Tunisie : Puissions-nous, de la Révolution culturelle de Kaïs Saïed, être préservés !

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Il demeure, par rapport aux réelles prérogatives présidentielles dans la Constitution, décalé
Surprenant de la part de quelqu’un se présentant, dans le Droit constitutionnel, fortement trempé
Et ne cesse d’entretenir la notion de « Révolution culturelle » par les urnes (!) qui l’a hissé au sommet
« Les révolutions culturelles
[dit-il] sont, après une longue attente, une conscience renouvelée
Qui explose, conduisant à un instant historique venant, le cours de l’histoire d’un peuple, bouleverser»
[15]
Il n’y va pas par quatre chemins, le président, pour, son succès électoral, apothéoser
« Parole, parole, parole, encore des paroles ! »  aurait dit la chanteuse regrettée
Ainsi, il se compare à Mao qui a lancé sa Révolution culturelle afin de consolider
Son pouvoir, en s'appuyant sur la jeunesse du pays, dont le principal but est de purger
Le Parti communiste chinois de ses éléments «révisionnistes», et aussi de limiter
L’influence des intellectuels, de la culture, au sens large, et des cadres du parti éclairés
Ce qui a conduit à la destruction de milliers de sculptures et de temples, à des autodafés
Sans oublier les millions de morts, d’enfants perdus, de personnes déplacées, de familles déchirées 
Et à un chaos qui aurait pu pousser le pays à la guerre civile, sans l’intervention de l’Armée
Qui, contre cette jeunesse organisée dans Les Gardes rouges, une féroce répression, a menée
C’est la seule Révolution culturelle que je connais, j’en ai cherché d’autres et je n’ai rien trouvé
Je disais donc, il se compare à Mao, et ses Gardes rouges à lui, ce sont ces jeunes qu’il a remontés
Contre les partis, les associations, la démocratie représentative, avec ses députés,...[21]
Tout en les mettant en garde contre l’influence occidentale et le péril imminent étranger
Il compte modifier la Constitution et supprimer le Parlement pour, à ses fins, arriver
Pour le remplacer par une assemblée, de délégués des conseils régionaux,  constituée
Conseils régionaux eux-mêmes constitués de délégués des conseils locaux qui sont désignés
Sur la base d’un scrutin nominatif  où les partis sont exclus, n’y ayant pas droit de cité
Le grand risque serait que ces conseils locaux, par les excités de Kaïs Saïed, soient accaparés
Excités qui ont déjà montré, plus d’une fois, ce dont ils sont capables pour faire taire leurs affrontés
Ainsi, cette assemblée qui va remplacer le Parlement est élue au deuxième degré
Seul un Président élu, hors des partis, reste par le suffrage universel concerné
Et, ne me dites pas que cela ne va pas, vers un régime dictatorial, nous diriger
Car, pour lui, « les partis sont à la marge, mourants, dans quelques années, leur rôle sera terminé 
Même dans les pays occidentaux, pour la démocratie représentative, c’est l’insucccès
Nous sommes entrés dans une ère nouvelle de l’Histoire, l’ère des partis est révolue et dépassée 
Les peuples s’organisent désormais de façon nouvelle, regardez en France, avec les jaunes gilets
Après la révolution due aux TIC, l’ère de la nouvelle transition révolutionnaire est arrivée»
Quant à nos libertés que nous avons, par nos combats depuis plus de six décennies, chèrement payées
À leurs propos, au journal Al-chari‘ al-maghâribi, soit dit en passant, il  a déclaré
«Toute personne est libre en elle-même» (!), lors d’une interview que, à ce journal, il a accordée
En ajoutant une phrase caractéristique de tous les islamistes, de toutes les  contrées
«Je ne suis pas contre les libertés, néanmoins, il faut que la société soit sauvegardée»
Le politologue M.J Ferjani retrouve cette démagogie chez un nazi du siècle dernier [21]
Il s’agit de l’Allemand Carl Schmitt qui est devenu un juriste du Troisième Reich, attitré
Dans son article référencé [21], on retrouve l’original en arabe de ces extraits traduits ici en français
Notre président, qui ne manque aucune occasion, pour, ses connaissances en histoire constitutionnelle, étaler
Doit connaitre Carl Schmitt, car, ce dernier est un universitaire constitutionnaliste renommé
