Remarque préliminaire

Ce cri de colère, qui sera publié en quatre volets, est constitué de dix chapitres dont l’ordinal et l’intitulé sont mentionnés dans le sommaire qui suit, avec, à chaque fois, la mention du  sommaire et des liens des volets publiés [1].

Ce deuxième volet concerne les chapitres 3, 4, 5 et 6 du sommaire.

Sommaire

1. La dialectique d’Ennahdha, parti islamiste tunisien au pouvoir, à propos de la Sharia

2. La Sharia est une œuvre humaine hautement  fluctuante

3. Les premières annonces-programme  des  islamistes

4. Déclarations de Rached Ghannouchi et de son neveu Habib Khedher, à propos de leur credo « La Sharia est source principale de la législation tunisienne »

5. Un échantillon non exhaustif  des tentatives  d’Ennahdha pour imposer la Sharia dans la Constitution

6. Main basse sur les mosquées, les médias et les rouages de l'État (principalement, l'administration, la justice et les services de sécurité)

7. Contrairement à certains pays, la Tunisie est inapte pour les Finances islamiques

8. Pour la nième fois, on a poussé la Sharia vers la porte, elle revient par la fenêtre, déguisée, cette fois-ci, en Projets de loi

9. Quelques  buts non avoués du rétablissement du  régime des Habous

10. Le mot de la fin : pour mieux combattre la vague brun-vert, cerner ses manœuvres et assimiler les ingrédients de sa stratégie

……………………………………………………………………………

3. Les premières annonces-programme  des  islamistes

Moins d’un mois après l’avènement en Tunisie du pouvoir islamiste, conduit par le parti Ennahdha, et la formation de son gouvernement, ses ténors, idéologues, historiques,… ont accumulé, à travers leurs déclarations, annonces et prises de position, plusieurs signes permettant de deviner leur volonté cachée de réaliser leur immuable dessein, à savoir l’instauration  de  « La Sharia-rien que la Sharia-toute la Sharia », et ce, ou bien à dose unique frontale, si le panorama politique le permettait, ou bien alors à dose multiples successives, éventuellement homéopathiques, au moyen de leur stratégie à double-têtes, confirmée par la suite, basée, d’une part, sur l’islamisation rampante de l’économie  et de l’État tunisiens et, d’autre part, sur leur politique de laisser-faire complice  dans l’installation, par la frange extrémiste de leur mouvement, d’un climat combinant intimidation, violence et assassinats politiques et terroristes afin, pensent-ils, d’imposer, de fait, par la suite au Peuple tunisien le dilemme « Insécurité ou Sharia ». Ainsi, Hamadi Jebali, à l’époque présumé  futur  Chef de gouvernement, a déclaré, lors du premier meeting populaire islamiste après les élections du 23 octobre 2011 pour l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) : « Mes frères, vous vivez un moment historique, un moment divin, une nouvelle étape civilisationnelle dans un nouvel État si Dieu le veut, dans  un sixième Califat Inch Allah… »[2]. Ce même futur premier ministre,  provisoire, à priori, le temps de la rédaction de la nouvelle Constitution du pays, au départ fixé à une année, dans son discours-programme de Politique générale, prononcé le 22 décembre 2011 devant les constituants [3], a annoncé que les fonds provenant du troisième pilier de l’Islam (La zakat qui peut être traduit par  « l’aumône purifiante »)  et des associations caritatives (dans son  esprit et le contexte, nécessairement religieuses) pourraient être intégrés dans les ressources de l’État (minute 17 : 50 de [3]) et  a réservé dans ledit discours-programme un point spécial relatif aux " Mœurs et à la Conduite Morale ", dévoilant jusqu’où peuvent aller les prérogatives, selon Ennahdha , de son pouvoir provisoire, avant même le sacre républicain de son Gouvernement, confondant politique partisane et sectaire avec action gouvernementale.En effet, ce point stipule  "[qu’] une profonde et inquiétante détérioration des mœurs et une baisse flagrante des valeurs sont des phénomènes, sans précédent, que nous observons depuis un certain temps. Il est temps et urgent de penser un nouveau système de valeurs pour notre société et nos institutions"(minute 28 :50 de [3]), oubliant que l’objet de la période transitoire, c’est une nouvelle Constitution plutôt "quun nouveau système de valeurs pour notre société", ni, non plus,  un nouveau système financier ou économique, bande–annonce dévoilée par un autre historique du mouvement, cerveau du coup d’État islamiste avortée de 1987. J’ai nommé Moncef Ben Salem, notre ministre de l‘enseignement supérieur, notre auto-promu-Professeur-des-universités, qui a annoncé, à peine nommé, avant même la constitution de son staff, plus d’un mois avant le choix de son Chef de cabinet, la « mise en place de formations spécialisées en économie et en finance islamiques au sein des établissements de l’enseignement supérieur », en précisant qu’« il s’agit de promouvoir le secteur bancaire dans le sens d’une plus grande adéquation avec les principes de la Sharia islamique et garantir une migration d’une économie conventionnelle à une économie islamique »[4], point qui a été abordé aussi par le futur Chef du gouvernement dans [3] à la minute 25 :45. Le but avoué, porté par cette annonce, est bel et bien de remplacer l’économie conventionnelle actuelle de notre pays par une économie islamique, et non, comme c’est le cas dans les pays occidentaux qui ont adopté ce type de finance, d’ajouter simplement à l’économie existante un nouveau produit financier susceptible  d’attirer l’épargne et les pétrodollars musulmans.

