Le benjamin qui s’appelle Yoav Hattab*, vivait à La Goulette, originaire de Djerba, où perdure encore une petite communauté juive, l’île à la Synagogue la plus ancienne d’Afrique qui renfermerait des reliques du temple de Salomon, ses ancêtres y étaient longtemps, longtemps avant l’islamisation de l’Ifrikya.  Il est le fils de  Benyamin Hattab, Directeur de l’école juive  et Grand Rabbin de Tunis. Il avait 21 ans et avait quitté le pays, il y a plus d’une année, pour poursuivre en France  ses études supérieures en marketing et en  commerce international, études qu’il finançait, lui-même, par un  job de commercial dans une petite entreprise. Il était un membre dynamique de l’Association tunisienne de soutien aux minorités. Son frère Avashy a gardé l’espoir jusqu’à la fin. Il avait déclaré à la station radio Mosaïque FM que «Le vendredi, [Yoav] fait ses courses dans ce supermarché pour Shabbat, puisqu’il habite à Vincennes. Si Dieu le veut, il est encore en vie ».  Avashy ignorait que son frère Yoav  fut le premier à être exécuté, avant Philippe Braham, Yohan Cohen et François-Michel Saada, dès le début de la prise d’otages par l’islamo-terroriste  Ahmady Coulibaly, au magasin HyperCasher à la Porte de Vincennes. Yoav a été exécuté le premier parce qu’il avait essayé de récupérer une des armes de Ahmady Coulibaly : il est mort debout, en héros.

La cadette s’appelle Elsa Cayat, née à Tunis le 9 mars 1960. Elle est la fille de Georges Khayat, originaire de Sfax, médecin et écrivain, auteur d’une trilogie sur la vie des tunisiens juifs pendant la période du Protectorat de la France sur la Tunisie. Elle est la nièce de la romancière Jacqueline Raoul-Duval née Khayat.Elsa Cayat, psychiatre et psychanalyste, assurait une chronique bimensuelle intitulée «Charlie Divan » où elle traitait des sujets aussi divers que l’autorité parentale, la sexualité ou les fêtes religieuses; sa dernière chronique parue est intitulée « Noël, ça fait vraiment chier ! ». Elle fut Médecin interne des hôpitaux de Paris à l’âge de 22 ans et était considérée comme l’une des meilleures psychanalystes lacaniennes de la capitale. Parmi ses publications, on peut citer :

Le désir et la putain : Les enjeux cachés de la sexualité masculine, Albin Michel, Paris, 2007.

Un homme+une femme=quoi ? , Payot, Paris, 2007.

Elsa Cayat laisse derrière elle une orpheline de 19 ans, Hortense.

L’aîné s’appelle Georges Wolinski, né le 28 juin 1934 à Tunis, d'un père d'origine polonaise, assassiné quand Georges n’avait que deux ans, et d'une mère originaire de Livourne (Italie). C’est grâce au débarquement  des  Américains en Tunisie, pendant la seconde guerre mondiale, que le petit Georges découvrit les «comics», terme utilisé dans le monde anglo-saxon pour désigner la bande dessinée. « Les autres enfants demandaient du chocolat et des chewing-gums aux GI, moi je leur disais "Have you comics?", et ils me donnaient des comics mais aussi du chocolat et des chewing-gums ! »,  a-t-il écrit plus tard. Il s’était installé à Paris à partir de 1945. Il a proposé ses premiers dessins, en 1961, au journal "Hara-Kiri", magazine satirique mensuel créé en 1960 à l’initiative, entre autres, de François Cavanna et du Professeur Choron. Par la suite, il devint l’un des piliers de "Hara-Kiri Hebdo", hebdomadaire créé en 1969 et qui fut interdit en 1970, et cela,  à cause de son titre  "Bal tragique à Colombey, un mort ", paru sur sa première lors du décès du Général de Gaulle, interdiction qui transforma "Hara-Kiri Hebdo" en "Charlie Hebdo", le prénom "Charlie" dans le titre serait une référence à celui du Général défunt. Georges Wolinski laisse environ 80 albums.

Salah HORCHANI

*http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-horchani/120115/pour-quand-un-integral-bien-vivre-ensemble-tunisien

 

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