Tunisie - Quand Sihem ben Troïka falsifie l’Histoire nationale (Vidéo)

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En photo, Sihem Ben Troïka entourée par ses parrains de la Troïka, Rached Ghannouchi et Moncef Marzouki, avec comme légende «L’Histoire ne peut être écrite par les habités par la haine».

Dans cette vidéo*, sa source et dans une interview** accordée le 17 courant à la chaîne islamiste Al Jazeera - sa chaîne préférée et celle de ses parrains pour communiquer leurs scoops - Sihem Ben Troïka 1), présidente de l’association «Interruption Volontaire de Démocratie» (IVD, initialement, Instance de la Vérité et de la Dignité), a remis en cause l'indépendance économique et financière de la Tunisie en affirmant que des documents qu'elle a découverts elle-même, dit-elle, «par ses propres moyens», par des «voies détournées»* (sic), au cours d’une enquête qu’elle a réalisée dans les archives françaises, montrent l’existence d'accords léonins au bénéfice de la France pour l'exploitation du sous-sol tunisien, signés à l’époque où la Tunisie n’était pas indépendante et qui sont encore en vigueur aujourd'hui, en ajoutant, soit dit en passant, que «des vérités cachées» qu’elle a découvertes,  aussi «par ses propres moyens», montrent que la base militaire française qui se trouvait à Bizerte et qui n'avait pas été rétrocédée à la Tunisie à l’indépendance en 1956, mais, ne fut évacuée qu’après la sanglante guerre franco-tunisienne de1961, était, en réalité, une base de missiles nucléaires de l’OTAN réservées à la guerre contre l’URSS, raison pour laquelle la France tenait absolument à la garder.

Pour être complet, il convient de mentionner la position de Sihem Ben Troïka quant aux dits accords léonins qu’elle a exprimée comme suit : «Mon point de vue, ce n’est pas nécessairement de traîner la France devant les tribunaux internationaux, mais, il faut faire le bilan des pertes subies par la Tunisie, conséquences de cette exploitation par la France du sous-sol tunisien, et, puis entamer des négociations avec la France pour lui demander amicalement des dédommagements pour ces pertes. La récupération de cet argent pillé nous permettrait de faire face à la crise économique dans laquelle baigne la Tunisie actuellement, crise qui n’est pas née d’aujourd’hui, mais, qui est une conséquence de ces accords injustes qu’a imposés le colonisateur français»**.

Pour que les arabophones puissent apprécier dans la langue d’origine la profondeur (!) de la réflexion de Sihem Ben Troïka contenue dans la dernière phrase de cette citation, je reproduis ci-dessous, à leur attention, sa phrase originale :

استعادة الأموال المنهوبة قد تمكننا من مجابهة الأوضاع الاقتصادية المتردية التي لم تنطلق من اليوم وإنما جاءت نتيجة الاتفاقيات المجحفة التي فرضها المستعمر الفرنسي

«Sans qu'il soit besoin de statuer sur le fond, tous les accords invoqués sont, du point de vue du Droit international public, caducs, et ce du seul fait de l'entrée en vigueur du protocole de l'indépendance. Il n'y a même pas matière à interprétation» 2), a déclaré Adnan Limam, professeur de Droit public à l'université de Tunis, en réponse à ces allégations de Sihem ben Troïka. Quant à l'ambassade de France en Tunisie, elle a réagi, le 15 courant, par un communiqué de presse qui affirme, entre autres, que «la (re)publication récente de documents d’archives concernant la période coloniale, connus des historiens et accessibles à tous depuis longtemps, donne lieu à de nombreux commentaires et à une lecture toujours salutaire et transparente de l’histoire. Comme elle l’a déjà fait en 2017 avec l’Instance Vérité et Dignité pour lui faciliter ses travaux, la France met bien volontiers à disposition des chercheurs les archives qui sont en sa possession pour éclairer les relations qui régissaient les deux pays avant 1956 (…) En réaction à certaines allégations ou interprétations qui pourraient entretenir la confusion, l’Ambassade de France en Tunisie précise ainsi qu’aucune entreprise française ne bénéficie de conditions préférentielles ou de droits particuliers pour exploiter les ressources naturelles en Tunisie dans les domaines de l’eau, des phosphates ou du pétrole»2). Le président tunisien Béji Caïd Essebsi a réagi aussi à ces allégations de Sihem ben Troïka par une phrase contenue dans son discours commémorant le 62ème anniversaire de l’Indépendance prononcé le 20 mars 2018, au Palais de Carthage, à savoir : «Avec la signature de ce document [nda : le protocole d’accord sur l’Indépendance signé le 20 mars 1956], le peuple tunisien a recouvré son indépendance totale et non tronquée en dépit des doutes alimentés par les sceptiques». Last but not least, dans un communiqué publié par le quotidien arabophone Le Maghreb, le jeudi 22 mars 2018, «une soixantaine de professeurs universitaires [dont des historiens de renom] se sont élevés contre l’insistance de la présidente de l’Instance Vérité et Dignité, Sihem Ben Sedrine, à réécrire l’histoire de la Tunisie, notamment celle du mouvement national, dans sa "volonté de discréditer les historiens tunisiens et de déprécier leur production en ignorance presque totale de l’historiographie tunisienne contemporaine et actuelle" [en ajoutant] que les documents publiés par l’IVD "sont connus et ont circulé ", ce qui est indéniable, mais leur présentation tronquée, sélective et incomplète pose problème, surtout que Mme Ben Sedrine procède par "le mensonge par omission (en français dans le texte) (…) L’Instance a sélectionné des parties de ces archives pour construire "une fausse vérité" (…) Les semi-vérités sont une tromperie encore plus lourde que les mensonges eux-mêmes et donc peuvent être considérées comme des méthodes privilégiées par ceux qui se jouent des raisons"»3), 4).