 

4. Déclarations de Rached Ghannouchi et de son neveu Habib Khedher, à propos de leur credo « La Sharia est source principale de la législation tunisienne »

a. Déclarations de Rached Ghannouchi avant la constitution de la Troïka

Rappelons, tout d’abord, à l’attention des lecteurs non-initiés, les conditions de l’émergence de la Troïka. Lors des élections du 23 octobre 2011 pour l’ANC, organisées neuf mois après la chute du Régime Ben Ali, Ennahdha fut le premier vainqueur, mais sans obtenir la majorité absolue. Pour pouvoir former un Gouvernement de coalition majoritaire (i.e. jouissant d’une majorité absolue de sièges à l’ANC), il s’est allié à deux formations dont le positionnement idéologique se situait, initialement,  au centre gauche. Ces deux formations sont le Congrès pour la République (CPR) et le Forum Démocratique pour les Libertés et le Travail (FDLT), ce dernier mieux connu sous le nom d’Ettakatol. C’est cette alliance qui a conduit au pouvoir qui nous gouverne aujourd’hui, dit de la Troïka, caractérisé par la suprématie d’Ennahdha : les constituants qui sont encore affiliés au  CPR ou au Ettakatol, y apparaissent, globalement, de plus en plus, comme étant des "auxiliaires"  d’Ennahdha ! Parmi les constituants qui ont quitté ces deux formations, il y a ceux qui ont rejoint l’opposition moderniste, ce sont ceux qui sont restés fidèles à leurs fondamentaux, et il y a, outre quelques indépendants, les autres qui ont constitué des mini partis idéologiquement satellites d’Ennahdha, reniant ainsi leurs valeurs de centre gauche initiales (le Pouvoir corrompt, dit-on !).

Rached Ghannouchi, a déclaré, plus d’une fois, avant la formation du Gouvernement de la Troïka: «  Nous sommes tous d’accord pour conserver l’Article 1 de la Constitution [de 1959] qui déclare que l’Islam est la religion et l’arabe la langue officielle du pays  » et qu’«  il n’y aura pas d’autres références à la religion dans la Constitution  ». Cette dernière déclaration date du 4 novembre 2011, une dizaine de jours après les élections et une cinquantaine de jours avant la formation du dit Gouvernement, à une époque où Ennahdha évitait d’effaroucher la base des partis qui sont ses alliés, aujourd’hui, dans la Troïka au pouvoir.

b. Déclarations de Rached Ghannouchi et de son neveu Habib Khedher, juste après le sacre républicain du Gouvernement de la Troïka par l’ANC

