Sihem Ben Sedrine recevant des mains de Rached Ghannouchi, Président-fondateur du parti islamiste tunisien Ennahdha, un prix décerné par ce parti.

 

Khémais Chammari*, membre de l’Instance de la Vérité et de la Dignité (IVD), Instance dont la durée de vie est prévue pour quatre à cinq ans, qui fut élue par l’Assemblée Nationale Constituante vers la mi-mai et inaugurée le lundi 9 juin 2014 au cours d’une cérémonie en grande pompe et en présence du Haut-Commissaire des Nations unies aux Droits de l’Homme, a confirmé à l'agence TAP qu'il a présenté, ce mardi 17 juin 2014, sa démission à la présidente, Sihem Ben Sedrine, juste après l’élection de cette dernière à la présidence  de cette Instance, au cours de la première réunion de l’IVD qu’il a présidée lui-même, en tant que doyen d'âge. Khémais Chammari a expliqué sa décision par "des raisons personnelles et de santé",  en précisant : «contrairement aux informations publiées par certains médias, je n’ai jamais présenté ma candidature à la présidence de l’Instance»**.

La mission de ladite Instance est de mettre en place un processus de justice transitionnelle pour, entre autres, indemniser les victimes de l’État en enquêtant sur les dépassements enregistrés dans le pays "depuis le 1er juillet 1955  jusqu’à la date de la promulgation de la Loi sur la Justice transitionnelle" (Article 17 de cette Loi), à savoir jusqu’au 24 décembre 2013. Elle n’est pas un organe judiciaire, mais elle est dotée, à l’instar de la Commission Vérité et Réconciliation créée en Afrique du Sud après l’Apartheid, d’un réel pouvoir,  puisque, par exemple, elle peut obliger un individu à comparaître, saisir ses biens et elle dispose d’un droit d’accès aux archives nationales. D’ailleurs, L’Archevêque sud-africain Desmond Tutu, Prix Nobel 1984 de la paix et Président de la Commission Vérité et Réconciliation, a enregistré un message vidéo d’encouragement qui a été diffusé lors de la cérémonie inaugurale de l’IVD.

Compte tenu du rôle stratégique qui est imparti à l’IVD dans la réalisation des objectifs de la Révolution, de l’importance capitale de sa mission de redressement des torts, de réparation des injustices subies par les citoyens durant les années de braise [et même ”jusqu’à l’annonce officielle de sa création”, à savoir jusqu’au lundi 9 juin 2014] et, enfin, de réconciliation nationale, il est pour le moins étonnant que Khmaies Chammari, grand patriote, homme de gauche et militant des Droits de l'Homme depuis plus d’un demi-siècle, qui a connu la prison et l’exil sous Bourguiba et Zinochet, démissionne de l’IVD dans ces circonstances, et la raison avancée de sa démission ne pourrait, à mon humble avis,  qu’en cacher une autre !

Cette raison serait-elle en relation avec le contenu du texte suivant que mon collègue et ami Ali Gannoun a fait paraître, au mois d’octobre 2012, sur sa Page Facebook***, texte que l’on pourrait titrer  «" Tout tout tout vous saurez tout sur…"  Sihem BEN SEDRINE », texte qui montre que  la présidente fraîchement élue de l’IVD n’est ni intègre, ni impartiale, ni apolitique; en outre, elle est considérée dans les milieux  de la Société civile comme étant une personne instable et non consensuelle ? Auquel cas le sigle IVD serait les initiales de « Interruption Volontaire de Démocratie » :


« Sihem Ben Sedrine : Un croisement de caméléon et de vipère » par Ali Gannoun

« Je ne l'ai jamais aimée! Son regard de chien battu ne m'inspirait pas confiance du tout. Quand je me rappelle toutes ses interventions après la chute de Ben Ali et la manière avec laquelle elle avait occupé tout l'espace médiatique tunisien, et quand je vois ses apparitions sélectives aujourd'hui,  je me donne le droit de douter de sa sincérité!!!

