N’en déplaise à ses dirigeants, l’assise populaire du Parti Islamiste Tunisien Ennahdha est loin d’être majoritaire !

Montrons, tout d’abord, que, lors des élections pour l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), qui ont eu lieu le 23 octobre 2011, Ennahdha a fait le plein de tous ses sympathisants potentiels. Pour ce faire, il suffit d’examiner son électorat. D’après les analystes les plus avertis, cet électorat, qui n’est pas nécessairement Islamiste, peut être classifié, grosso modo, selon cinq types de vote : un vote réellement Islamiste, probablement minoritaire, un vote de sympathisant, un vote de compassion pour les nahdhaouis (partisans du Parti Islamiste Ennahdha) qui ont, réellement, souffert sous Zinochet ou sous Bourguiba, un vote sécuritaire ou de restauration de, soi-disant, valeurs et, enfin, un vote de remerciements pour l’agneau offert, lors de l’Aïd-el Kabîr, pour la prise en charge des frais de mariage, circoncision, rentrée scolaire, factures impayées,… Ce vote de remerciements serait financé, entre autres, par certains pays du Golf, dont le plus généreux serait le Qatar, et ce, à travers d’Associations humanitaires ou de bienfaisance. En outre, malgré la répression subie et la clandestinité de leurs activités sous l’ancien régime, les Islamistes sont restés, contrairement aux Modernistes, structurés et présents dans les quartiers déshérités et dans la Tunisie profonde et proches de leurs habitants ; ce qui a permis à leur campagne électorale de couvrir, dès le démarrage, beaucoup de citoyens, campagne qu’ils ont, principalement, orientée vers les valeurs identitaires, jusqu’à présenter les candidats Modernistes comme étant des athées, des occidentalisés, des buveurs de bière et de vin,…

En dépit de ces atouts et stratagèmes, l’assise populaire d’Ennahdha est loin  d’être majoritaire. En effet, sur le total du nombre de sièges à l’ANC, Ennahdha en possède aux environs de 41% ; ce qui implique que les affirmations du type « Nous sommes majoritaires »  ou bien « Le peuple nous a choisi, on est investi par la volonté populaire », réitérées, en tout temps, en toute occurrence et en toutes circonstances, par ses dirigeants, sont des affirmations fausses, tendancieuses et mensongères, relevant de l’intox. Si l’on considère, maintenant, les électeurs inscrits volontairement : 36%, environ, d’entre eux ont voté Ennahdha ; ce qui entraîne que les deux dites affirmations sont encore, un peu plus, fausses. Et, pour terminer, considérons les électeurs potentiels : le pourcentage de ces électeurs qui ont voté Ennahdha n’est égal ni à 30%, ni à 25%, il est égal à, environ, 20% ; ce qui montre que les affirmations en question sont, en vérité, archi-fausses.

Salah HORCHANI

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