Il faut dire qu’auparavant, le 24 mars 2017, lors de l’ouverture des séances d’audition publiques organisées par l’IVD sur les exactions commises à la fin de l'occupation française et au début de l’ère Bourguiba, Sihem ben Troïka avait appelé les universitaires et les historiens à réécrire l’Histoire de la Tunisie sur la base des données récoltées et des enquêtes réalisées par l’IVD, appel qui avait déjà suscité un tollé général dans les milieux académique et politique du pays qui y avaient vu une tentative de falsification et de récupération de l’histoire nationale à des fins partisanes. Ce qui a fait dire à l'historien Khaled Abid que l’IVD a adopté une «démarche idéologique et nullement scientifique». Dans ce cadre, il faut spécifier que ce 24 mars 2017, l’IVD s'est notamment penchée sur le sort des Youssefistes - partisans du nationaliste arabe radical Salah Ben Youssef, rival de Bourguiba à l’aube de l’indépendance – dont font partie le propre père de Sihem ben Troïka et son propre oncle maternel Ridha Ben Ammar, ce dernier fut condamné en 1957, par La Haute Cour de justice, juridiction d'exception du régime de Bourguiba, à vingt ans de travaux forcés dans l'affaire qui est connu sous le nom de «Complot Yousséfiste » et fut gracié après huit ans de détention passés à la prison de Ghar El Melh : probablement, ceci explique cela ! Rappelons aussi que le très crédible hebdomadaire Jeune Afrique  a écrit, à propos de Sihem ben Troïka, «À la tête de l'Instance vérité et dignité, elle est censée œuvrer à la réconciliation en Tunisie. Mais entre démissions [nda : composée de 15 membres, l’IVD en a perdu pratiquement la moitié4)] et soupçons de corruption, cette activiste semble faire l'unanimité contre elle», en confirmant qu’elle «avait été désignée à la tête de l’IVD avec l’appui des islamistes-d’Ennahdha et de l’ex-président de la République Moncef Marzouki» - le père de ce dernier fut également un yousséfiste notoire - et cela dans un article au titre significatif «Tunisie : Sihem Ben Sedrine, femme de discorde»5). Rappelons également ce qu’a écrit Béchir Ben Yahmed, fondateur de cet hebdomadaire, à propos de Salah Ben Youssef  et des relations de Moncef Marzouki avec le Youssefisme :«[Salah Ben Youssef  a essayé de] brandir l’étendard de la révolte et tenter, à partir de la Libye, de conquérir le sud de la Tunisie à la tête d’une "armée de libération de la Tunisie" qu’il avait constituée (avec l’argent des services spéciaux égyptiens dirigés alors, pour l’Afrique du Nord, par Fathi al-Dib, qui se prenait pour le proconsul du Maghreb arabe) (…) Le document que je reproduis ci-dessus, daté du 9 avril 1956, est authentique, et j’en détiens, depuis soixante ans, un autre, de la même eau, émis de Tripoli en mai 1956, sous le même en-tête et portant la même signature : Salah Ben Youssef, commandant en chef de l’Armée de libération de la Tunisie (…) La mémoire de Salah Ben Youssef ne s’est pas éteinte avec lui. Un autre Sudiste, Moncef Marzouki, qui a accédé à la présidence de la Tunisie à titre transitoire pendant la période où les islamistes d’Ennahdha dirigeaient le pays, a cru bon de mettre sa photo sur son bureau présidentiel. Nul n’a compris ce qu’il essayait de montrer par ce geste aussi déplacé que si un président français avait, par antigaullisme, mis celle du maréchal Pétain sur le sien»6).