Quand l'autre Ghannouchi était au pouvoir, elle a tout fait pour lui savonner le plancher allant jusqu'à fabriquer des fausses nouvelles pour terroriser la population. Avec l'autre  Ghannouchi, le gourou de la secte Nahdha, elle a pavoisé!! Elle l'a même accompagné dans certains de ses déplacements lui garantissant un volet droit de l'Homme dont il se fout royalement.

Ses récentes déclarations dans les journaux, ses apparitions trop douteuses à côté de  la milice nahdhaoui (comités de protection de la révolution) font qu'elle est aujourd'hui l'alliée du diable.

Mme Ben Sedrine  est une militante pour  son propre intérêt. Elle se fait payer son engagement par plusieurs types de faveurs. Elle est donc l'opportuniste de la révolution.

Le financement de sa Radio, comme celui de toutes ses activités, reste très obscur. Elle n'a jamais dévoilé ses comptes. Ceci fait tâche dans sa (pseudo) lutte contre l'argent sale et la politique des magouilles.

Cette pratique du principe de "7lel 3liya, 7ram 3likom" [Halal pour moi, pas halal pour vous] fait que cette personne n'est pas digne de confiance. Elle s'est dévoilée après la révolution, comme beaucoup d'autres,  pour laisser apparaitre un  profil d'arriviste notoire et sans principes. C'est un accident de la démocratie, je la classe définitivement du côté des faux patriotes et des vrais manipulateurs ».

 

Aussi, Monsieur Khemaïs CHAMMARI,  au nom de la « vérité et la dignité », vous nous devez une explication de votre démission !


Notes ajoutées le jeudi 19 juin 2014

Un certain nombre de lecteurs et/ou amis m’ont demandé la raison pour laquelle j’ai considéré que le temps de militantisme de Khmaies Chammari  dépasse le demi-siècle. L’objet de cette note est d’en donner une justification.

En 1963, lors du Congrès de la Section de Paris de L'Union Générale des Étudiants de Tunisie (UGET), les étudiants de gauche avaient remporté les élections ; mais, l'urne avait mystérieusement disparu, ce qui avait permis au pouvoir en Tunisie d’annoncer la victoire des étudiants destouriens (liés au parti Néo-Destour de Bourguiba), en prenant la décision d’exclure de l’UGET tous les étudiants contestant cette soi-disant victoire, ce qui fut mon cas, soit dit en passant, alors que j’étais président de la section de l’UGET à Dijon que nous venions d’arracher démocratiquement ( i.e. sans vol d’urne !) aux étudiants destouriens. Ce coup de force du pouvoir a conduit les étudiants de gauche à créer un groupe d’opposition, le Groupe d' Études et d'Action Socialiste en Tunisie (GEAST), et à éditer une revue intitulée Perspectives : parmi ces étudiants, il y avait Khémais Chammari.

À cette époque, je fus l’antenne de ce groupe à Dijon et le regretté Noureddine Ben Khedher était mon vis-à-vis à Paris. Il m’envoyait la revue à vendre en Bourgogne et je lui transmettais le produit de la vente, par mandat postal, à son adresse à la Résidence universitaire d’Antony : souvenir quand tu nous tiens !   


Salah HORCHANI

* À propos du parcours du militant Khémais Chammari, voir l’article de Saadeddine Zmerli, fondateur et premier Président de la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme, intitulé « Mon ami Khemaïs Chammari » et paru sous le lien suivant :

http://www.leaders.com.tn/article/mon-ami-khemais-chammari?id=4432

**http://www.tap.info.tn/fr/index.php/politique/32042-khemais-chammari-presente-sa-demission-de-l-instance-verite-et-dignite

http://www.lapresse.tn/19062014/84404/khemaies-chamari-claque-la-porte.html

***https://www.facebook.com/notes/ali-gannoun/sihem-ben-sedrine-un-croisement-de-cam%C3%A9lion-et-de-vip%C3%A8re/509192469098394

 

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