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D’après un fin connaisseur de la Tunisie dénommé Thierry Brésillon1)
Béji Caïd Essebsi, auprès de Donald Trump, s’est porté d’Ennahda  garant
Garant de sa bonne conduite, ce qui lui a permis d’éviter la yankee accusation
D’être une entité terroriste et l’interdiction, aux USA, de déplacement
Pour ses cadres où ils aiment tant aller pour vendre leur islamisme light, soi-disant
Ainsi, elle ne survit que grâce à cette garantie fournie par son concurrent
Celui-là même qu’elle voulait empêcher de concourir aux dernières élections
Sous-prétexte qu’il fut un pilier du régime déchu, un de ses dirigeants
Celui-là même dont le programme était de l’éradiquer définitivement
Éradiquer  Ennahdha, je dis bien, pour éviter tout brouillement
Ce qui lui a valu la confiance de tous les anti-islamistes courants
Voyant en son parti le seul capable d’arrêter ce fléau envahissant
Nidaa Tounès, parti qu’il a créé notamment pour ladite éradication 
Programme qui lui a permis d’être élu notre président, confortablement
Par la faveur des forces modernistes qui l’avaient soutenu massivement
Et des femmes tunisiennes qui ont voté pour lui à plus de soixante pour cent
Confirmant que sans femmes libres, la Tunisie serait une inachevée nation
Proie des islamistes qui ne pourraient la conduire que vers la régression  
«Pour l’égalité dans la loi, devant la loi et par la loi», fut leur slogan
Paru lors du mémorable Sit-in du départ, plus d’un an  auparavant
Sit-in qui a fait chuter le pouvoir islamiste avec son projet fascisant
Mais, il nous a trahis, au nom de la realpolitik, après la consultation
En s’alliant avec Ennahdha, en la faisant entrer dans le gouvernement
Elle qui ne survit que grâce à une cagnotte qui viendrait de pays du Levant
Sujet qui m’a valu un procès à Paris que j’ai gagné, soit dit en passant
Malgré le Cabinet d’avocats des grands qu’elle a mis à ma disposition2)
Adieu le temps où elle était financée par l’Oncle Sam, généreusement
C’est pour cela que Rached Ghannouchi évite de s’opposer frontalement
À la politique d’Essebsi et fut le 13 août 2017 absent
Lors du discours de ce dernier, à l’occasion de la commémoration
De la  Fête nationale de la femme, où il a proposé un amendement
Aux articles du Code du statut personnel relatifs aux successions
Afin que la femme et l’homme, dans les héritages, aient la même part, exactement
Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, à cause d’un verset conjoncturel du Coran
Égalité à laquelle Rached Ghannouchi s’est toujours opposé farouchement
Mais, ce discours n’a suscité de sa part aucun commentaire, ni réaction
Ne croyez pas qu’il a changé et qu’il est devenu plein de bonnes intentions
KHERIGI, islamiste il est, islamiste il restera, indéfiniment
Et sa dite absence s’explique par le fait qu’il ne tienne pas, absolument
À montrer sa désapprobation, ne serait-ce que par un rictus, publiquement
En vérité, il a exprimé sa position et son mécontentement
Par la voix de son mentor Al Qaradawi qui a déclaré, fallacieusement :
L’égalité est haram et l’islam privilégie la femme dans bien d’occasions
«Et les règles de l'islam  privilégient la femme dans trente cas de successions»3)
Comme il l'avait lui-même prétendu, il y a quelques années, sournoisement4)
En réalité, en répondant  hors-sujet, comme il le fait, machinalement
Quand la question lui est embarrassante ou quand il manque d’arguments
Comportement  qu’il a confirmé dans un livre d’entretiens paru chez Plon5)
Il est significatif que ces deux «frères» donnent la même réponse, pareillement
À plusieurs années d’intervalle, et cela, en employant une même démonstration
Entachée d’une mauvaise foi flagrante et d’un malicieux raisonnement
Tout cela tient des paramètres figurant dans leur logiciel de discussion
Manufacturé depuis des décennies par leurs tacticiens et leurs savants :
Dans la dialectique frériste, quand une question vous embarrasse profondément
Palabrez et répondez à côté de la plaque, comme on dit vulgairement
Vous pouvez même répondre n’importe quoi, même s’il n’a rien à voir avec la question
Et, il est conseillé d’agrémenter tout cela avec quelques zestes de religion
Cependant, compte tenu du profil bas adopté par les «Frères» maintenant
Et des accusations à leur encontre qui ne peuvent aller qu’en augmentant
Accusations de terrorisme, de blanchiment d’argent et de malversation 
Il est fort probable que si jamais au parlement  il y avait une votation
Sur l’égalité dans les successions, Ennahdha voterait positivement
Dans la crainte de perdre son protecteur vis-à-vis du farfelu président
Dont le comportement est imprévisible, ce qui le rend plus inquiétant
Aussi, il faut se dépêcher, tant que leur pouvoir de blocage est déficient
Avant qu’ils retrouvent leur arrogance, dévoilée lors des débats sur la Constitution
À l’époque où ils essayaient de faire de notre Tunisie  un Tunistan 
Et tant qu’ils se trouvent au creux de la vague, Inch'Allah, pour longtemps, pour très longtemps
Se dépêcher d’amender ledit Code afin que femme et homme héritent mêmement

Salah HORCHANI

1)  La douloureuse mutation d'Ennahda en Tunisie - Orient XXI

2)  TGI de Paris – Non-lieu dans le procès intenté par GHANNOUCHI ...