Auteur de La théorie de la constitution, œuvre monumentale de référence, engagé traité
Dont la première traduction en français fut, en 1993 aux éditions PUF, publiée
Bien que déjà nonagénaire, elle est encore, partout de par le monde, commentée et étudiée 
Où, l’idée que la démocratie représentative n’est pas une démocratie, est affichée
« Car le parlement n’est pas le peuple, mais, elle est plutôt un mélange, de formes politiques, diversifié 
Elle n’est pas non plus une monarchie, car, tout le pouvoir n’est pas entre les mains d’un monarque centré » 
Qui «dispense une "doctrine constitutionnelle",  à ce que les auteurs appellent "le nouvel État", adaptée»
Notion qui se trouve, du régime parlementaire et libéral Allemand de l’époque, à l’opposé
Qui implique tout à la fois «une dictature charismatique », par un « soutien des masses », portée 
«Qui se fonde sur une théorie de la démocratie directe de masse», où  «la doctrine des libertés
libérales est condamnée»
Qui «se trouve le fascisme italien comme modèle », par des méthodes nouvelles de gouvernement, manié
Une démocratie authentique, directe, puisque, «sur l’alliance mystique entre un chef et son peuple, fondée»
Le seul exemple où la «démocratie humaniste» représentative «avec mépris fut rejetée»
Carl Schmitt, «fervent admirateur de l’Espagne de Franco et du Portugal de Salazar, est demeuré»
Pays qu’il considère comme «les derniers bastions de l’idéal politique qui, le sien, avait été»
Il pense que les droits fondamentaux «neutralisent» la puissance de l’État et «sapent sa souveraineté»
Que « la séparation des pouvoirs affaiblit encore l’État et, la dispersion du pouvoir, permet»
Avec la prophétie que «l’État de droit "bourgeois" à une mort prochaine » que l’on ne pourrait éviter
Que «la vraie démocratie, en une représentation effective du peuple par un chef, doit consister »
En suggérant «une démocratie d’acclamation qui, au vote individuel dans l’isoloir, sera substituée »
Que «le régime fachiste se présente comme une démocratie directe où le rôle du peuple est intensifié»
Que « l’État de droit "bourgeois", l’État libéral, doit être, de la démocratie, démêlé»
«Que l’État de droit parlementaire est une forme "pseudo-politique", à la  disparition, vouée »
La plupart des idées et concepts de Carl Schmitt ci-dessous exposés ont été sourcés
Dans l’article de Hugues Rabault [21], de Université d’Evry Val d’Essonne, Professeur agrégé
Et l’on s’aperçoit, de façon triviale, que, pour sa mesure phare, notre président s’en est inspiré
Et si ce n’était pas le cas, l’adage « Les grands esprits se rencontrent» serait admirablement vérifié
D’ailleurs, en poussant un peu, Carl Schmitt et Kaïs Saïed ont les mêmes initiales, à peu près
Tout cela donne une origine nazie à la refonte constitutionnelle que  Kaïs Saïed nous a projetée
Je disais donc, M.J Ferjani retrouve cette démagogie chez un nazi du siècle dernier
Démagogie qui lui a permis de tromper son Peuple et, à la magistrature suprême, d’accéder
Lui, en tant que politique, il n’est ni de droite, ni de gauche, mais, en tant que populiste, il l’est
Un populiste qui, dans les impossibles désidératas de ses Gardes rouges, risque de s’emmailler
Faisant sombrer le pays dans un chaos, de mémoire de notre Nation, jamais imaginé
Voir, ce que j’ai écrit ci-dessus et développé dans mon poème [3], à ce sujet
Le problème chez nous, ce ne sont pas les partis, en eux-mêmes, mais leur manque d’une vision globalisée
Sur leurs programmes qui sont souvent limités à des slogans, des titres et des généralités
Qui en font des formations politiques en état de gestation, avec un handicap avéré
Par leur déficit en acteurs capables de s’adresser au citoyen extra-parti et le capter
Non pas par des discours, mais des propositions qui pourraient améliorer sa vie, son concret
En se déplaçant pour le voir sur place, dans sa ville, sa campagne, son douar ou son quartier
Exceptés, peut-être, les partis se réclamant de la gauche qui ont des programmes bien ficelés
Mais, qui, dans les ambitions personnelles marquées par des égos démesurés, sont englués
