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Billet de blog 30 juil. 2013

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L’origine des assassinats politiques et des exécutions terroristes au Djebel Chambi en Tunisie

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Deux accolades qui en disent long : la première entre  Abou Iyadh al-Tounsi et Noureddine Khadmi et la seconde entre Hamadi Jebali, Premier ministre islamiste tunisien,  et  le sénateur américain John McCain, ancien candidat malheureux à la présidence des États-Unis, vaincu par le démocrate Barack Obama, en visite en Tunisie, au mois de février 2012, à la tête d’une délégation de sénateurs américains composée de républicain et de démocrates.

Noureddine Khadmi est Ministre des affaires religieuses, sans interruption, depuis l’avènement du pouvoir islamiste en Tunisie. Il fut auparavant  imam de la mosquée fondamentaliste  El Fath, tenue par les salafistes. Voici un Ministre représentant l’État dans les bras du Chef des salafistes djihadistes tunisiens Abou Iyadh al-Tounsi. De plus, ce Ministre de la République, avec d’autres hauts responsables et figures historiques  d’Ennahdha (Parti islamiste tunisien au pouvoir), dont des députés de l’Assemblée Nationale Constituante, étaient présents au Congrès du Mouvement dirigé par Abou Iyadh al-Tounsi et appelé « Ansâr ach-Charî’a » (littéralement les « alliés » ou les « adeptes » de la Charî’a), lors de sa session 2012 qui a eu lieu à Kairouan le dimanche 20 mai, dans le voisinage immédiat de la célèbre Mosquée Oqba Ibn Nâfi’, comme le montre la terrifiante vidéo ci-dessous où l’on aperçoit des salafistes et leur lugubre drapeau noir perchés en haut de l’enceinte de ladite Mosquée.   

http://www.youtube.com/watch?v=49hsA5EzFX8

Dans son discours *, à l’occasion de ce Congrès, Abou Iyadh al-Tounsi, défiant, conformément à son habitude, les autorités islamistes au pouvoir, s’est déclaré être prêt pour une confrontation avec elles, en affirmant  ouvertement son intention de combattre pour l’application de la Charî’a en Tunisie et  en dévoilant clairement sa sympathie avec Al Qaîda. D’ailleurs, un des slogans les plus fortement criés par la foule est : « Obama ! Obama ! Kolouna Oussama ! » (Obama ! Obama ! Nous sommes tous des  Oussama [Ben Laden]), sans oublier leurs slogans menaçants anti-juifs habituels inacceptables, comme on peut le voir sur cette vidéo. Et ce, devant les personnalités d’Ennahdha citées ci-dessus : c’est comme si un courant minoritaire d’un parti politique menaçait et narguait son courant majoritaire au pouvoir. Et tout cela, Al Qaîda le sait bien. Ainsi, selon le journal algérien Al-Fajr, Al Qaîda au Maghreb Islamique (AQMI) a adressé dernièrement un message, diffusé sur son site officiel, aux dirigeant d’Ennahdha les conseillant d’être plus bienveillants envers Abou Iyadh al-Tounsi et ses partisans et de consulter les savants et exégètes de l’Islam plutôt que de vendre leurs âmes aux pays occidentaux, en l’occurrence la France et les États Unis, en leur rappelant que c’est grâce à Ansâr ach-Charî’a  qu’ils sont aujourd’hui au pouvoir. Il convient de signaler, dans ce contexte, que dans tous les rassemblements publics d’Ennahdha, son drapeau côtoie celui d'Ansâr ach-Charî’a, la réciproque étant fausse.  En outre, le pouvoir islamiste tolère qu’Ansâr ach-Charî’a contrôle plusieurs centaines de mosquées à travers le pays. De plus, dans l’une d’elles (mosquée de Douar Hicher), la police a trouvé une importante cache d'armes. Ce qui montre, encore  une fois, que l’intersection d’Ennahdha et d’Ansâr ach-Charî’a est loin d’être un ensemble vide, intersection qui constituerait, en réalité, le bras armé secret d’Ennahdha.