Pour ce qui concerne cet appui d’Ennahdha et de Moncef Marzouki à Sihem ben Troïka, il s’explique, entre autres, par le fait que «L’IVD de Ben Sedrine était nécessaire pour Ennahdha [nda : et Moncef Marzouki] afin de faire passer une certaine lecture de l’histoire, notamment la phase de Bourguiba» 4), bête noire des islamistes, comme l’a expliqué l’historien Aleya Seghaier Amira. Ajoutons que l’IVD de Ben Sedrine était nécessaire aussi pour Ennahdha afin de taire et donc blanchir – officiellement, définitivement et juridiquement - les exactions terroristes commises par cette dernière et justifier les indemnisations que ses activistes ont déjà reçues ou vont recevoir, sujet à propos duquel j’ai écrit les vers suivants :

Les islamistes condamnés de toutes les générations
Ont réclamé, haut et fort, sans retenue ni distinction,
Une rémunération, une indemnisation,
Dont le montant, extravagant, dépassant
Le trentième du Budget de l’État du millésime courant,
Pour les périodes passées en résidence surveillée ou en prison,
Ainsi que celles durant lesquelles ils avaient perdu leur fonction,
Suite aux actions de leur théocratique Mouvement,
Avec ses exactions commises à l’égard de la population
Sans oublier leurs complots avortés, voilà bientôt trente ans,
Leurs criminels attentats à la bombe visant des innocents,
Leurs vitriolages de paisibles passants, les défigurant
Pour le reste de leur vie et les pauvres gens qu’ils ont brûlés vivants
Actions-acte-de-naissance du terrorisme islamisant
Ayant pour dessein de nous ôter tous nos droits, complètement,
Actions ayant pour but d’instaurer la Sharia, tout simplement 7)

Nous laissons la conclusion au professeur Adnan Limam : «Celle qui se positionne comme l'égérie de la souveraineté nationale a failli conclure un accord avec Microsoft Azure pour l'archivage des données audiovisuelles de l'IVD. Des archives publiques, pouvant être en lien direct avec la sécurité nationale tunisienne (1955-2013), allaient sortir du pays pour se retrouver dans les serveurs de ces multinationales… qui peuvent avoir des accointances avec les services d'États étrangers»2) !

Note ajoutée le 9 avril 2018 :

Quand les mal intentionnés se rencontrent : Al Qaïda soutient Sihem ben Troïka

Le groupe terroriste Okba Ibn Nafaâ, qui relève d’Al Qaïda, soutient Sihem ben Troïka : Dans un communiqué comportant six pages, daté du 7 avril 2018 et intitulé «Sept ans de disette après l’avortement de la révolution et l’hémorragie des richesses spoliées», le groupe terroriste «rend hommage à la présidente de l’Instance Vérité et Dignité, Sihem Ben Sedrine, qui a révélé la vérité sur les richesses naturelles du pays [et a] eu le mérite de dévoiler ces vérités historiques», appelle au djihad et «les Tunisiens à manifester contre tous ceux qui ont spolié leurs richesses et à revendiquer l’ouverture de ce dossier et des contrats qui s’y rapportent, et ce, en mettant en œuvre tous les moyens qui sont à leur disposition» 8).

Rappelons que le groupe terroriste Okba Ibn Nafaâ est responsable, en Tunisie, de plusieurs attentats meurtriers dont certains ont touché les forces armées.

Madame Sihem ben Troïka, regardez où nous en sommes à cause de votre légèreté et votre falsification de notre Histoire nationale !

Communiqué ajouté le 19 avril 2018 :

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Salah HORCHANI

* https://youtu.be/l1nFUpl8ye8

Source de cette vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=b-ZerS6pRtk

**بن سدرين: فرنسا نهبت ثروات تونس وعليها تعويضنا

1) À propos de Sihem Ben Troïka, ses parrains et l’IVD,  voir le lien suivant et ses références :

https://www.tunisie-secret.com/Sihem-Ben-Sedrine-presidente-de-l-IVD-Interruption-Volontaire-de-Democratie-_a1274.html

Voir aussi le lien suivant, pour les dernières nouvelles de Sihem Ben Troïka et de l’IVD :

https://www.espacemanager.com/un-parlement-qui-revulse-et-une-instance-qui-divise.html

2) https://fr.sputniknews.com/international/201803221035616557-souverainete-tunisienne/

https://tn.ambafrance.org/Communique-de-presse-relatif-a-l-exploitation-des-ressources-naturelles

3) https://www.espacemanager.com/plus-de-60-historiens-tunisiens-selevent-avec-vigueur-contre-les-accusations-de-sihem-ben-sedrine

4)http://www.elwatan.com/international/tunisie-une-revolution-pour-rien-02-04-2018-365555_112.php

5)http://www.jeuneafrique.com/mag/263992/politique/tunisie-sihem-ben-sedrine-femme-de-discorde/

6)http://www.jeuneafrique.com/mag/309523/politique/mission-non-accomplie/

7) Extrait de mon poème intitulé «Tunisie - Ennahdha, c’est aussi de l’islamisme conjugué avec le terrorisme et le mercantilisme», paru sous le lien suivant :

http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-horchani/061014/tunisie-ennahdha-c-est-aussi-de-l-islamisme-conjugue-avec-le-terrorisme-et-le-mercantilisme

8)http://www.businessnews.com.tn/katibet-okba-ibn-nafaa-defend-sihem-ben-sedrine,520,79215,3

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