Déjeunons en paix!

Les petits déjeuners ,dans le cadre du plan pauvreté annoncés en grande pompe au mois de septembre, s’organisent dans les écoles, coûteront à terme 12 millions, pour un résultat aléatoire dont on devine mal l’intérêt pédagogique.

 En effet, l’organisation hasardeuse de ces petits déjeuners empiète sur le temps de classe, perturbe la routine scolaire ; l’on demande aux enseignants d’arriver plus tôt, les directeurs sont amenés à faire les courses eux-mêmes, les enseignants à préparer puis à nettoyer tout cela au détriment d’un temps d’enseignement véritable. De plus, certains enfants ont déjà déjeuné ou n’ont pas faim le matin ; certaines familles vont donc supprimer ce temps familial pour répondre aux desiderata ministériaux, et se verront ainsi spolier de leurs prérogatives parentales.
Et nos responsables( recteur, ia-daasen) visitent bon nombre d’écoles, mangent gratuitement pour faire la promotion de ce dispositif censé être le graal de la lutte contre les inégalités sur tout le territoire, mais quel territoire ? quand on sait que le dédoublement ne se fera pas dans les départements les plus pauvres en temps et en heure et que l’école à 3 ans ce sera pour plus tard notamment là où les besoins sont les plus criants et que des territoires aussi en difficulté que d’autres, comme à Saint Benoit, ne bénéficieront pas du dispositif lié aux cités éducatives. C’est ainsi dans l’arbitraire le plus complet que s’exerce cette politique de la compensation, mettant à jour une politique de la carotte et de l’obéissance.
M. Blanquer œuvre à coups d’injonctions vis-à-vis des familles en les sermonnant sur le petit déjeuner, rendant encore plus conflictuelle l’entrée à l’école des petits , pris dans un véritable conflit de loyauté entre ce qui se passe à la maison et les sermons faits à l’école alors même que c’est cette distorsion entre les attendus de l’école et ceux de la famille qui est pointée du doigt dans les inégalités scolaires.
M. Blanquer s’emploie de même avec les enseignants en les exhortant à appliquer ces préceptes , quand bien même ils ont fait la preuve de leur inefficacité : les élèves testés aux enquêtes internationales ont subi les injonctions ministérielles de notre ministre actuel, les méthodes préconisées ont ,elles aussi, été abandonnées faute de résultats .
La seule réponse valable demeure celle de la formation des enseignants, qu’elle soit initiale et continue, pour répondre aux défis posés et aux difficultés rencontrées par les enseignants : classes hétérogènes, difficultés scolaires , difficultés de comportement…
Une véritable formation demande du temps, a un coût mais cela seulement, permet de répondre aux enjeux posés pour les élèves : une meilleure appréhension de leurs difficultés et pour les enseignants un sentiment d’œuvrer dans la bonne direction.
Les coûts actuels des petits déjeuners( 12 millions chaque année), du service national universel( plus de deux milliards chaque année) ,de la formation M@gistère....seraient largement mieux employés à une revalorisation salariale idoine et à un investissement véritable dans une formation de qualité très loin des prescriptions ministérielles qui relèvent plus de l’idéologie assurée d’elle-même que d’une formation qualitative nécessaire.

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