Abou Iyadh al-Tounsi, de son vrai nom Seif-Allah Ben Hassine, est le nom de guerre pris par ce dernier dans les camps djihadistes d’Afghanistan et du Pakistan. Ancien militant d’Ennahdha qui fut transformé en un pur produit, deuxième génération, de l’appui occidental, en général, et américain, en particulier,  apporté au courant wahhabite saoudien et à sa branche terroriste, à l’époque de la guerre froide, pour contrer "l’ennemi communiste". Ansâr ach-charî’a  a été mis en cause, entre autres, dans l’attaque, qui a eu lieu le 14 septembre 2012, contre l’ambassade des États Unis d’Amérique et de l’École américaine à Tunis, en les prenant d’assaut, les saccageant et les incendiant, en retirant le drapeau américain pour hisser l'étendard noir salafiste à sa place. Cette attaque a conduit à la mort  de quatre assaillants et à une centaine de blessés. Suite à cette mise en cause, Abou Iyadh al-Tounsi est entré dans une soi-disant clandestinité, tout en se permettant des apparitions sporadiques, principalement par médias interposés, bien que « activement »  recherché par toutes les polices du pays ! Qui plus est, le 17 septembre 2012, après un prêche menaçant, annoncé auparavant par les pages des réseaux sociaux salafistes, devant ses partisans enflammés, donné à la mosquée El Fath, encerclée par les brigades anti-émeutes venues l’appréhender, Abou Iyadh al-Tounsi a quitté les lieux, libre, entouré de ses gardes du corps, au vu et au su de ces brigades chargées de l’arrêter, car ces derniers ont reçu l’ordre de se retirer pour le laisser repartir sans être inquiété. La réponse à cette autre preuve, sans appel, de la complicité flagrante entre les islamistes au pouvoir et le mouvement Ansâr ach-charî’a a été fournie, en une phrase, par le porte-parole du ministre islamiste de l’intérieur de l’époque, aujourd’hui premier ministre : «Les agents des forces de l’ordre ont effectué un repli tactique  pour ne pas entrer en confrontation avec [les salafistes] » (sic). Cette phrase n’a rien à envier à celle du dit ministre, pour justifier la désorganisation des forces de l’ordre et leur incapacité avérée de ne pas avoir pu protéger l’Ambassade et l’École américaines contre l’attaque des partisans d’Abou Iyadh al-Tounsi, à savoir : «nous les attendions par devant [l’Ambassade], ils sont venus par derrière » (re-sic). 

Ce qui prouve, encore une fois,  la responsabilité des Etats-Unis dans l’émergence des mouvements islamistes y compris terroristes, en « jouant » cette carte contre leurs présumés ennemis ou les gêneurs potentiels de leurs intérêts. Et cela a été enfin reconnu officiellement, après plusieurs décennies de soutien politique, financier et logistique à ces mouvements, par la Secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton (voir vidéo ci-dessous) : « Les gens contre qui nous nous battons aujourd’hui, nous les avons créés il y a vingt ans (…) Ronald Reagan [et] le Congrès dirigé par les démocrates (…) ont dit : (…) "recrutons ces moudjahidines (…) faisons venir aussi des gens d’Arabie Saoudite et d’ailleurs et laissons-les importer leur mouvement wahhabite et nous pourrons vaincre l’Union Soviétique " ».

http://www.youtube.com/watch?v=q3AOa-XXwx8&feature=related

Déjà, en 1998, Zbigniew Brzeziński, conseiller pour la sécurité nationale du Président Jimmy Carter de 1977 à 1981, affirma, dans une interview au Nouvel Observateur, que le Président Carter avait signé la directive pour la formation des moudjahidines bien avant l’invasion soviétique de l’Afghanistan pour « attirer les Russes dans le piège afghan ».  Quand le journaliste l’interviewant lui demanda s’il n’avait pas regretté cela, il répondit : « Qu’est-ce qui était le plus important pour l’histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l'empire soviétique ? ». Il convient de mentionner dans ce contexte que c’est Zbigniew Brzeziński qui est le véritable parrain de l'idée que les forces islamistes pouvaient être utilisées contre l'Union soviétique**.

Salah HORCHANI

* Voir l’article intitulé “Radical Islamists urge bigger role for Islam in Tunisia”, paru sous le lien:

http://in.reuters.com/article/2012/05/21/tunisia-salafis-idINDEE84K03420120521

où l’on retrouve, à partir d’extraits du discours qu’a fait ce jour-là  Abou Iyadh al-Tounsi , les grandes lignes du programme de son mouvement.

**http://moulayhicham.net/sites/default/files/le_monde_diplomatique_635_fev_2007.pdf

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