S'il vous plaît... dessine-moi un gilet jaune !

Gonflés de mépris et sûrs de leur coup, MACRON et la caste qui l'a fait roi n'ont pas daigné, des semaines durant, lâcher la poignée de queues de cerises qui leur était réclamée. Comme dans une banale affaire de violence domestique où celui qui cogne et maltraite fonde son sentiment d'impunité sur des années de peur et de résignation. Et comme dans la plus banale des affaires de violence domestique, celui qui finit par percevoir que sa victime lui échappe (échappe à son génie de la manipulation) supplie qu'on le comprenne et qu'on lui laisse encore une chance, appelle au dialogue, promet de s'amender et jure qu'à l'avenir... Oui, rien que ça: qu'on lui laisse du temps, un moratoire en quelque sorte. Le temps de se refaire, mais de se refaire quoi ? Un blindage plus épais, des ruses nouvelles, encore plus d'insensibilité et de dédain... Jusqu'où peut-on aller trop loin ? Les hommes d'argent caparaçonnés d'indifférence à la douleur des autres ne se posent jamais la question. Ils sont habités de la certitude qu'ils trouveront toujours le moyen de faire les poches à leurs semblables sans qu'ils ne réagissent. Ils sont convaincus que les petites gens sont négligeables par manque d'esprit, d'ambition et de volonté. Tandis qu'eux...

Il fallait voir, un de ces soirs, sur un quelconque plateau télé, un cénacle de personnalités faisant mine d'écouter religieusement le gilet jaune de service. Pire que le mépris affiché, le mépris dissimulé. Le masque de l'empathie et de la bienveillance plaqué sur des visages de pierre. On trouvera bien le moyen de les user et de les faire rentrer dans le rang semblaient-ils penser. Mais le troupeau, inerte depuis des décennies, ne veut plus. Ne veut plus se contenter de revendications raisonnables, ne veut plus acquiescer aux innombrables refus magistralement chiffrés, ne veut même pas désigner de plénipotentiaires certifiés convenables, rechigne à se "structurer", ne pense même pas à préparer une liste pour les européennes... Quelle honte ! Refuse la main tendue, le dialogue, le bon sens, les bonnes manières, les sacrements... On en vient à regretter la moustache de MARTINEZ et on finira par trouver JLM très correct ! 

Alors la peur suinte. Car le pays dont le prince est un enfant gâté bouillonne, et tout le monde finit par comprendre que "les gens", s'ils avaient comme prévu sagement avalé les couleuvres, ne les avaient jamais digérées. Ceux qui savaient mais ne voulaient pas savoir font mine désormais de ne pas comprendre: pourquoi maintenant, pourquoi comme ça ? Et le peuple qui ne peut plus être trompé par les grosses ficelles des commissions et des états généraux destinés à enterrer les questions qui fâchent s'en fiche, et s'irrite de plus en plus qu'on puisse encore le croire à ce point "abusable". Personne ne savait où se trouvait la ligne rouge, mais il est sûr que le pouvoir l'a franchie.

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