthropologique français et européen. Si l’idée selon laquelle il n’y a aucun obstacle juridique à la normalisation du fait musulman en France est désormais largement partagée dans les communautés musulmanes et par une grande partie des intellectuels et dirigeants en France, il me paraît également important de rappeler que la « culture » est, et a toujours été, plus forte que le Droit. Autrement dit, lorsqu’une société se sent, à tort ou à raison, menacée, elle n’hésitera pas à changer le Droit. Nous avons constaté, entre autres exemples, ce postulat en 2004 lors du vote de la loi Stasi (interdisant le port de tout signe religieux « ostensible » dans l’enceinte des établissements scolaires) et surtout lors des nombreux débats qui l’ont précédée. Quelle que soit l’opinion des uns et des autres sur la question dite du foulard, cet événement a été très révélateur ; non seulement il a mis à jour la faiblesse de ressources politiques chez les musulmans[6], mais aussi et surtout il a révélé la possible réaction d’une société qui, aidée par un climat totalement passionnel, considère son identité menacée. Le Droit, transformé pour l’occasion en bouclier protecteur de la « culture », a donc été changé dans un sens qui, en apparence, rassure le corps social et politique. Pour ce faire, la société n’a pas hésité à édicter des règles qui vont à l’encontre de ses principes fondateurs. En agissant de la sorte, le législateur a transformé un principe permettant à la base l’expression d’une pluralité en une vision dogmatique, quasi-religieuse contraire à sa logique première. C’est bien le signe qu’une société traversée par des tensions et des craintes, justifiées ou non, peut se replier sur elle-même pensant ainsi se protéger. La distanciation et l’empathie de la part des communautés musulmanes pourraient, en de telles situations, jouer un rôle d’apaisement, même si à elles seules elles ne suffisent pas pour changer la donne. 

…et ses exigences

Ce regard autocritique à l’égard de certaines attitudes religieuses constatées doit se réaliser à travers un dialogue intra-communautaire exigeant, loin de toute délégitimation des différents positionnements. En effet, il est temps que les musulmans apprennent réellement à se parler en intégrant dans les faits la pluralité des discours, des postures et des pratiques. Ce travail implique nécessairement une confrontation des lectures théologiques, cultuelles et culturelles. Il est également capital de donner voix au chapitre aux individus non pratiquants mais se reconnaissant un lien avec l’islam. Ce discours interne de vérité permettra de faire le point sur tout le travail réalisé et surtout sur le chemin restant à parcourir pour l’implantation sereine du fait musulman en France. Car, la réalité est implacable : l’islam est irrémédiablement amené à faire partie intégrante du paysage culturel et religieux français et européen. Il l’est déjà de plus en plus mais il est toujours en construction et appelle aujourd’hui de la part des musulmans français à l’édification d’un horizon clair et perceptible pour l’ensemble de la société. Aux musulmans de prendre leur part de responsabilité pour faire en sorte que cette implantation se passe le plus paisiblement possible.

En effectuant cette impérieuse analyse autocritique, les musulmans, armés d’une identité apaisée, rempliront leur part du devoir pour partager le fonds commun d’attitudes et de sentiments de l’ensemble des membres de la société. La question fondamentale réside bien là : quelle peut être la posture et la prégnance des musulmans de France dans la culture politique française ? J’entends par culture politique le système des représentations sociales et historiques largement partagées par l’ensemble des individus souhaitant vivre une communauté de destin. Or, cette culture politique n’est pas un système unique de sens ; elle est constamment en construction, en évolution. C’est d’ailleurs l’une des conditions sine qua non de sa perpétuation. Ainsi, quel est l’idéal de vie commune dans le cadre de la notion du vivre ensemble que défendent les musulmans – ou du moins les personnes actives, dans le cadre associatif ou autre ? Comment dépasser l’étape d’une simple et noble aspiration (le vivre ensemble) à l’édification d’un discours construit et cohérent pour le mettre effectivement en marche de manière méthodique et pédagogique ? La culture politique est le fruit d’une interaction, parfois véhémente, entre les différents groupes sociaux et politiques. Il semble donc nécessaire, pour les musulmans eux-mêmes, de faire le point sur la forme que prend la visibilité de leurs pratiques religieuses et culturelles et celle qu’ils souhaitent adopter, et donc aussi proposer à leur société. Concernant les pratiques cultuelles, ce travail revient avant tout aux responsables religieux qui sont les tenants et les concepteurs d’un discours religieux, lequel sera réapproprié par les musulmans pratiquants par la suite. Quant aux pratiques culturelles (qui peuvent par exemple concerner les habitudes vestimentaires ou les différentes expressions artistiques par exemple), cela revient à l’ensemble des personnes se reconnaissant un lien avec l’islam (pratiquants ou non) d’effectuer ce travail. 

