« Le [nazisme], avec sa technique de l’imposture dénuée de scrupule, se gardait bien de montrer le caractère radical de ses visées (…). Ils appliquaient leurs méthodes avec prudence : on procédait par doses successives, et on ménageait une petite pause après chaque dose. On n’administrait jamais qu’une pilule à la fois, puis on attendait un moment pour voir si la conscience universelle supportait encore cette dose. Et comme la conscience européenne, le malheur et la honte de notre civilisation, soulignait en toute hâte que cela ne la concernait en rien, puisqu’aussi bien ces actes de violence se passaient de l’autre côté de la frontière, les doses se firent de plus en plus fortes, jusqu’à ce qu’à la fin l’Europe en pérît ».
Extrait de :
Stefan Zweig, Le Monde d’hier : Souvenirs d’un Européen, paru en allemand, en 1944, et en français, en 1996, au Livre de poche.
Salah HORCHANI