Une boucle idéologique imparable au profit de l’ambition démesurée de M. Blanquer.

M. Blanquer est appelé par une presse énamourée le cerveau du président sous l'œil bienveillant de Mme Macron en une du Point . Effectivement, M. Macron est toujours enclin à faire des promesses mirifiques en matière d'éducation : classes dédoublées, instruction à 3 ans, classes à 24… pour sortir d'une ornière politique, rasséréné par un ministre toujours aux pieds.


Le premier ministre et le ministre de l’éducation proposent de rendre plus efficace l’école , sous couvert de données mensongères invérifiables par le commun des mortels. Se drapant dans son rôle de ministre au – dessus de toute politique partisane , M. Blanquer se veut le chantre de la réussite des élèves et propose pour cela de changer la vie des enseignants en passant notamment par la modification de la formation initiale .
En réalité, le changement des modalités du concours permettra simplement de supprimer 25000 postes de stagiaires et ne garantit en rien une amélioration du système, les enseignants eux-mêmes se verront assigner la charge de former leurs collègues moins expérimentés sans aucune rémunération supplémentaire juste en rêvant à la possibilité de bénéficier d’une part salariale au mérite ; cela conduira tout simplement à la généralisation de la précarité déjà à l’œuvre dans l’éducation nationale et ce volant plus mobile de précaires corvéables à merci deviendra la norme .
Car l’ensemble des mesures préconisées s’inscrit dans la réforme de la fonction publique initiée par le premier ministre qui a pour seule ambition de réaliser 30 milliards d’euros d’économie d’ici 2022.
La mise en œuvre de cette politique a un caractère éminemment idéologique, ces mesures ont déjà été expérimentées puis supprimées : on nous parle d’uniforme alors qu’il n’a jamais existé, de téléphone portable alors que cette restriction est déjà effective , de méthode globale de lecture responsable des mauvais résultats alors qu’elle n’est pas utilisée réellement, tout cela pour mettre en exergue une seule volonté , celle du ministre de l’éducation nationale, au travers d’un livre orange biblique qu’il nous convient d’appliquer sans rechigner .
De même, le changement des programmes en plein mois de juillet assorti d’une exigence de leur application dès la rentrée , la volonté affichée de réduire les vacances scolaires, la formation continue placée en dehors du temps de classe tout cela accrédite une gouvernance autocratique imbue d’elle-même et peu soucieuse de la réalité du terrain.
Pourtant ce hiatus entre le discours ministériel et la réalité quotidienne de l’école n’est plus à démontrer . En effet, si la formation continue est inexistante c’est qu’il n’y avait aucun financement abondé pour cela, la suppression des contrats aidés et donc la suppression dans certaines communes des ATSEM en maternelle, la suppression des aides à la direction, la suppression des capd, la rémunération au mérite sans que celui-ci soit clairement défini, tels sont les changements apportés au final.
M. le ministre oublie de préciser à l’opinion publique que toutes ces mesures ne sont en rien révolutionnaires et ont déjà fait grandement la preuve de leur inefficacité en France comme ailleurs, dans d’autres pays européens.
Faire croire à l’opinion publique qu’il suffit d’être inventif, que les moyens existent et que l’échec en germe dans ces réformes ne sera que le fruit des enseignants : telle est la volonté à peine dissimulée dans le discours.
Comme nous aussi, croyons en la qualification de notre ministre à connaître tout cela, nous ne pouvons que penser que la réussite des élèves est le dernier de ses soucis : seules comptent les économies réalisées pour flatter son maître d’œuvre et obtenir ainsi un poste encore plus prestigieux ; faire croire que tout est possible semble être sa devise.

Mais l’éducation n’est pas un gadget ! 
Depuis le début du quinquennat, l’école est utilisée comme un brimborion que le gouvernement agite pour se sortir des impasses qu’il a créées.
Aucun projet politique ambitieux n’est étayé pour l’école assorti d’un budget, d’une étude, d’une volonté politique sur la question notamment de l’inégalité scolaire .
M. Blanquer navigue à vue en fonction des sorties impétueuses du chef de l’état. Ce fut le cas en mars 2018 quand a été annoncé l’obligation d’instruction à 3 ans et qu’il a fallu en faire la promotion en dépit du ridicule implicite : le taux de scolarisation étant déjà massif, il a bien fallu le justifier. Peu importe si les 24 000 élèves non scolarisés entre leurs 2 et 6 ans ne sont pas issus des catégories sociales défavorisées, en être convaincu est suffisant pour paraître vrai.
De même, le plan pauvreté annoncé en grande pompe au mois de septembre s’organise tant bien que mal dans les écoles, coûtera 12 millions qu’il faudra bien payer d’une façon ou d’une autre, pour un résultat aléatoire dont on devine mal l’intérêt pédagogique.
La dernière lubie annoncée nous promet 24 élèves par classe entre la grande section et le CE1 sur tout le territoire, quel territoire ? quand on sait que le dédoublement ne se fera pas dans les départements les plus pauvres en temps et en heure et que l’école à 3 ans ce sera pour plus tard notamment là où les besoins sont les plus criants. Alors comment trouver 10 000 postes pour se faire ,et 2300 postes dans 4 mois, alors que dans le même temps, la baisse du nombre de postes au concours CRPE, fut continue et cette année encore plus de 1000 postes sont supprimés au concours.
Alors où va-t-on trouver autant de postes en aussi peu de temps ? Le ministre compte sur la baisse de la natalité, de quelle mauvaise foi faut il abuser pour prétendre à cela ? Tout le monde enseignant sait que ce n’est pas aussi simplet et que les statistiques ne forment pas une politique éducative et de plus, les effectifs de la maternelle sont stables 2,5 millions d’élèves.
Il faudra donc à nouveau déployer les personnels, faire gonfler mécaniquement les autres classes pour obtenir ce résultat et mettre à mal l’existant au profit d’une politique politicienne .
L’illogisme de cette politique erratique saute aux yeux : à quand un projet nourri du terrain, loin des sautes d’humeur présidentielles et du placement du ministre en mal d'ambition.

 

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