Une fois cette tâche colossale réalisée – ou du moins en parallèle à celle-ci – nous serons à même d’assister à un ajustement des comportements sociaux et politiques entre tous les membres de la société politique ; ceci pourra permettre l’émergence d’une société qui assume pleinement sa nouvelle configuration. Dit autrement, Marianne pourra enfin regarder dans le miroir social, en toute sérénité son nouveau visage et l’assumer pleinement.  

Un enracinement pourtant parsemé d’embûches

Loin de toute naïveté politique, il faut également évoquer les écueils dressés sur la longue route de la normalisation de la présence musulmane sous nos contrées. Il existe effectivement une résistance au sein du corps social et politique à l’établissement serein du fait musulman en France. 

Le principal obstacle auquel les musulmans de France sont confrontés réside essentiellement dans une forte résistance d’une partie de l’élite politique, médiatique et économique, qui, elle, est parfaitement consciente des véritables enjeux anthropologiques et sociétaux que représentent l’installation et la normalisation définitive du fait musulman en France. Pour des raisons parfois idéologiques, mais bien souvent pour conserver le rapport de force politique et social établi, des stratégies d’effraiement de la population et de stigmatisations outrancières d’une catégorie de personnes sont mis en branle pour alerter « l’opinion publique [7] » sur le « danger » de cette 
« population nouvelle » que sont censés représenter les « musulmans », transformés pour le coup en une masse compacte et insaisissable. Cette situation est analogue aux stratégies mises en place par les élites, composées alors de notables locaux, de la fin du 18e siècle et tout le long du 19e, pour stigmatiser la classe ouvrière grandissante numériquement et quittant les campagnes pour s’installer à Paris. Elle était alors présentée comme une « foule » dangereuse qui était censée mettre en péril les tout nouveaux principes progressistes issus de la récente Révolution [8]. Aujourd’hui, les « musulmans » semblent occuper, aux yeux de cette élite, cette même fonction de repoussoir. 

Les communautés musulmanes doivent également faire face aux différentes velléités des mêmes élites qui consistent à leur dénier une totale légitimité citoyenne – ou à tout le moins à en amoindrir la consistance – notamment en leur rappelant constamment leurs origines lointaines et quelques peu exotiques. Ostraciser toute une catégorie de la population, en la reléguant constamment dans la catégorie de « l’Autre », recèle effectivement quelques avantages ; tout d’abord celui d’orienter le regard de l’opinion publique vers d’autres directions que les véritables enjeux notamment liés à la crise économique endémique et ses différentes conséquences sur l’avenir de nos sociétés ainsi que l’absence évidente de projet de société crédible pour y faire face. Ensuite, cette stratégie permet surtout de maintenir un statu quo quant à l’interface des rapports de force concernant des communautés musulmanes, de moins en moins immigrées, mais, on l’a vu, toujours peu dotées en ressources économiques et sociales. Elle requiert un troisième avantage pour une partie de plus en plus large du personnel politique (de droite comme de gauche) : celle de maximiser les gains politiques (et donc électoraux), sans prendre de grands risques, sur le dos d’une catégorie de la population quasiment dénuée de capacité politique. Les dernières élucubrations « pâtissières » d’un leader de la droite ne sont que l’illustration – risible s’il ne s’agissait pas de questions relevant de l’humain – de cette logique. Les différents thèmes (halal, cantines, piscine…) qui ont alimenté les dernières Présidentielles ne font là aussi que confirmer cette analyse.

