Lina Ben Mhenni, nouvelle étoile du firmament

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Elle était frêle, elle était menue, mais, quelle grande dame
La faucheuse l’a emmenée l’année de ses trente-six ans
Toute sa vie durant, dans un combat tout feu tout flamme
Situé aussi bien avant qu’après la Révolution
Jusqu’à la veille du jour où son corps fut sans âme
Elle était, à la fois, un parti, un média, une association
À elle toute seule, les trois formant une même trame
C’est elle qui a fait découvrir au monde entier les exactions
Pendant la Révolution, de Ben Ali et ses quidams
Grâce à ses vidéos postées sur les réseaux sociaux, principalement
Et ses réguliers interviews et reportages diffusés sur France 24 via webcam
Sur le point de la situation et les victimes de la policière répression
Sur ses visites effectuées dans divers lieux, et sur ce qui s’y trame
Elle s’était rendue à Sidi Bouzid le lendemain de l’immolation
De Bouazizi, qui, de la Révolution, fut l’annonciatrice lame
Elle y était allée, toute seule, sans prévenir quiconque, discrètement
Son appareil photo, comme compagnon, mais, dans la tête, tout un programme
Le jour même, sur son blog, « A Tunisian Girl », apparaît la colère des habitants
De tout un peuple qui, dans le feu et le sang, le départ de Ben Ali, réclame
Ses images sont alors relayées, partout, sur divers sites d’information
Et, parlant parfaitement trois langues, elle élargit, de ses informés, la gamme
Elle fut de toutes les luttes, depuis celle contre la corruption
La dictature,… jusqu’à celle défendant les droits des femmes
Malgré les menaces de mort et les risques de prison
Elle avait soutenu toutes les victimes dans leur drame
Les victimes lors du révolutionnaire soulèvement
La liberté de conscience et du calame
Furent aussi objet de son engagement
Ainsi que le combat contre les ténèbres de l’islam
Portées par les adeptes de la théocratisation
De l’État, pour qui tout se ramène à « halal ou haram »
Sans oublier celui pour les libertés d’opinion

Elle avait collecté des dizaines de milliers de livres et documents
Pour les bibliothèques des pénitenciers établissements
En sillonnant le pays du nord au sud, du levant au ponant
À la pensée « Lire des livres, lire délivre », elle croyait fermement
Elle s’est battue pour que les prisonniers puissent vivre dignement
Ce fut l’un de ses derniers combats qui a permis l’introduction
Du cinéma et du théâtre dans la vie carcérale, récemment
Un brin de culture susceptible de contrecarrer, probablement
En ce milieu, l’avancée observée de l’intégrisme rampant
Et qui permet au prisonnier de s’évader, culturellement
En libérant son esprit tourmenté par son incarcération
En oubliant quelque peu les conditions de son enfermement
Dominé par l’ennui, la maladie et les humiliations
Pour les causes à défendre, elle avait de l’imagination
Et pour affronter l’injustice, elle ne manquait pas de talent
Et cela, avec une santé fragile, depuis qu’elle était enfant
Avec une maladie auto-immune la faisant souffrir terriblement
Celle-là même qui l’a arraché à ses amis, à ses parents
Qui l’ont vue s’éteindre, devant leurs yeux, lentement, longuement  
Elle aimait farouchement notre Tunisie, sa Patrie, sa Nation
Avec une bienveillance particulière envers les petits gens
Et un désir d’engagement pour le bonheur de tous, sans exclusion
Qui le lui a rendu superbement, le jour de son enterrement
Sous un ciel d’une beauté exceptionnelle, de couleur bleu éclatant
Quand des milliers l’ont accompagné vers son dernier appartement
Sa dernière demeure, situé au Djellaz, au « Carré des grands»
Avec des fleurs, des youyous, des chants est des applaudissements
Avec l’hymne national et des slogans de ses thèmes de prédilection
Et Lobna Noomene concluant la cérémonie par deux émouvantes chansons
Dont «Mazelti Khadhra» de Hbiba Msika, une de nos plus grands artistes de tous les temps [1]
Et, cerise sur le gâteau, du jamais vu dans un pays musulman
Son cercueil fut porté aussi bien par ses ami.e.s que par ses compagnons
Alors que cette tâche, dans ces pays, est réservée aux hommes, traditionnellement
Qui plus est, exclusivement les hommes ont le droit, aux enterrements, d’être présents
Les femmes en sont bannies, le défunt fut-il leur père, mère, conjoint ou enfant
Quel beau défi lancé aux obscurantistes et associés, dans son assomption
Qui n’ont pas tardé à crier au scandale et à vociférer bruyamment
Contre ces femmes libres qui ont osé faire fi des coutumes et traditions
En faisant voler en éclats les normes patriarcales de l’asservissement
Pour les droits des femmes, elle s’est battue, constamment, pour leur élargissement
À commencer par l’adoption de l’égalité femme-homme dans les successions
Étape nécessaire pour avancer sur le chemin de leur émancipation

