Tunisie 2019 - Présidentielle de tous les risques : raison ultime pour aller voter !

Lâimage contient peut-être : 26 personnes, personnes souriantesTrop, c’est vraiment trop, pour notre démocratie naissante, à encaisser
Qui n’a pas besoin de cette floraison de candidatures pour s’affirmer
Mais, bien au contraire, ces postulants, presque tous méconnaissants des dossiers
Brûlants dont la non résolution risque de l’affaiblir, voire de la stopper
Sont un réel danger pour précipiter le pays dans le chaos complet
L’entrainant dans une instabilité, difficile de s’en débarrasser
Avec une érosion du prestige de l’État et de son autorité
Où les politiciens et les partis politiques sont discrédités
Dont un signe avant-coureur, lors des municipales, a été révélé
Compte tenu des problèmes qui, depuis la Révolution, se sont accumulés
Et des préoccupations des citoyens qui ont été délaissées
Qui furent négligés par tous les gouvernements qui se sont succédés
Les réponses sociales, à la hauteur des attentes, n’ont jamais été
Aggravant le chômage, l’état des régions oubliées, la pauvreté
Régions où l’on ne rêve pas d’un bon président, mais plutôt d’un emploi bien rénuméré
Nos difficiles avancées acquises depuis la Révolution risquent de s’évaporer
Révolution qui a apporté la liberté d'expression et non l’économique prospérité
Avec une inflation qui frôle les 8%, les Tunisiens ont vu leur pouvoir d’achat se dégrader
D’après Crisis Group, le coût de la vie, depuis 2016, de près d’un tiers, a augmenté
Sans oublier que la valeur du dinar, en huit ans, a perdu, par rapport à l’euro, sa moitié
Que le taux de chômage est de plus de 15 %, et de plus de 16% pour les diplômés
Et que le PIB par habitant, entre 2014 et 2018, de 20 %, a chuté
La dynamique démocratique, semble, face à cette crise, parfois s'enrayer
Les deux principales revendications de cette Révolution confisquée
- La liberté et la dignité - pourraient être, aux calendes grecques, reportées
Tous souffrent d’une vision et de projet narcissiques personnalisés
Rares sont ceux qui seraient capables de formuler un dessein avec clarté
Qui seraient crédibles pour relever les défis auxquels le pays est confronté
Presque tous, d’en cerner les principaux et les exposer, ils sont dans l’incapacité
Le terrorisme est absent des débats, dans une Tunisie traumatisée
Par les attentats, alors qu’une condition sine qua non est la sécurité
Pour que l’on puisse espérer une reprise économique dans la durée
Attentats qui ont porté préjudice au secteur touristique, déjà amenuisé
Dans ce pays qui, contrairement à ses voisins, ne jouit pas d’avoir pétrolier
Le problème du retour des djihadistes au bercail  n’a pas été abordé
Retour qui relève des prérogatives du magistrat installé au sommet
Et, pourtant, comme tout un chacun sait, ils constituent le principal danger
Dans un environnement instable non sécurisé, nulle avancée
Aux antipodes, dans tous les débats, la Culture n’a même pas été effleurée
Et, pourtant, elle peut aider à contrecarrer l’appel des «islamistisés »
Leur programme se réduit à leur ascension, et tout le reste est banalité
Couvrant un ensemble de mesures disparates, populistes, éculées
Conquérir le Palais de Carthage et le conserver est leur principal objet
Avec comme retombées non négligeables, voir leurs affaires prospérer
En récompensant celles et ceux qui ont contribué à les élever
À la plus haute autorité, faisant d’eux une classe de citoyens privilégiés
Évidemment, exceptés les islamistes avec leur immuable projet
Qui veulent, dans les sables d’Arabie, quatorze siècles avant, nous ramener
Comme l’a décrit brillamment Adolf Mourou dans ses vidéos ici rapportées
Projet qu’ils essayent de dissimuler derrière une façade toilettée
Où tout est «taqiyâneries» pour mieux le camoufler, pour mieux nous embobiner
Nous ramener à l’aide d’élections qui leur donneraient la légitimité
Soi-disant issue des urnes pour nous imposer ce choix de société
Aucun signe n’indique nettement vers quel candidat la chance va pencher
Bien malin qui pourrait prédire quel président ces urnes confirmeraient
Et, aussi, qui seraient les deux finalistes, par le premier tour, désignés
« Même le Bon Dieu est incapable de nous dire le résultat » a affirmé
Zied Krichen, rédacteur en chef d'Al-Maghreb, quotidien bien informé 
Ce qui est sûr, c’est que rien ne permet aux électeurs de se positionner
Surtout, les non encartés, les moins avertis parmi eux, les moins motivés
Dans cette chienlit politique, faire un choix est devenu une tâche désespérée
Quoi qu'il en soit, les résultats pourraient, de très grandes surprises, nous réserver
Dont les conséquences, pour l’avenir du pays, des plus imprévues, seraient
Et cette période électorale est déterminante pour sa stabilité
Des temps difficiles pointeront à l’horizon, dès que les résultats seront officialisés
Notre Révolution est convalescente et son système immunitaire doit être consolidé  
Pour dire vrai, aucun des candidats parmi les 26 ne sort vraiment du lot pour forcer le respect
Seule une minorité parmi eux satisfait aux compétences et au profil, par la fonction, exigés
Aussi, c’est pour leurs familles, politiques et idéologiques, qu’il va falloir voter, en vérité
C’est la présidentielle de tous les risques, le système lui-même n'a jamais été aussi éclaté
Avec la dégénérescence de la conscience politique qui, en désuétude,  s’est désintégrée
Et la paranoïa, la prétention et l’arrogance qui, à la tête de certains candidats, sont montées
Candidats qui se voient déjà, comme dit la chanson, au rang de président de la République, se hisser
Et, ce sont, en particulier, ceux-là qui risquent de fausser les élections et, dans l’inconnu, nous enfoncer
Élections très incertaines qui se déroulent dans un paysage politique fragmenté, émietté
Adjoints à l’immaturité de notre classe politique, ils nous promettent une campagne brouillée
Qui, compte tenu  du peu de différenciation entre plusieurs candidats, laisse le suspense entier
Et se terminerait par une catastrophe, démocratiquement par les urnes occasionnée
Grand est le risque de l’élimination dès le premier tour de tous les candidats de progrès
Et de se réveiller lundi avec deux victorieux, islamiste et populiste, couronnés
Ce qui serait pire que ce qui, en France, lors de la présidentielle de 2002, s’est déroulé
Si on laisse de côté les marginaux, le reste des candidats peut, grosso-modo, être groupé
Dans trois familles – moderno/progressiste, islamiste et populiste - soit une trinité
Dont chaque élément, par le rôle qu’il prête à l’individu dans la société, est caractérisé
Aussi, citoyens, soyez conscients du pouvoir que notre démocratie naissante vous a confié
Pour conjurer le pire en réservant vos voix à ceux qui nous évitent de tomber dans un guêpier
L’unique Révolution préservée du Printemps arabe ne doit pas être entombée 
Au surplus, par ceux-là mêmes qui en furent simples spectateurs et en ont profité
Printemps de l’an 2011 qui ne souffle plus que sur la Tunisie, désormais*

Salah HORCHANI

* Extrait de :

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/110819/tunisie-presidentielles-2019-le-choix-de-leur-oiseau-rare-est-un-reel-espoir

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