Sitôt le baptême du Gouvernement de la Troïka par l’ANC assuré, les dirigeants d’Ennahdha,  ont repris de plus belle et sous diverses formes, à chaque occasion qui s’y prête, leur immuable slogan : « La Sharia-Rien-que-la Sharia-toute-la-Sharia ». Ainsi, le 2 février 2012 au lendemain, au sens propre du terme, de l’élection du Rapporteur général de la rédaction de la Constitution, qui s’est trouvé être un neveu de Rached Ghannouchi  répondant au nom de Habib Khedher, inconnu jusqu’alors et ne figurant pas sur la liste des constitutionnalistes du pays (népotisme quand tu les tient !), ce dernier a défendu, sur les ondes, les plateaux et les journaux, le principe selon lequel la Sharia doit être la base de la future Constitution. Plus particulièrement, interrogé à propos  d’un certain Article 10 contenu dans un   projet de Constitution attribué à Ennahdha, stipulant que  «la Sharia islamique est une source essentielle pour l’élaboration des lois», Habib Khedher a  reconnu que cet Article fera partie du projet de Constitution final qui sera proposé par Ennahdha [5]. Quant à Rached Ghannouchi, il n’a pas tardé à reprendre son credo en déclarant, en marge du débat à l’ANC qui s’est tenu le 28 février 2012 à propos l’Article 1 de la nouvelle Constitution : « L’Article 1 de la Constitution (de 1959)  stipule que "la Tunisie est un État libre, indépendant et souverain. Sa religion est l’Islam, sa langue l’arabe et son régime la République", et il pourrait mentionner que la Sharia est la source principale de la législation tunisienne  ». Il jetait, déjà, aux oubliettes ses belles promesses électorales  ou antérieures au baptême du Cabinet de la Troïka.

Mais, sous la pression d’une  formidable mobilisation  des modernistes de tous bords, englobant aussi bien la Société civile que les partis démocrates,  mobilisation qui s’est manifestée sous formes de manifestations, rassemblements, sit-ins, articles, pétitions, tables-rondes, débats, interventions dans les espaces  radiophoniques et audiovisuels,… Ennahdha s’est trouvée dans l’obligation d’abandonner son projet faisant constitutionnellement de  la Sharia source obligée du Droit tunisien. Cet abandon a été annoncé par le Grand gourou lui-même, le dimanche 25 mars 2012, lors d’un meeting populaire organisé par son parti, en déclarant :

 «Si nous maintenons notre demande concernant la Sharia, nous ne sommes pas sûrs que, lors du vote, nous aurons  les  51%  (…) l’Article 1 [de  la Constitution de 1959] est  suffisant pour qu’aucune loi non conforme à l’Islam ne puisse passer (…), après tout, il n’y a pas de différence entre l’Islam et la Sharia, c’est exactement la même chose(…) il y a des gens qui ont peur de la Sharia(…) ils ne sont pas encore prêts à aller plus loin pour l’instant (…), mais le temps viendra où les Tunisiens seront convaincus que la Sharia  est ce qu’il y a de mieux, il ne faut pas se presser, celui qui n’est pas convaincu aujourd’hui, il le sera demain, si demain il ne sera pas convaincu, son fils, lui, le sera » [6].  Autrement dit, le combat des modernistes a dissuadé, pour le moment, Ennahdha d’imposer frontalement la Sharia. Aussi, sans crier gare, les islamistes sont passés au protocole de la Sharia à doses multiples.

 

5. Un échantillon non exhaustif  des tentatives  d’Ennahdha pour imposer la Sharia dans la Constitution

a. Le "Principe de Complémentarité de la Femme à l’Homme" 

Une des idées phares de « l’Internationale islamiste », dont font partie les nahdhaouis (terme populaire désignant les partisans d’Ennahdha) et les Frères musulmans d’Égypte, à la base du  Statut islamiste de la femme, est que la Complémentarité biologique des sexes de la femme et de l’homme induit, nécessairement, des destinées sociales et culturelles différentes et, donc, des droits et des devoirs  spécifiques différents qui ne sont, en aucun cas, similaires, identiques aux deux sexes, droits et devoirs pris par référence à la justice convenue commune, à savoir, la justice enfantée par la Sharia (imaginez les conséquences !) : c‘est ça "l’Équité islamiste"  des sexes appelée, aussi, "Le Principe de Complémentarité de la Femme à l’Homme " et ce, à   l’instar de ce qui se passait aux États-Unis d’Amérique, à l’époque ségrégationniste, et en Afrique du Sud, à l’époque de l’apartheid, où la différence biologique de peau  des citoyens blancs et des citoyens noirs induit une différence dans les droits et devoirs, droits et devoirs pris par référence à la justice convenue commune, à savoir, dans ces deux cas,  les justices enfantées, respectivement, par les lois ségrégationnistes et les lois de l’ apartheid.