3) Dans Trois questions pour comprendre la polémique autour des ..., Mohamed Kerrou, Professeur en Sciences politiques, écrit «Un autre imam islamiste, connu par ses prêches dans la chaîne qatarie " d’Al Jazeera ", Youssef Al Qaradawi, président de l'Union internationale des savants musulmans, n 'a également pas manqué l'occasion de s'opposer à l'initiative tunisienne considérée comme contraire aux règles de l'islam, lesquelles privilégient la femme dans trente cas de successions».

4) À l’ouverture d’un débat qui a eu lieu au printemps 2011 entre Neïla Sellini, Professeure des universités, spécialiste en civilisation islamique, et Rached Ghannouchi, ce dernier a commencé par chanter sa rengaine habituelle relative à l’attachement de son parti islamiste Ennahdha à la démocratie, à la liberté, aux droits des femmes,… Neïla Sellini, après avoir rappelé la spécialité du double discours et de la confusion d’Ennahdha, l’a interpelé en lui demandant s’il allait présenter une nouvelle lecture des sources conduisant à l'égalité femme-homme qu’il revendique, égalité en droits et en devoirs, évidemment, impliquant, en particulier, l'égalité femme-homme en matière de droits de succession, étant donné que les successions s’intègrent dans les droits. La vidéo suivante :

https://www.youtube.com/watch?v=FfKDwXS6ZN4

contient  la réponse de Rached Ghannouchi à cette interpellation que l’on peut traduire comme suit :

«En ce qui concerne l’héritage, il existe 20 sourates qui en parlent. 4 sourates uniquement spécifient que la part de la femme est égale à la moitié de celle de l’homme. Il y a une autre sourate, 4 sourates [nda : ! ] qui spécifient que la femme hérite à égalité des parts avec l'homme. Il y a une 3ème sourate qui spécifie que la femme hérite plus que l’homme. Il y a une 4ème sourate qui spécifie que la femme hérite et que l’homme n’hérite pas. C’est pour cela qu’il faut… Moi, je vous invite à consulter la Science des successions».

5) Entretiens d’Olivier Ravanello avec Rached Ghannouchi, Plon, Paris, 2015. On trouve dans Rached Ghannouchi : pourquoi la femme est l'avenir de l'islam ... un extrait de ce livre contenant un passage que l’on pourrait intituler «Rached Ghannouchi : pourquoi la part de la femme doit être égale à la moitié de celle de l’homme, dans les successions», dont je reproduis ci-dessous, tel quel, l’argument principal de cette inégalité, et cela, pour aider le lecteur non averti à saisir un tant soit peu du logiciel ghannouchien :

O. R [= Olivier Ravanello] : Un cas concret. L’héritage est toujours un moment symbolique fort, où les sociétés disent aussi leur vision de la famille et de l’individu. Dans les sociétés musulmanes, la tradition fait que les garçons héritent plus que les filles. C’est en désaccord complet avec votre discours sur l’égalité de principe entre hommes et femmes.

R. G. [Rached Ghannouchi] : Dans l’islam, le droit à l’héritage peut prendre plus de vingt formes. Dans certaines, la femme hérite moitié moins que l’homme, dans d’autres, elle hérite à égalité, dans d’autres encore, elle hérite plus que l’homme. Il y a des cas où la femme hérite et pas l’homme. Il y a plus de vingt formes d’héritage

O. R. : Pour vous, l’égalité est la règle la plus juste ?

R. G. : Le principe d’égalité est le meilleur, mais il faudrait aussi une égalité de droits et de devoirs. Ainsi l’homme est tenu d’entretenir matériellement sa femme ; la femme ne l’est pas. Si elle le fait c’est qu’elle l’a voulu. Il en est de même pour le père qui est obligé d’entretenir sa fille alors que le contraire n’est pas vrai. L’homme doit également entretenir sa mère qui n’est pas obligée d’entretenir son fils. Donc, pour l’héritage, il faut tenir compte des entrées et des sorties, des gains et des dépenses.

O. R. : Si je vous suis, votre fils va hériter plus que votre fille parce que, en tant qu’homme, il aura plus de dépenses à assumer ?

R. G. : Oui. Une fille va se marier et ses dépenses seront prises en charge par son mari alors que lui épousera une femme qu’il devra entretenir. L’héritage ne reflète pas la valeur de la femme par rapport à l’homme, ils sont égaux par rapport à la valeur humaine, mais ils n’ont pas les mêmes devoirs et droits dans la société.

O. R. : Vous inscrivez votre fille dans la perspective du mariage. Si elle ne veut pas se marier, qu’elle veut rester célibataire longtemps, travailler... vous ne lui donnez pas ces droits.

R. G. : Dans l’islam, même si elle ne se marie pas, son père ou son frère doit l’entretenir. Tout cela dépend du type de société dans laquelle vous vivez. La société islamique est basée sur la famille alors que les sociétés occidentales sont basées sur l’individu. La société islamique est un ensemble de familles, pas un ensemble d’individus. C’est une différence essentielle que vous devez avoir en tête pour nous comprendre.

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