Nous sommes toutes et tous des Christine Renon

Toute la communauté éducative est choquée par le suicide de notre collègue, mais notre institution encore une fois, minimise son implication. La reconnaître serait reconnaître la réalité du terrain. Mais cette collègue engage directement le fonctionnement de notre institution dans son geste. Exigeons une réponse concrète pour qu'elle ne soit pas morte en vain comme tant d'autres avant elle.


C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le suicide de notre collègue.
Et pendant que notre ministre s’offusque pour une affiche de la FCPE , nous nous offusquons nous, de l’inertie de notre institution à l’égard de la souffrance des personnels qui agression après agression, se retrouvent renvoyés à leur propre individuation comme personnel dysfonctionnel. Tout comme suicide après suicide, notre belle institution s’ingénie à camoufler les causes qui pourraient l’ impliquer , renvoyant systématiquement les motifs de ces suicides en constante augmentation pourtant , à des raisons intimes.
Ce déni de réalité conduit ainsi à exacerber ce sentiment de souffrance au travail , d’abandon moral en cas de difficultés professionnelles voire d’agressions graves, notamment envers les directeurs et les directrices qui se trouvent souvent en première ligne et subissent le mécontentement de tout un chacun : parents, collègues, IEN, mairie, collège….
La tâche demandée aux directeurs et directrices est totalement irréalisable et l’on confronte donc ces personnels à une incompétence programmée institutionnellement : les demandes s’agrègent et se diversifient chaque année en lieu et place de la simplification promise, l’on se retrouve avec des demandes croissantes, absurdes, irréalistes comme un projet natation alors que la piscine est fermée, des injonctions contradictoires, des délais intenables …Dans le même temps, ce gouvernement a supprimé les aides à la direction sans les remplacer par autre chose que des guides dont notre ministre semble friand.
Mais ce ne sont pas des guides qui vont pallier l’absence totale d’empathie, de reconnaissance , de soutien moral : combien d’enseignants victimes d’agressions graves se voient en outre confrontés à l’agression institutionnelle de leur supérieur hiérarchique , qui non seulement ne prend pas en compte les faits , mais cherche en plus à dénigrer le travail ou l’attitude de ce personnel doublement remis en question.
Nous ne voulons plus que ces suicides aient lieu en vain, que la mémoire de ces personnels soit ternie, que leur professionnalisme soit remis en cause comme cela a été trop souvent le cas.
N’importe lequel d’entre nous peut être confronté à une situation professionnelle : agression verbale, physique, harcèlement hiérarchique.. qui par sa violence , sa répétition va nous conduire à un acte suicidaire. Ne laissons pas ces suicides rester vains, donnons leur du sens pour qu’aucun d’entre nous ne puisse être le prochain ou la prochaine Christine Renon.
M. Blanquer a refusé pour l’heure, d’accorder une minute de silence pour honorer la mémoire de notre collègue : ce refus signe encore une fois le mépris accordé à tout ce qui pourrait dévaloriser la politique ministérielle. Il est en effet difficile de se targuer d’une rentrée parfaite alors que notre collègue implique directement l’institution dans son geste.
Que représente une minute pour une vie ? Tout Monsieur le ministre : nous ne pouvons plus tolérer cette maltraitance institutionnelle.

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