Les femmes sont une voix, pas un écho

Droits des femmes au Koweït: les femmes activistes en Europe doivent respecter notre identité propre et traiter avec nous comme voix libre et indépendante et non comme un écho de leurs voix, sans révisions ou critiques. Par Eman Shamseddin, écrivaine et chercheuse koweitienne

Écrit par : Eman Shamseddin

Étant plus enclines à subir des violations des droits et se voir refuser une reconnaissance en tant que personnes qualifiées et indépendantes, parler de l’égalité des femmes implique une approche sur plusieurs niveaux différents.

Il y a selon moi trois éléments importants à considérer concernant le problème entourant les droits des femmes au Koweït :

Le premier concerne la nature de notre communauté d’un point de vue géographique, le Koweït faisant partie du monde arabe et se situant dans le Golfe. Le monde social y comprend un mélange de traditions, de valeurs historiques et idéologiques ainsi que des attitudes, des comportements hérités et des idéaux fixes de la satisfaction personnelle et commune.

Le second est l’alliance entre les autorités étatiques et les autorités religieuses au Koweït. Celle-ci ne repose pas sur une conception élargie et ouverte de la religion et de la foi mais plutôt sur un conservatisme strict associant la religion aux interdictions traditionnelles liées aux tabous culturels ; il s’agit d’une façon de penser que les occidentaux pourraient qualifier de « médiévale ». Ce consensus parmi les élites du pays rend tout changement difficile et érige de puissantes barrières contre toute personne recherchant la réforme.

Le troisième est le fait qu’étant les plus touchées par ce contexte, les femmes en sont à la fois la cause et les victimes. Elles en sont la cause en acceptant souvent leur situation, allant jusqu’à affirmer leur satisfaction avec celle-ci ; la plupart défend ce système contre toute critique ou tentative de réforme.

Ceci est dû à de nombreuses raisons, les plus importantes étant :

  1. Les réactions à des revendications féministes plus radicales, impopulaires car elles défient les normes sociales trop ouvertement, menaçant ainsi les idéaux de la satisfaction personnelle et commune.
  2. Les réactions au sein de la société conservatrice, en particulier de la part des autorités religieuses, contre tout changement, même juste. La majorité des femmes dans le Golfe ont intériorisé certaines des idées diffusées par les autorités religieuses.
  3. La vieil isolement des femmes et de leurs demandes en politique et dans les mouvements de droits humains. Ceci a eu pour conséquence une ignorance généralisée (si ce n’est un aveuglement) des intérêts et demandes des femmes, même chez des activistes.

Les obstacles rencontrés par les femmes activistes dans les mouvements de réforme :

  1. Liberté : les femmes n’ont toujours pas le pouvoir de prendre leurs propres décisions. Il y a eu des progrès au Koweït à travers les dernières décennies, mais même dans le contexte de la mondialisation, les femmes souffrent toujours et continuent de se battre pour leur indépendance personnelle aux niveaux législatif, légal et politique en tant que partenaires dans la planification et la prise de décision. La liberté d’expression est aussi limitée pour les femmes. Il existe de nombreuses règles empêchant les individus de critiquer le gouvernement ou ses politiques et nombreux sont ceux ayant été emprisonnés pour de simples tweets. Lorsque des pères, des époux et des frères vivent dans avec réalité politique, ceux-ci refusent souvent que les femmes et filles (qu’ils considèrent souvent comme leur propriété) interagissent avec des objets politiques et des problèmes publics. Ils agissent ainsi de manière à se prémunir de tout scandale et de toute gêne qui résulterait de l’arrestation d’une femme dans une telle société. Cette logique renforce l’isolement des femmes de la politique et de la culture, ce qui a pour effet de les rendre généralement peu intéressées par ces sujets. Les femmes sont ainsi encouragées à se concentrer et à porter sur attention sur seulement un ou deux rôles étroits dans leurs vies, gâchant leur temps et leurs capacités et favorisant l’inertie sociale et politique.
  2. Discrimination : les femmes souffrent de discrimination de manières diverses :

- Les femmes sont toujours engagées dans un combat difficile pour diriger plusieurs postes du gouvernement et être reconnues comme partenaires dans la planification et la prise de décision. Cette lutte existe aussi à travers la société et dans de nombreuses institutions, ainsi que dans le cadre de courants politiques, les partis politiques n’étant pas encore légaux au Koweït 

- Les femmes mariées à des koweïtiens et en prenant la nationalité sont cibles de discrimination et sont considérées comme des étrangères. Les arabes naturalisées sont confrontées à des discriminations en raison de leurs accents. Le racisme et la xénophobie empêchent ainsi ces femmes de participer à des mouvements publics ou a des activités sociales et politiques.

- De la part de féministes plus radicales exprimant leur soutien pour des changements plus drastiques dans une société hautement conservatrice demandant une réforme progressive et graduelle. Les femmes activistes en Europe doivent respecter notre identité propre et traiter avec nous comme voix libre et indépendante et non comme un écho de leurs voix, sans révisions ou critiques

Les femmes vivant dans cette société conservatrice, avec un gouvernement profondément conservateur, sont confrontées à de nombreux défis. Il arrive que nos familles souffrent avec nous, étant donné la possibilité que nous nous exposions à des interrogations ou arrestations, ainsi qu’au harcèlement de la part d’hommes se sentant menacés par nos idées et nos opinions. Malgré toutes les souffrances que nous devons endurer, nous poursuivons le combat pour nos droits et pour la justice, il s’agit du seul et unique choix pour nous. 

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