La loi pour une école de la confiance ou le dessin d’un homme

l'éducation nationale subit les dernières attaques en règle pour la transformer en une regrettable copie de ce qui se passe dans d'autres pays, une école rendue libérale sous la férule d'un ministre autocrate.

A défaut de définir un grand dessein pour notre école publique nationale et d’apporter un semblant de début de réponse permettant d’atténuer l’inégalité scolaire , cette loi s’inscrira dans l’histoire comme la loi Blanquer car sa véritable architecture réside dans la volonté sans faille de son prescripteur . C’est bien l’ambition idéologue de notre ministre qui l’a conduit à promulguer cet ensemble de textes et c’est bien cela qui empreigne toute l’ architecture de cette loi.
Un libéral autocrate ou un autocrate libéral non ! un blanquer les deux en même temps
Cet ensemble d’articles et d’amendements apparait bien dans son unité principielle quand elle est vue sous cet angle, l’on pourrait croire que l’homme libéral est présent quand il s’agit de transmettre les évaluations à Amazon, quand il s’agit d’introduire des grands groupes comme formateurs, quand il s’agit de favoriser des associations amies , quand il s’agit d’évaluer les établissements et de livrer les résultats en pâture aux parents, mais l’on s’aperçoit aussi vite que tout cela n’est possible que dans un cadre dogmatique, défini par lui-même et qu’il s’agit de contrôler l’instruction dans les familles qu’il contempte , qu’ il s’agit d’imposer un livre orange de bonnes pratiques en lieu et place de programmes conçus de façon différenciée, qu’il s’agit d’imposer une norme d’exemplarité, quand il s’agit de contrôler d’un bout à l’autre de la chaîne éducative les faits et gestes de tout un chacun.
L’omnipotence jugulée ?
Dans ce cadre qui fera barrière à la toute-puissance ministérielle ? puisque le CNESCO est bel et bien supprimé au profit d’une nouvelle instance à la botte du ministère, que les écoles de formation sont elles aussi mises sous tutelle pour s’assurer d’une formation uniforme sur l’ensemble du territoire. Mais l’inscription de cette formation va s’intercaler dans des nouvelles modalités de recrutement aux concours, qui va laisser deux années de mi-formation et il sera bien difficile de maîtriser les formations sur le terrain. En cela nous voyons poindre l’aventurisme qui préside aux décisions ministérielles.
L’aventurisme comme boussole
Déjà en tant que recteur, M. Blanquer s’était aventuré dans la création des internats d’excellence critiqué par l’IGEN en regard du coût phénoménal engendré au vu des résultats, et dans le soutien à Mme Alvarez. Or ces expérimentations vont connaître un changement d’échelle car quand il propose la création de nouveaux établissements qui recruteraient depuis la maternelle jusqu’en 3 -ème, rien n’est étayé, aucune réflexion n’a été menée sur les implications et les coûts déguisés ou non. Une étude d’impact au regard de la mesure et des engagements putatifs aurait permis de visualiser clairement les enjeux à défaut des enjeux éducatifs à tout le moins les enjeux de coût humains et matériels. Car remiser les directeurs, laisser aux politiques la détermination de créer ces établissements sans consultation des instances éducatives, abandonner les écoles à leur sort alors que la question des agressions est omniprésente, tel est l’aventurisme qui prévaut aux destinées de l’éducation nationale publique.
Enfin, un début peu ou prou substantiel de critique de cette politique
La fatuité ministérielle atteint un tel degré de certitude qu’il néglige toute une profession qui n’a cessé pourtant de faire entendre des discordances, #pasdevagues, les stylos rouges, les enseignants qui se rebellent : pas d’évaluation, pas de notations… et il renforce ce sentiment de dédain par un mépris abyssal pour les représentants syndicaux qui ne le lui rendent pas à la hauteur .
Mais cette immodestie lui faire perdre le sens de la mesure et l’absence de respect pour les personnels se traduit par une absence totale d’empathie, une absence de promesses de revalorisation salariale même future, fracturant de plus en plus son image auprès des personnels .
Saurons nous aller au-delà de l’image et ne pas nous laisser à nouveau berner par les modifications illusoires qui seront apportées à la loi pour une école de la confiance, nous laissant croire à une victoire , nous laissant croire que nous pourrons arbitrer de la création des EPSF alors que cette décision reviendra seulement à celui qui en a décidé la création.

 

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