Photo prise le samedi 19 février 2011, avenue Habib Bourguiba à Tunis, lors de la mémorable  « Marche contre l’extrémisme religieux » qui a eu lieu en réaction, entre autres, à la manifestation anti-juive* organisée par les salafistes, le vendredi 11 février 2011, devant la Grande Synagogue de Tunis (quartier Lafayette). C’est au cours de cette marche que j’ai fait la connaissance, grâce à des amis communs, du regretté Yoav Hattab, le premier exécuté par l’islamo-terroriste  Ahmady Coulibaly dans la tuerie** de la Porte de Vincennes.

 

Je tiens à dire que je suis écœuré du silence complice ou de la condamnation molle...avec des "mais", de certains médias, autorités gouvernementales et hommes politiques tunisiens, face au carnage de Charlie Hebdo et à la tuerie du magasin HyperCasher à la Porte de Vincennes  à Paris, provoquée, le vendredi 9 janvier 2015, par l’islamo-terroriste  Ahmady Coulibaly, carnage et tuerie qui m’ont bouleversé jusqu’aux larmes et au cours desquels au moins trois enfants du pays ont été exécutés**. Ce silence complice et cette condamnation molle m'interpellent, encore  une fois, sur la responsabilité  de notre éducation et de notre enseignement, classiques, civiques et religieux, de notre classe politique, de nos médias et de notre société civile, d’hier et d’aujourd’hui, de n’être pas arrivés à ce que nos compatriotes  de confession ou de culture juive puissent être considérés et se sentir, dans leurs droits, leurs devoirs et leur vie de tous les jours, des tunisiens lambdas à part entière  sur cette terre qui les a vus naître , grandir et mourir depuis, environ, deux millénaires et demi.

Que je puisse vivre le jour sans que ni les synagogues, ni les maisons de retraite, ni les écoles,…juives ne soient protégées 24 heures sur 24 par la police en uniforme et en arme ! Vraiment, ce jour-là marquera l’avènement du «point Oméga» de l’âge d’or du bien-vivre-ensemble tunisien !

 

Note ajoutée le 13 janvier 2015 : un beau et émouvant message de Habib Redissi à Yoav Hattab, accompagné de la photo ci-dessous

Oh mon beau Yoav Hattab ! Je ne te connais pas ! Et, pourtant... Et, pourtant que ma douleur est grande aujourd'hui !

Depuis ce triste jour où un fou assassin a mis la mort sur ton chemin, je n'ai cessé de lire les récits poignants de ton combat. En effet, avant d'être Juif, tu étais Tunisien. Et Dieu seul sait à quel point ça a dû être difficile pour toi de faire comprendre cela aux imbéciles que nous sommes! De justifier constamment l'amour que tu portes pour ton pays. Tu étais fier de ce drapeau, de ce seul passeport que tu possédais alors que beaucoup d'entre « nous », faisaient tout pour le substituer.

Tout cela me rend nostalgique de cet âge d'or qui faisait la Tunisie. Une époque où Chrétiens, Juifs et Musulmans pouvaient vivre en harmonie. En ayant pour seule et unique religion, l’amour de ce pays. Malheureusement, un conflit lointain nous a séparés. De sombres calculs politiques nous ont divisés. Et voilà que la religion était devenue une identité alors qu'au départ, pour « nous », elle n’était qu’une simple confession. Ce pays n'était beau que par sa diversité !

Que serait 7al9 El Wed
 [=  La Goulette] sans ces Tunisiens de confession juive ? Peut-être, un vulgaire port !

Que serait Djerba sans ces Juifs de nationalité Tunisienne ? Certainement une île parmi tant d’autres!

Que je suis fier de dire que nous partagions la même nationalité.

Repose en paix cher ami ! Tu faisais la seule Tunisie que je ne saurais aimer !



 

Salah HORCHANI

* Voir mon billet intitulé « Plus jamais ça ! », paru sous le lien suivant :

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/02/15/2406137_plus-jamais-ca.html

** Voir mon article intitulé « Hommage aux trois représentants de la Tunisie plurielle tombés à Paris sous les balles de la barbarie islamiste», paru sous le mien suivant :

http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-horchani/110115/hommage-aux-trois-representants-de-la-tunisie-plurielle-tombes-paris-sous-les-balles-de-la-barba

  

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Lettre ouverte à ceux qui proclament « Je ne suis pas Charlie », et à ceux qui les likent (1/2)

Par Corine Goldberger 9 janvier 2015

Comment ne comprenez-vous pas, que « Je suis Charlie », ça ne signifie pas approuver forcément le contenu de Charlie. Ça signifie être pour la liberté de la presse, pour la liberté d’expression, pour le droit à l’irrévérence, même quand on n’est pas d’accord avec ce qui est publié  ou dessiné.  « Je suis Charlie », ça signifie : je suis pour qu’on ait le droit de critiquer les religions, comme tout système de pensée et de croyance, et même d’en rire, sans craindre pour sa vie, pour un article ou un dessin.  Croyez-vous vraiment qu'il suffise d'un dessin choquant pour faire douter un vrai croyant?  D’innombrables personnes en France et dans le monde entier,  se sont mobilisées au nom de la liberté de la presse attaquée par des tueurs, comme si nous vivions dans la première dictature religieuse venue. Et vous, qui avez la chance de vivre dans un pays démocratique, vous vous proclamez fièrement contre la liberté d’expression…

Certains d’entre les #JeNeSuisPasCharlie  vont même jusqu’à justifier la barbarie, en commentant sur Facebook ou en twittant que les dessinateurs  l’ont bien cherché,  l’ont bien mérité : « Ils n’avaient pas à insulter notre Prophète » ricanez-vous. Comment ne comprenez-vous pas qu’à travers Charlie, ce n’est pas seulement la  liberté d’expression de ceux qui ne pensent pas comme vous, qu’on a voulu assassiner. C’est aussi  la vôtre. Rappelez-vous qu’on est toujours le mécréant d’un plus pratiquant, d’un plus religieux, d’un plus radical, d’un plus fanatique que soi !

Comment pouvez-vous, vous qui vivez dans un pays démocratique,  mépriser une  liberté d’expression que bien des peuples nous envient… Comme au Maghreb, où beaucoup de journalistes et de dessinateurs donneraient cher pour pouvoir lire ou publier  des Charlie Hebdo sans craindre pour leur vie. Ecoutez Dilem, dessinateur algérien, souvent menacé de mort, sur RFI : « Quand il y a eu les dessins sur Mahomet, j’étais l’un de ceux qui prenaient la défense des dessinateurs danois en disant qu’il ne faut pas égorger quelqu’un parce qu’il a fait une caricature. Il y a des choses un peu plus sérieuses dans la vie. Il y a eu, ici, des massacres y compris dans des rédactions. Dans le journal l’Hebdo libéré, il y a eu des gens qui ont aussi massacré en 1994 la rédaction (...) Je vais vous faire un aveu : depuis 15 ans, je n’ai pas mis les pieds dans mon journal. Je dessine à partir de chez moi ou de quelque part en dehors pour ne pas donner d’occasion à ceux qui peuvent me faire du mal ou faire du mal à ceux qui font le même travail que moi. Je sais qu’il y a un risque inhérent au métier que l’on fait aujourd’hui. Je sais qu’il ne faut pas plaisanter avec ces gens-là. On est dans la pathologie la plus absolue, dans la barbarie extrême».

(à suivre)