« Le Principe de Complémentarité de la Femme à l’Homme » a été adopté par la « Commission Constitutive des Droits et des Libertés » de l’ANC, lors de sa séance du 1er août 2012, dans le cadre d’un projet d’un Article Constitutionnel, sur proposition des Islamistes, et ce, après que ces derniers aient fait repousser une proposition émanant de l’opposition en vertu de laquelle « l’État garantit les droits de la femme et préserve ses acquis dans tous les domaines. Il s’interdit de promulguer des lois de nature à les restreindre d’une manière ou d’une autre. L’État veille à éradiquer toute forme de discrimination et de violence morale et physique contre la femme ». Et, c’est encore la mobilisation des modernistes de tous  bords qui a contraint Ennahdha à abandonner ce principe qui, s’il était adopté, aurait fait de la femme, qui jouit actuellement d’un statut égal à celui de l’homme,  une supplétive à un être, soi-disant, supérieur qu’est ce dernier, un des fantasmes de tout islamiste.

b. La Constitutionnalisation d’un  "Conseil Suprême Islamique "

Le mardi 4 septembre  2012, le groupe des constituants islamistes  au sein de la « Commission des Instances Constitutionnelles » de l’ANC a présenté  une proposition appelant à inscrire dans la Constitution  un «Conseil Suprême Islamique », comme « Instance Constitutionnelle », proposition établissant, en réalité, une Autorité  religieuse  constitutionnelle  jouissant d’un pouvoir parallèle qui risque de mettre en péril l’essence même de l’État civil et moderne qu’est la Tunisie d’aujourd’hui.

En effet, il n’est pas nécessaire d’être un expert en Droit Constitutionnel pour se rendre compte que la Constitutionnalisation d’un  "Conseil Suprême Islamique " revient à adopter la Sharia comme  source obligée du Droit Tunisien. Car, il coule de source qu’une des prérogatives premières de ce Conseil serait de statuer sur la conformité des lois à l’Islam. Or, pour les islamistes, « il n’y a pas de différence entre l’Islam et la Sharia», d’après la déclaration, très officielle, de Rached Ghannouchi rapportée au paragraphe 4.b. ci-dessous. Donc, une des prérogatives premières de ce Conseil serait de statuer sur la conformité des lois à la Sharia : CQFD !

D’ailleurs, pour épauler  leur proposition, les constituants islamistes ont invité l’universitaire et théologien Hmida Ennaifer, un des fondateurs du Mouvement islamiste tunisien, pour argumenter, devant ladite commission, le bien-fondé de la Constitutionnalisation d’un  "Conseil Suprême Islamique ". Hmida Ennaifer n’a pas hésité à affirmer  dans sa prestation que  « L'Article 1 de la Constitution stipule que la Religion de l'État tunisien est l’Islam. Mais, nous ne disposons ni d'un référentiel islamique en Tunisie qui confirme le contenu de l'Article 1 de la Constitution, ni d'une Autorité religieuse scientifique et historique» (sic) ; ce qui est déjà une interprétation falsifiée islamiste de cet Article 1, puisque cet Article consacre simplement l’Islam comme étant  la religion de la Tunisie, dans le sens, religion de la majorité de la société  tunisienne, et non "la Religion de l'État tunisien",  idée fixe des islamistes qu’Ennahdha va remettre, encore une fois, sur la table, sept mois après, de façon insidieuse, comme il va être exposé dans le paragraphe qui suit, prenant les modernistes, le moins que l’on puisse dire,  pour des naïfs.

