L'impensé macronien et l'éducation nationale

La politique éducative fantasmagorique est-elle compatible avec une véritable politique nationale de l’éducation ?
Depuis le début du quinquennat, M. Macron a utilisé l’éducation comme faire valoir de sa politique gouvernementale ,à l’adresse de l’opinion publique, sans mettre au cœur d’un projet politique fondé, l’Education Nationale. Pour preuve le ministère n’est pas un ministère d’état, et l’école, n’était pas une question du grand débat.
Mais comme il l’a fait à sa nomination, en créant les CP / CE1 dédoublés, comme il l’a fait en mars 2018 en instaurant l’instruction obligatoire à 3 ans, il le fait encore lors des annonces prévues pour rebooster son quinquennat , M. Macron, en annonçant la limitation du nombre d’élèves par classe à 24 de la grande section jusqu’en ce1 hors éducation prioritaire, utilise l’école comme artifice d’une politique illusoirement sociale.
Cette baisse des effectifs, pourrait être une source de satisfaction si cette mesure s’inscrivait dans un plan réfléchi dans sa globalité. Or il n’en n’est rien, à aucun moment la politique éducative du gouvernement (si tant est qu’il y en est une) ne s’est inscrite dans une politique sociale de lutte contre les inégalités scolaires, toujours pointées du doigt par l’ensemble des enquêtes évaluatives mondiales de notre système scolaire.
Depuis longtemps, cette politique est purement de l’ordre de la compensation : donner plus à ceux qui ont moins, cela paraît joli : des classes dédoublées, l’instruction obligatoire à 3 ans , des petits déjeuners dans le cadre du plan pauvreté, mais tout cela ne permettra jamais d’obtenir les mêmes chances pour ces élèves les plus démunis tant qu’ils seront maintenus dans cette forme de ségrégation soi-disant compensée . Les petits déjeuners en sont un bel exemple : aucune réflexion n’a présidé à sa mise en œuvre , ce qui conduit à la désorganisation du temps d’enseignement et à moins d’enseignement pour ceux qui en ont le plus besoin.
De la même façon, les classes ne seront pas dédoublées en Seine Saint Denis, département le plus pauvre de France ; les Mahorais et les Guyanais ne bénéficieront toujours pas de la possibilité d’aller à l’école à 3 ans alors qu’ils ne sont que 70% des élèves seulement à fréquenter l’école faute de locaux et d’enseignants..
De même, l’annonce éventuelle par le chef de l’Etat, d’un allègement des classes n’est le fait d’aucune réflexion ministérielle : comment dans le cadre des suppressions promises de fonctionnaires, inventer de toutes pièces , près de 10 000 classes, non seulement en termes de postes d’enseignants mais également en termes de salles de classes, comment les mairies pourront elles fabriquer de nouveaux locaux au pied levé ?
Où se situe la réflexion de la politique éducative française, en dehors des hochets agités par un chef de l’Etat qui use de dispositifs impensés censés satisfaire l’opinion publique ?
Mais ces hochets impactent lourdement notre système éducatif et le désorganisent profondément : une politique aussi peu sensée, aussi peu en lien avec les réalités du terrain ne peut que conduire à des conséquences désastreuses pour la cohérence de notre politique éducative.
En chaque occurrence, M. Blanquer a assuré le service après-vente mais comment financer à coût constant des dispositifs coûtant plus de 20 000 postes ? il ne reste plus de maîtres supplémentaires, les remplaçants sont de moins en moins nombreux : alors où seront pris les postes nécessaires à l’allègement promis par le chef de l’Etat ?
Pendant ce temps, M. Blanquer œuvre en sous-main en déclinant une loi communément appelée par son nom car appelée de ses vœux, publie des circulaires remplaçant sans légalité les programmes de 2015, met en place une vision idéologique de remontrance autoritaire pendant que le chef de l’Etat s’agite face à la France en colère.

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