À Salah Zeghidi !

Camarade Salah, tu as tiré ta révérence, en ce début de printemps
Après une semaine d’angoisse où nous avons espéré tant et tant
Mais, la faucheuse n’a rien voulu entendre et en a décidé autrement
Depuis, les hommages de ta famille de pensée se multiplient, unanimement
Quant à ceux que tu as combattus, ils ont montré leur vrai visage, abjectement
Visage de haine et de violence, en se lançant dans les insultes et le dénigrement
Ils n’ont respecté ni la mort, ni la souffrance des tiens, ni même leur religion
Camarade Salah, maintenant que ton étoile brille là-haut au firmament
Nous te promettons de poursuivre ton combat avec acharnement
Combat qui fut le tien pendant le demi-siècle de ta vie de militant
En tant que communiste, syndicaliste ou animateur d’associations
Défendant la liberté de pensée, toutes les libertés, absolument
L’égalité femme-homme dans la loi, devant la loi et par la loi, entièrement
Les droits économiques et sociaux des plus démunis, des plus souffrants
Tous les droits humains avec l’abolition de la peine de mort, notamment
Valeurs universelles que tu as su porter avec tant d’ardeur, tant de passion
Jusqu’à être l’initiateur d’une campagne de sensibilisation
Contre la peine de mort risquée par Rached Ghannouchi et ses compagnons
À l’époque des procès des islamistes, il y a environ trente ans
Au crépuscule du règne de Bourguiba, pendant ses années de plomb
Initiative qui te fut reprochée par tes propres amis très souvent
À qui tu as toujours répondu «les droits humains sont un tout, indivisiblement»
Tu as toujours été un homme de saine colère, de combat et de conviction
De tous les combats pour la liberté, la démocratie, sans compromission
À l’avant-garde de la lutte pour une société moderne et tolérante, réellement
Tu étais un militant, jamais fatigué, comme on n'en voit qu’exceptionnellement,
Dans des domaines variés, depuis la laïcité de l’État jusqu’au développement
Un débatteur hors normes à la radio et sur les plateaux de télévision
Combattant les obscurantismes et, en premier, l’islamisme rampant
Ton combat t’a valu, sous Bourguiba et Ben Ali, prison et répression
Ton record, c’est d’avoir subi sous le premier un peu plus de 15 arrestations
Pour organisation de grèves, de rassemblements ou de  manifestations
Tu as donné de ta vie, de ta jeunesse sans demander d’indemnisations
Car, toi, de notre Tunisie, tu as toujours été amoureux éperdument
À l’opposé de ceux que tu devines, qui courent derrière les compensations
Ruinant les finances publiques afin de renflouer les caisses de leur mouvement
Et cela, non pas pour avoir lutté pour le bien-être de la Nation
Mais, pour avoir projeté de ramener notre pays quatorze siècles avant
En ourdissant complots et exactions à l’égard de la population
Sans oublier leurs attentats à la bombe visant aveuglément des innocents
Sans oublier leurs vitriolages de jeunes filles, à jamais, les défigurant
Sois rassuré, Camarade, ceux que tu devines, nous les combattrons également
Comme tu l’as fait, par les moyens démocratiques assurés par notre Constitution
Ton discours fut toujours clair et sans détour portant tes progressistes engagements
Sur des sujets fondamentaux  que tu défendais bec et ongle quotidiennement
Pour les causes qui te semblaient justes, tu te positionnais toujours au premier rang
L’une des causes qui te tenait à cœur est de réussir notre unification
L’unification des modernistes pour stopper l’islamisme conquérant
Et ce fut ainsi, depuis Paris où tu étais étudiant, et ta vie durant
Paris où l’on fréquentait Le Gay Lussac, café des communistes opposants
Et aussi celui de la gauche estudiantine tunisienne du moment
Situé sur la rue qui fut celle des barricades et qui porte le même nom
Où l’on refaisait le monde autour d’un café crème ou d’un demi pression
Gauche estudiantine qui payera son engagement politique très chèrement
Une fois rentrée au pays, avec harcèlements, tortures et emprisonnements
Tu étais à la Sorbonne et moi, taupin, au Lycée Hoche, vingt ans, nous avions
Que de souvenirs se bousculent dans ma tête, Camarade, depuis ta disparition
En conclusion, sache que, aussi bien pour nous qui sommes de ta génération
Que pour les jeunes militants, tu demeureras toujours notre référent

Salah HORCHANI

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