Et les partis islamistes qui ont un programme internationalement standard, qu’ils gardent dissimulé
Dont Ennahdha qui est l’unique à avoir les moyens financiers de, tout le territoire, mailler
Et qui est la seule à conserver une unité de façade qui perdure malgré les divisions couvées
Alimentées par le choix des tactiques et par la posture de son gourou, à son poste agrippé
Pour le restant des partis, leurs programmes économiques et sociaux, c’est bonnet blanc et blanc bonnet
Et c’est par leur accointance avec l’identité ou la religion qu’ils peuvent être différenciés
Ah ! La trinité identité-religion-étranger, principal ingrédient du populisme droitier
N’en parlons pas du tourisme des convictions et idées que l’on observe sur les bancs de l’ARP
À tel point qu’il nous arrive, entre celui qui gouverne et celui qui s’oppose, de ne pas distinguer
Peut être considéré comme handicap, le fait que nos femmes et hommes politiques ne sont pas formés
Car, aujourd’hui, les activités politiques sont devenues distinctes des autres sociales activités
Elles supposent une initiation, un apprentissage et des connaissances dans des domaines variés
Tels que les sciences des sondages, du marketing politique et de l’art de, en public, parler
Et, aussi, la façon de s’habiller, jusqu’à la couleur de la cravate portée, et même de respirer
Leur gourou l’a bien compris, ses coachs lui ont conseillé de soigner sa dentition et de se cravater
D’ailleurs, une partie croissante de ces activités sont confiées à des entreprises spécialisées
Qui pourraient assurer une formation politique à nos jeunes, associatifs ou encartés
Formation qui devraient être renforcée par des séminaires et des Universités d’été
Ce qui, en plus, donnerait une meilleure image à nos partis grandement discrédités
Un autre handicap, c’est le nombre de partis, plus de 200, qui laisse le citoyen désemparé
Et, à chaque élection, de nouvelles formations voient le jour et ce nombre ne fait qu’augmenter
Alors qu’en France, ils sont environ 400, pour un nombre d’habitants six fois plus élevé
Ce qui différencie une démocratie naissante d’une démocratie enracinée
Par comparaison, nous devrions avoir au plus 70 partis, toute proportion gardée
Il est temps de trouver un moyen démocratique pour arrêter cette inflation non justifiée
D’autant plus que plusieurs parmi eux sont antidémocratiques et anticonstitutionnels, innés
La multiplication des partis politiques produit une opinion publique atomisée, morcelée
Ne permettant pas de dégager, lors des élections, une majorité stable  pour gouverner
Il est temps aussi d’œuvrer par tous les moyens pour que la vie publique soit enfin moralisée
Ce n’est donc pas un problème de partis, comme Kaïs Saïed, pendant sa campagne  le soutenait
Il joue avec le feu, notre président, et, s’il continue, il va, à coup sûr, nous brûler
La première fonction d’un président est de semer la concorde et de rassembler, et non de diviser
Je ne sais pas si la classe politique et l’opinion réalisent le danger, par lui, représenté
Et se rendent vraiment compte de ses défis, des enjeux induits, ainsi que de leur gravité
À l’image de ce qui s’est passé sur les bords du Danube, dans la première moitié du siècle dernier
Où un certain chef d’État populiste et xénophobe fut, lui aussi, largement plébiscité
En pleine Grande Dépression, qui a, des millions de jeunes de son pays, endoctriné et aveuglé
Qui, aussi, de cultiver  l’idée qu’il est le seul garant de la protection du peuple, n’a cessé
Et a fasciné ses auditoires en usant des principes fondamentaux de la publicité :
Des slogans accrocheurs qui claquent, répétés et exprimés dans la plus grande simplicité
Qui se contentent d’émettre des affirmations, sans rien justifier, une évidence n’est pas à prouver !
Et l’on sait ce qui est advenu de cette jeunesse, de son pays, de son führer déifié
Puissions-nous, de la Révolution culturelle de  Kaïs Saïed et de ses méfaits, être préservés !*

Salah HORCHANI

* Extrait de :

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/131019/elections-tunisiennes-voila-ou-nous-conduit-la-desunion-des-forces-modernistes-0

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