Il s’agit de Lina Ben Mhenni, nouvelle étoile du firmament
À la fois, icône et égérie du combat de sa génération
«Pour la liberté, la dignité et la justice sociale», slogan
Qui, avec le fameux «Dégage», représente notre Révolution
Pour les droits humains, elle a été de toutes les mobilisations
En défense des innombrables causes en lesquelles elle croyait profondément
Lina était de chaque manifestation, de chaque rassemblement
Et c’est dans ces circonstances que la société civile et ses militants
Ont pu apprécier la sincérité de cette femme de convictions
Celle dont l’état de santé l’a contrainte à vivre son enfance différemment
Des autres enfants avec ses soins, ses précautions et ses interdictions 
Celle qui, enfant maladive, a débuté son premier combat de front
Contre un mal sournois, à son rythme, quotidiennement, la pliant
Qui l’a conduite plus tard à des insuffisances rénales, notamment
Et, malgré le don d’organe de sa mère, à des complications, finalement
Après « douze années [dit-elle, non] prisonnière de mon propre corps, vécu[es] pleinement
Grâce à elle, j'ai voyagé, bougé, filmé, couru, crié, vécu la Révolution 

Le jour de la Fête de l’amour, en 2007, ma mère m’a offert le plus grand présent
En me donnant naissance une deuxième fois, ce jour de mon anniversaire second
Elle m’a offert une partie intégrante de son corps qui m’a permis de vivre douze ans
Encore, elle m’a offert son rein, cadeau le plus précieux que j’ai reçu jusqu’à maintenant
Mon père aurait bien voulu me donner son rein, mais, il y a discordance, médicalement
Ma mère est aussi toujours présente dans tous les combats et actions  que nous menons
 »
Elle a dit cela, dans un hommage rendu, le 14 février 2019, à sa maman
Emna Ben Ghorbal, dans un élan d'amour filial bouleversant, émouvant
Le jour du douzième anniversaire de sa maternelle rénale transplantation
Dans l’émission « Tabaani » de Radio Ifm, diffusée directement
Merveilleux combats complices où la survie et l’idéal rentrent en conjugaison
«Mom you gave me birth twice» avait-elle écrit dans un post Instagram, précédemment
Sa vie coulait au gré de ses maux chroniques et de ses occupations
Militantes ; elle savait qu’elle était en sursis et qu’elle n’avait pas le temps
Aussi, son engagement ne se projetait pas sur le terme long
Son militantisme est héréditaire, elle l’avait déjà dans le sang
Elle l’avait hérité de son père Sadok, à Bourguiba, opposant
Homme de gauche qui a participé à la fondation de la section
Tunisienne d’Amnesty international, qui a connu la privation
De liberté pour son appartenance au «Perspectives» Mouvement
Et dont le corps porte encore les stigmates du traitement
Subi, avant et pendant son emprisonnement
Dans les activités de Lina, Sadok était présent à ses côtés, souvent
Non seulement en tant que père, mais, aussi, en tant que camarade combattant
Pour les mêmes idéaux de gauche portés par leur respective génération     
Entre eux, existe une complicité père-fille observée rarement
Exprimée par la photo militante ci-dessous, merveilleusement