Une détérioration rapide du climat politique

Ce climat politique est véritablement inquiétant. Bien que, la réalité quotidienne est, encore une fois, beaucoup plus fluide que les représentations le laissent croire, l’on constate une radicalisation des postures et des discours. Le personnel politique de droite comme de gauche est effectivement tenté de jouer la carte de la récupération de sentiments populistes. La sphère politique se nourrit des différents faits divers basés, en apparence, sur des justifications identitaires. Les soubresauts de tensions extrêmes qui interviennent ici ou là et qui sont, en réalité, davantage l’expression d’une réalité socio-économique particulièrement âpre sont, à leur tour, alimentés par des discours publics stigmatisants émanant d’hommes et de femmes politiques de premier plan. C’est donc ce cercle vicieux pernicieux et dangereux sur le long terme qui est en train de proliférer. On assiste parfois à des réactions « ethnicistes » – fort heureusement encore minoritaires – qui, sans pour autant tomber dans une dramatisation excessive, devraient alerter toutes les consciences convaincues par la notion du vivre ensemble. Les manifestations clairement hostiles à la présence de l’islam, à l’instar de l’occupation violente et symbolique du chantier de la mosquée de Poitiers, sont avant tout le fait de groupuscules clairement racialistes d’extrême-droite qui se jouent de la peur diffuse dans la société à propos de l’islam, espérant ainsi rassembler le plus grand nombre sur ce mode. Ces mouvements d’extrême droite ont toujours existé mais leur dangerosité devient patente quand leurs discours et leurs postures politiques trouvent écho au sein d’une partie du champ politique traditionnel. A ce titre, il s’agit d’être très vigilant face aux évolutions droitières du principal mouvement politique d’opposition qui semble céder aux chants de ces sirènes de mauvais augures. Par ailleurs, le contexte socio-économique actuel particulièrement déprimé et qui, selon plusieurs analystes, n’est pas prêt d’évoluer positivement, n’est malheureusement qu’un terreau fertile pour la prolifération de ces logiques de radicalisation… 

Comme toute réalité sociale, la situation est très complexe et appelle donc à se garder de toute analyse et attitude simplistes. Elle appelle également, de la part des musulmans engagés socialement, à de l’humilité dans l’action car ces derniers n’ont pas la maîtrise de tous les paramètres. Ils doivent composer avec une réalité parfois hostile. Nous sommes donc face à la conjonction de deux logiques : l’une, mettant au prisme la responsabilité des musulmans pour l’édification d’une posture et d’un discours audibles et l’autre soulignant l’attitude d’une partie de l’élite qui, consciemment et/ou inconsciemment, rend difficile l’insertion du fait musulman. C’est la capacité ou non à juguler ces deux logiques qui permettra, à mon sens, de se frayer un chemin vers un véritable vivre ensemble dans les faits (ce qui est déjà peu ou prou le cas) et dans l’ordre symbolique.

[1] Collectif Contre l’Islamophobie en France « Nous (aussi) sommes la Nation », cf. http://www.noussommeslanation.fr/ 

[2] Cf. le point de vue pertinent du sociologue des religions Omero Marongiu Perria dans son article « Critiquer l’islam est salutaire » http://oumma.com/14481/critiquer-lislam-salutaire . 

[3] Cf. le dernier sondage qui a fait couler beaucoup d’encre réalisé par l’IFOP pour Le Figarohttp://www.lefigaro.fr/assets/pdf/sondage-ipsos-islam-france.pdf. Même si, comme tout sondage, il peut prêter à la critique, il reste tout de même instructif et révélateur de cette réelle défiance diffuse au sein de la société. Cette crispation s’explique aussi en partie par un « matraquage » médiatique et politique… 

[4] Le terme est placé entre guillemets pour signifier que la culture n’est pas considérée, à mes yeux, comme un donné historique voire biologique fermé et inamovible qui constituerait l’âme d’un peuple. Ce qui exclurait de facto l’inclusion de tout autre nouvel élément. J’adopte au contraire une lecture dynamique de la notion. 

[5] Il faut effectivement avoir à l’esprit la portée novatrice des discours de prédicateurs et/ou intellectuels musulmans qui, en verbalisant pour la première fois l’islam en français vers la fin des années 80 et début des années 90, se sont évertués à démontrer la possible conciliation entre la religion musulmane et la citoyenneté française. Ils ont répondu en grande partie à des questionnements identitaires paraissant insolubles. Tariq Ramadan ou Hassan Iquioussen par exemple sont des personnalités qui ont joué un grand rôle en France dans ce domaine. 

[6] Pourtant ces derniers, dans les différents débats, appuyaient leur argumentation sur la laïcité et la République ; thèmes dont ils faisaient montre d’une maîtrise parfaite…

[7] Il convient d’être toujours vigilant face à cette notion… Cf. l’article de Pierre Bourdieu, L’opinion publique n’existe pas, in Questions de Sociologie, Paris, Les Editions de Minuit, 1984, pp.222-235. 

[8] Cf. Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIX e et XXe siècles), discours publics, humiliations privées, Paris, Fayard, 2007.

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