Et, encore une fois, la mobilisation des modernistes a fait échouer cette tentative pernicieuse nahdhaouie  à doses multiples pour l’islamisation de notre future Constitution afin de faire de la Tunisie un pays à régime brun-vert.

c. l’Islam est la "religion de l’État" 

Le Projet de notre Constitution, dans sa version du 22 avril 2013, renferme une nouvelle et grossière  entourloupette que les islamistes ont glissée de façon non catholique pour imposer, indirectement, la Sharia comme source principale des lois  et ce, en stipulant dans son Article 136 qu’« Aucune révision constitutionnelle ne peut porter atteinte à l’Islam en tant que religion de l’État », alors qu’il n’est mentionné nulle part ailleurs dans ce Projet que « l’Islam est religion de l’État ». Cet Article 136 constitutionnalisant indirectement  l’Islam comme étant la « religion de l’État » induirait, de facto, d’après le  fameux précepte du grand gourou mentionné dans le paragraphe 4.b. ci-dessous, à savoir  "il n’y a pas de différence entre l’Islam et la Sharia, c’est exactement la même chose ", par une autre voie insidieuses,  que la Sharia est la source des lois. On est loin, très loin de l’engagement des islamistes, formulé par la voix de leur guide suprême et rappelé au paragraphe 4.a. ci-dessous, selon lequel, excepté  l’Article 1,  « il n’y aura pas d’autres références à la religion dans la Constitution »  

Et, encore une fois, la mobilisation des modernistes a fait échouer cette nouvelle tentative pernicieuse nahdhaouie  à doses multiples pour l’islamisation de notre future Constitution afin de faire de la Tunisie un pays à régime brun-vert.

 

6. Main basse sur les mosquées, les médias et les rouages de l'État (principalement, l'administration, la justice et les services de sécurité)

D’après la stratégie d’Ennahdha, admirablement exposée, en particulier, par Rached Ghannouchi dans la fameuse vidéo fuitée publiée au mois d’octobre 2012 [7],  l’islamisation rampante exige, en premier lieu, la conquête des mosquées, des médias, des rouages de l'État, principalement, l’armée, l'administration, la justice,  et les services de sécurité.

Pour ce qui concerne la conquête des mosquées, Noureddine Khadmi, un des idéologues de l’islamisation rampante de l’État, ministre-imam-djihadiste nahdhaoui des affaires religieuses [8], "dont le ministère constitue un État dans l’État" (dixit Said Aidi, ministre de la Formation professionnelle et de  l'Emploi dans les deux derniers  gouvernements laïcs post-Révolution), en fut le principal maître d’œuvre.

Avec ses engagements, ses nominations et ses déclarations, Noureddine Khadmi a essayé d’enterrer la neutralité des mosquées, après avoir enterré la neutralité de son ministère en y installant un muezzin ! Ainsi, après s’être assuré l’allégeance de la grande majorité des mosquées au pouvoir islamiste, il a multiplié les déclarations orientées pour faire des mosquées   des annexes  d’Ennahdha, et surtout de son aile extrémiste. N’a-t-il pas soutenu que l’imam devrait jouir (dans ses prêches et ses actions) de la liberté d’expression et d’opinion,  au même titre que le journaliste ou l’homme politique ? Principe louable, dans l’absolu, mais qui devient pernicieux dans ce contexte, puisqu’il éloigne l’imam de l’équidistance qu’il devrait garder par rapport à tous les partis et les mouvements de pensée.  N’a-t-il pas déclaré, après l’attaque d’un siège de son parti par des manifestants déchainés, acte condamnable en lui-même, « que ceux qui s’en prennent aux sièges d’Ennahdha s’en prennent aux maisons de Dieu » ? D’ailleurs,  ses déclarations et ses actes ont conduit plus d’une fois ses ouailles à l’inacceptable : N’a-t-on pas entendu des imams, du haut de leur perchoir, accuser des opposants aux islamistes d’apostasie et appeler à leur meurtre ? N’a-t-on pas entendu des imams, du haut de leur chaire, diaboliser les syndicalistes, décréter les grèves haram (religieusement illicite, le contraire de halal) et demander la constitutionnalisation de son interdiction ? N’a-t-on pas vu des imams proches du  ministre Noureddine Khadmi (dont certains sont des constituants nahdhaouis, par exemple, le dirigeant historique Habib Ellouze) manifester à côté des soi-disant Ligues de protection de la révolution, qui sont, en réalité, les bras armés d’Ennahdha, ainsi qu’à côté des partisans du mouvement salafiste djihadiste tunisien Ansar ach-Sharia, ceux-là mêmes qui, au vu et au su du pouvoir islamiste qui nous gouverne,  ont implanté dans nos montagnes et forêts des camps d’entrainement, qui ont installé dans nos villes et villages leurs polices des mœurs, agressant et même amputant des citoyens ne se pliant pas, soi-disant, à la Sharia, ceux-là mêmes qui ont assassiné nos martyrs, nos soldats et nos policiers ? N’a-t-on pas vu ce même ministre enlacer [8], publiquement, et combien de façon fusionnelle !,   Abou Iyadh, le Chef de ce mouvement, recherché, aujourd’hui, en tant que terroriste, par toutes les polices de la planète.