Qui se passerait de toute légende et autre explication
Elle a vécu avec un pronostic vital engagé régulièrement
Transformant sa fragilité en force, elle a participé aux compétitions
Des Jeux mondiaux des transplantés en 2007 et 2009, en remportant
À deux reprises la médaille d'argent en marche athlétique, triomphalement
Témoin de l’état de notre système sanitaire, elle a alerté l’opinion
Sur la pénurie de médicaments dans les hôpitaux, et leur dégradation
Sur l’impossibilité pour le citoyen de se faire soigner correctement
Le citoyen de condition modeste, pour l’autre, c’est beaucoup moins alarmant
Et sur les laisser-aller dans les services publics et leur effondrement
Elle est restée combative jusqu’au bout, jusqu’à la veille de sa disparition
Son dernier billet a été publié, sur son blog, le 26 courant
On y trouve son dernier coup de gueule portant sur une amère constatation :
«Nous sommes un peuple qui n’apprend pas de son passé
Et qui n’apprend pas les leçons de l’Histoire
Nous sommes un peuple à la mémoire mutilée
Ou, laissez-moi dire, qui n’a pas de mémoire»
Résumant la cause de l’échec de notre famille moderniste, parfaitement
Et l’état d’immoralité de notre classe politique actuelle, généralement
Représenté par le « je t’aime, moi non plus » du couple Ennahdha-Qalb Tounes, clairement
Et, une semaine auparavant, bien qu’épuisée, elle a participé activement
Aux travaux du Festival de la littérature féminine arabe, en présentant
Trois communications et en contribuant à la réussite des ateliers afférents
Je reproduis ci-dessous [2] le billet qu’elle a rédigé sur cet évènement
Il est en arabe, mais, on peut y accéder par Google Traduction
Où elle parle de ses douleurs et souffrances, mais sans se plaindre nullement
Et, aussi, de sa joie et son bonheur d’avoir vaincu la maladie, même temporairement
Pour pouvoir assister à ce Festival qui l’a comblé en amour des participants
Suivi d’une photo montrant sa fatigue et son état de santé en affaiblissement
Un tel courage dans la souffrance, et la surmontant, ne peut que susciter l’admiration
Et dénote chez elle une détermination à se battre jusqu’à l’ultime essoufflement
À se battre pour tous ses idéaux qui étaient sa raison d’être, intensément
Courage d’un bout de femme au corps malade et chétif qui, historiquement
Reste celle qui a bravé la police de Ben Ali, qui journellement
La menaçait, pour documenter leur terrible répression, mondialement
Caméra au poing, pour filmer leurs violences dans les affrontements sanglants
Et partager ses vidéos sur les réseaux sociaux et chaînes de télévision
Ainsi, elle a fait découvrir au monde des vidéos montrant des manifestants
Tués par les balles de la police, alors qu’ils manifestaient pacifiquement
Alors que le silence médiatique, surtout national, était assourdissant 
Et, il en était de même pour le silence des chancelleries, scandaleusement  
Rappelons-nous des propos effrayants d'Alliot-Marie et sa proposition
Du «savoir-faire français» à la police tunisienne face aux manifestations 
       
