À Idir et à mes filles

Idir, repose en paix !
Toi, l’artiste, humble et discret
Dont seules la modestie et l’humilité
Peuvent égaler ton immense notoriété
Le sage, l’humaniste, l’engagé
Dont les interventions sont toujours pondérées
Conjuguant ouverture et identité
Ton identité amazigh qui fut déniée
Par tous les régimes qui se sont succédés
Toi, le chanteur dont le peuple fut bercé
Par toutes les merveilles que tu as composées
Dans une musique renouvelée
Dans un répertoire millénaire, puisées
Mariant tradition et modernité
Prodrome d’un genre musical inventé
Pour ressusciter les cultures oubliées
Inconnues ou marginalisées
Les cultures des minorités
Sur lesquelles pèse un voile épais
De siècles de déni borné
Les empêchant de se développer
Toi, qui est arrivé à faire chanter
Dans "Ici et Ailleurs", ton album dernier
Les plus grands noms de la française variété
À l'exercice du duo, tu t’es plié
Et avec toi, ils ont revisité
En kabyle et en français
Leurs plus grands succès
Ceux que tu as profondément aimés
Dans ton enfance, en particulier
Parmi lesquels, je peux citer
Aznavour, Bruel, Francis Cabrel, Le Forestier
Grand Corps Malade, Lenorman, Salvador, Lavilliers
Toi, la figure iconique de ta Kabylie bien-aimée
Que tu as chantée, dans sa langue, avec fierté
Ton titre " A Vava Inouva " fut adapté
En plusieurs langues, dans plein de contrées
Sa culture, tu as su la magnifier
Tout au long de ta carrière qui a duré
Un demi-siècle, à peu près
Lui donnant une internationale visibilité
La faisant connaître dans le monde entier
" J’ai la Kabylie dans la tête ", tu disais
Tu as chanté aussi la fraternité
Des peuples, dans ta langue d’exilé
La langue de Molière où tu excellais
Idir, ta voix va nous manquer  

Maintenant que là-haut, pour l’éternité
Tu t’es envolé, tu nous a quittés
Avec la discrétion qu’on te connaissait
Qui t’a toujours caractérisé
C’était samedi passé
C’est une fibrose pulmonaire qui t’a emporté
Qui, de ton souffle vital, te privait
Souffle que tu as su transformer
En mélodies et chansons réputées
Maintenant que ton œuvre est achevée
Je dois t’avouer
Que ta chanson "Lettre à ma fille" est ma préférée *
Car, je m’y  reconnais
M’y retrouve avec mes trois adorées
À l’époque de leur Lycée
Avec la façon dont je les ai éduquées
Joliment et mélancoliquement évoquée
Dans une mélodie admirablement chantée
Au piano, par ta fille Thanina, accompagné   
Et cela, encore, des années
Après qu’elles aient quitté
Le pays où elles sont nées
Où elles ont été élevées
Où elles avaient évolué
Jusqu’à leur majorité
Pour s’installer
De l’autre côté
De la Méditerranée
Dans le but d’achever
Leur universitaire scolarité
Et prendre en main leur destinée
Je dois aussi te confier
Que chaque fois que je l’ai écoutée
J’ai senti, le cœur serré
De la nostalgie et un peu de regret
Comme, toi-même, tu l’as exprimé
Dans ton dernier couplet

Et vous, mes filles, j’aimerais
Que vous compreniez
Avec cette chanson à succès
Dont, mien, le contenu, je fais
La raison pour laquelle j’ai été
La père que j’étais

Salah HORCHANI

* https://www.youtube.com/watch?v=StKv8TBsTWc

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