De plus, le ministre Noureddine Khadmi et ses autres collègues concernés tolèrent la prolifération illégale de jardins d’enfants coraniques, gérés par des associations à caractère religieux et à financement plus que douteux dont le nombre dépasse le millier  (sur les six mille associations créées après le 14 janvier 2011) et dont la mission est de former une élite wahhabite, à partir de programmes pédagogiques importés, incompatibles avec la pratique et les valeurs religieuses de notre pays. Voir à ce sujet l’article intitulé «Enquête dans les jardins d’enfants coraniques en Tunisie… Vers la formation d’une élite wahhabite » paru sur le lien [9].

Quant à la mainmise sur les médias et les autres rouages de l’État, on peut trouver un exposé sur la question  dans la référence [10], qui contient en outre une enquête très fouillée relative à l’administration, dont on donne ci-dessous un extrait :

«  Recrutements anarchiques, déstabilisation de la chaîne hiérarchique, interruption de la planification, limogeage de cadres chevronnés mais non partisans de la Troïka, restructuration de carrières d’amnistiés nahdhaouis… Le nouveau mode de fonctionnement de l’administration sème panique et trouble dans les rangs de la fonction publique. Est-ce une tentative de démantèlement d’un territoire de la modernité ? (…) 87,12% des nominations et recrutements dans le secteur public ont été effectués au profit de partisans ou de sympathisants de la Troïka, dont 93% au bénéfice de proches du mouvement Ennahdha. 19 gouverneurs [l’équivalent des préfets] sur [le total des] 24 [gouverneurs du pays] ont été nommés sur la base de leur allégeance politique vis-à-vis du parti dirigeant le gouvernement [i.e. Ennahdha] (…) Le plus gros lot des nominations politiques revient au mouvement dirigé par Rached Ghannouchi. Des ambassadeurs et des consuls(…) des magistrats, des dizaines de P.-D.G. dans des secteurs stratégiques comme les médias, la sécurité, les statistiques et l’informatique, des centaines de directeurs généraux et de chefs de service(…) se recrutant parmi la réserve de candidats islamistes aux élections du 23 octobre [2011] , mais également parmi les militants, les supporters et les sympathisants d’Ennahdha ; [ils] ont été désignés directement par Montplaisir (le quartier où siège le mouvement islamiste)(…)Le règne des incompétents a fait perdre, selon les chiffres de l’Union tunisienne du service public et de la neutralité administrative, plus de  50% du rendement du secteur public. Est-ce une tentative de démanteler l’un des territoires de l’État en y semant l’idéologie islamiste? [D’ailleurs, ces nominations ont été suivies] par une vague de grèves, de sit-ins et de contestations, notamment syndicaux, dans plusieurs secteurs (…) et des procès contre le gouvernement».

Ce qui m’a fait écrire :

« L’implantation effrénée de colonies par Israël en terre de Palestine relève de la même tactique que la nomination partisane et effrénée de hauts responsables islamistes par Ennahdha en terre de République civile, dans tous les rouages de l’économie et de l’État tunisiens; avec, toutefois, une petite différence majeure : ces colonies sont, toujours, de petits joyaux architecturaux, alors que ces hauts responsables sont, généralement, de grands incompétents »[11].