Sa vie fut un hymne à la résistance, tous azimuts, à tout moment
Pour lequel elle avait reçu un international admiratif couronnement
Avec des prix prestigieux et, au Prix Nobel de la paix, une nomination
Elle mérite bien une place dans notre national Panthéon
Elle que le pouvoir post-révolution a sous-estimée de son vivant
Principalement celui qui fut dominé par Ennahdha et ses tartempions
Je tenais absolument à le dire, bien qu’elle n’eût jamais, des honneurs, l'obsession
Bien au contraire, elle était philanthrope et désintéressée, complètement
Le mal qui la rongeait a eu le dessus sur la détermination
Dont elle avait fait preuve dans ses autres batailles, malheureusement
Batailles qui ont auréolé sa courte vie d’un exceptionnel bilan
Où l’abnégation et le courage sont les principaux ingrédients
Elle a fait face aux intimidations et menaces vaillamment
Ainsi qu’aux répétées agressions et campagnes de diffamations
Et le lecteur pourrait deviner de la part de qui, évidemment
Jusqu’à être placée sous protection policière, continûment
«Vivre, c’est résister et s’engager» fut sa devise en tout instant
« Je suis la militante de toutes les causes », elle s’est décrite dernièrement  
Elle est partie beaucoup trop tôt, elle nous manquera énormément
Et, surtout à tous ces sans-voix, objet de toutes ses actions
Mais, son esprit nous soutient déjà dans tout ce que nous entreprenons
Pour atteindre les objectifs pour lesquels elle a donné tant et tant
Son flambeau s’est éteint, mais, sa flamme a allumé d’autres, auparavant
Elle demeurera pour nous un modèle de l’humain comportement
Et, pour les générations futures, une source d’inspiration
De là-haut où elle se trouve, elle nous éclairera constamment
Et, à poursuivre son combat et son œuvre, nous nous engageons

« Lina, repose-toi, repose-toi ! Le combat, on le poursuivra ! »
« Lina, rassure-toi, rassure-toi ! Le combat, on le continuera ! »
« Oui, on mourra, mais, l’oppression de notre terre, on arrachera ! »
Ce sont les slogans qui furent les plus scandés, lors de ton enterrement

Salah HORCHANI

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[1] https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=2680868058808471&id=100006559098830

[2] Tunisian Girl بنية تونسية Lina Ben Mhenni

21 janvier, 22:37 

وأواصل الحديث عن انتصاراتي و انهزاماتي الصغيرة مع المرض اللعين حتى و ان حاول بعضهم اثنائي عن ذلك . خلال الاسبوع الفارط هزمت المرض و لو ليومين وعاندت جسدي الضعيف,فقد دعيت للمشاركة في فعاليات مهرجان أدب المراة العربية ب3 مداخلات بالاضافة الى المشاركة في اغلب الورشات و اللقاءات الأخرى لنساء من العراق و الاردن و مصر و لبنان و المغرب و اليمن بينما حرمت مشاركة سورية من المشاركة لأنّها لم تمنح الفيزا .
ابتدأت يومي الأول بعزيمة حديدية اكتسبتها من حب صديقاتي و أصدقائي و طبعا عائلتي و مفاجآتهم المتعددة و شاركت في أغلب الفعاليات و تنقلت من مكان الى مكان اذ اقيم المهرجان في المدينة العتيقة لتونس و استوجب علينا تغيير الاماكن حسب الانشطة رغم الآلام التي كانت تمزق جسدي و شاركت في النقاشات و قد زادني حب المشاركات قوة و خاصة الكاتبات و الاديبات التونسيات اللاتي أشبعنني حبا و اعتنين بي و ساعدنني في تنقلاتي وواصلت النشاط الى الساعة العاشرة ليلا .
عندما عدت الى البيت تعكرت حالتي الصحية و لم أتمكن من النوم بين غثيان و حاجة ماسة الى الاكسيجان للتنفس و ارتفاع للحرارة .
و في اليوم الثاني ظنّ الجميع أنني سألازم الفراش منهزمة و لكنني واصلت نشاطي و قد رافقني والدي ليسندني و رغم الارهاق فقد شاركت في النقاشات و ألقيت نصا ابداعيا عن بغداد سبق و أن نشرته يوم القائه على حائطي في هذا الفضاء الاورق فصفق الجميع و بكوا ...
وشاركت في حفل الاختتام ...
طبعا دفعت ثمن ذلك بنفس الطريقة التي دفعته في الليلة السابقة و لكنني كنت أشعر بالقوة و السعادة و الفخر فلقد هزمت المرض و لو لسويعات و تركت ذلك الفراش الذي ألزم منذ شهرين و قمت بنشاطات تشحنني عزيمة وتساعدني على مقاومة اللعين ...

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