Le 18 janvier 1952, c’est quoi pour la Tunisie?

L’image contient peut-être : une personne ou plus

Habib Bourguiba, avant son arrestation, lors d’un Meeting à Bizerte, le 15 janvier 1952.

La date du  18 janvier 1952 est considérée dans l’Histoire du Mouvement national  comme étant l’ouverture de la période appelée « La Période décisive » qui débute à cette date par la nième et dernière arrestation d’Habib Bourguiba, à son domicile, ainsi que celle de plusieurs dizaines de ses camarades néo-destouriens (partisans du parti Néo-Destour dont Bourguiba fut l’un des principaux fondateurs, en 1934) et communistes, marquant le déclenchement de la Résistance populaire armée contre l’occupant français. Elle s’étend jusqu’au 20 mars 1956, date de l’indépendance de la Tunisie. Cette Période a connu le plus lourd lot, dans l’Histoire de la Tunisie moderne, d’emprisonnements de militants nationalistes ou de leurs départs en exil, de morts, d’assassinés, d’exécutés sommairement, de viols, de tortures, de blessés, de veuves, d’orphelins,…

Des données topographiques de la ville de Tunis m’ont conduit à être un témoin visuel de cette journée décisive et historique du pays. En effet, en ce jour du vendredi 18 janvier 1952, sur le chemin de mon école primaire, je n’ai jamais vu, de ma vie, autant de militaires, de zouaves (avec leur uniforme à prédominance rouge) et de gardes mobiles (avec leur tenue bleue et leur casque caoutchouté à l’avant). Ce déploiement exceptionnel de troupes a quatre raisons. La première, c’est, évidemment, pour réprimer, du moins contenir, les manifestations éventuelles qui pourraient être engendrées par les dites arrestations. Et, il y en a eu, et ce fut mon baptême de « manifestant », à vrai dire, sans le chercher ; je venais tout juste d’avoir onze ans. La deuxième est due à la situation géographique de mon domicile familial qui se trouve être dans le même quartier que celui de Salah Ben Youssef (second dirigeant du Néo-Destour, après Bourguiba, qui a échappé de peu à l’arrestation). La troisième est due au fait que les résidents de ce quartier, appelé Montfleury, sont à grande majorité d’origine européenne ; il fallait donc les protéger contre les possibles réactions. Et, enfin, la quatrième est due au positionnement du domicile de Bourguiba et des deux casernes de Tunis intra-muros (Caserne El-Gorjani et celle de la Kasbah) sur le chemin de mon école (l’école primaire du Collège Sadiki qui se trouve, effectivement, dans le quartier de la Kasbah).*

Salah HORCHANI

* Extrait de :

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/170117/tunisie-18-janvier-1952-habib-bourguiba-jules-ferry-cardinal-lavigerie-photos

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.