Cela a également fait dire à  Neji Djelloul, universitaire, spécialiste de l’Islam politique :

« Ennahdha agit comme Israël, elle négocie, mais, en même temps elle continue à implanter ses colonies », en ajoutant « [En outre] Ennahdha a étudié la stratégie de Khomeiny qui s'est débarrassé de ses opposants un à un »

et a fait dire à Philippe Laurent, avocat, fin connaisseur de la stratégie nahdhaouie et défenseur des  démocrates dans les procès politiques intentés contre eux par les islamistes :

« [Avec Ennahdha], côté face : le dialogue,  côté pile : la wahhabisation radicale, insidieuse et quotidienne ». 

 

Salah HORCHANI

[1] Le volet 1/4, qui contient les chapitres 1 et 2 du sommaire, est paru sous le lien suivant :

http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-horchani/281113/tunisie-sacree-sharia-chaque-fois-qu-la-pousse-par-la-porte-les-islamistes-la-font-revenir-par-l

[2] Voir, par exemple :

http://www.marianne.net/martinegozlan/Tunisie-Le-futur-Premier-ministre-appelle-au-sixieme-califat-Inch-Allah-_a24.html

[3] http://mayfootekchay.tv/isctube_show.php?sti=Discours-Mr-Hamadi-Jebali-22Dec2011&tubeid=5879

[4] voir le cinquième chapitre, intitulé "Monsieur le Ministre, dans Toute Réforme universitaire, le Ministre doit respecter les Structures et bannir les orientations partisanes ou sectaires et les annonces démagogiques ou idéologiques", de mon article, dont le titre est «Trop c’est trop ! Monsieur Moncef Ben Salem, ministre tunisien de l’Enseignement supérieur : Il est temps de partir !», paru sur le lien suivant :

http://www.legrandsoir.info/trop-c-est-trop-monsieur-moncef-ben-salem-ministre-tunisien-de-l-enseignement-superieur-il-est-temps-de-partir.html

[5] http://laic.info/2012/02/international/tunisie-la-charia-comme-base-pour-la-future-constitution

[6] https://www.facebook.com/photo.php?v=140854462706803&set=vb.185603771463757&type=2&theater

[7] http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=1nJbG92O4AI#t=5s

Voir aussi :

http://www.youtube.com/watch?v=YlkvRiOZfL4

http://www.youtube.com/watch?annotation_id=annotation_924613&feature=iv&src_vid=YlkvRiOZfL4&v=fIKjw7l6PO8

[8] « Noureddine Khadmi, le ministre-prédicateur- djihadiste tunisien, en une photo et quelques mots ! » paru sur le lien :

http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-horchani/191113/noureddine-khadmi-le-ministre-predicateur-djihadiste-tunisien-en-une-photo-et-quelques-mots

 [9] http://arij.net/en/enqu%C3%AAte-dans-les-jardins-d%E2%80%99enfants-coraniques-en-tunisie-vers-la-formation-d%E2%80%99une-%C3%A9lite-wahhabite

[10] http://www.lapresse.tn/09122013/75962/le-demembrement.html

[11] http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/tunisie-qu-y-a-t-il-de-commun-140985

 

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Le Cheikh, la Charia dans la Constitution et la Laïcité

(Publié sur ma page Facebook le 2 novembre 2011, 01:26)

Dans son ouvrage « Les libertés publiques dans l’État Islamique », publié par le Centre d’Études de l’Unité Arabe (Beyrouth, 1993), Rached GHANNOUCHI écrit « que la Charia est la source principale de la législation « , et que « le rôle d’un chef d’Etat est d’accomplir la religion, d’éduquer l’Oumma selon l’Islam « . GHANNOUCHI regrette même, explicitement, dans cet ouvrage, « que les Constitutions de nombreux pays arabes ne contiennent pas d’Articles imposant la Charia comme source principale de toute législation  » (p. 54).

A propos de la Laïcité, GHANNOUCHI affirme « que l’on ne saurait concevoir de société islamique laïque, ou de musulman laïc que si ce n’est en renonçant à ce qui est essentiel en islam. Car une société ne peut être islamique qu’à condition de ne pas être laïque et d’accepter l’unicité de Dieu  » (Interview au quotidien algérien « Algérie actualité » du 12 octobre 1989).

Salah HORCHANI

Source:

https://www.facebook.com/notes/salah-horchani/le-cheikh-la-charia-dans-la-constitution-et-la-la%C3%AFcit%C3%A9/215088721893025