7000 têtes (nucléaires) et bien peu de cervelle

Nous voilà bien. Depuis que la tyrannie du nucléaire "maîtrisé" fait peser sur le monde cette chape d'angoisse diffuse et résignée, la perspective qu'un dément parvienne au pouvoir dans l'une ou l'autre des puissance atomiques n'a cessé de hanter jusqu'aux plus chauds partisans de "l'équilibre de la terreur".

Nous voilà bien. Depuis que la tyrannie du nucléaire "maîtrisé" fait peser sur le monde cette chape d'angoisse diffuse et résignée, la perspective qu'un dément parvienne au pouvoir dans l'une ou l'autre des puissance atomiques n'a cessé de hanter jusqu'aux plus chauds partisans de "l'équilibre de la terreur". Naturellement, pareille catastrophe ne pouvait se produire qu'à l'initiative d'un géronte soviétique consumé de rancœur  à l'égard des démocraties triomphantes. Voire, plus récemment, d'un de ces états voyous où, de notoriété publique, la vie humaine a bien peu de valeur. Le fondement d'une telle certitude est naturellement l'idée que les états "à vocation pacifique" ont un usage éclairé et civilisé de ces armes terrifiantes, qui ne seraient entre leurs mains rien moins que les instruments du maintien de la paix par d'autres moyens, comme pourrait le dire Clausewitz s'il était encore de ce monde. Qu'on retrouve à la tête de ce club exclusif et fréquentable le seul pays à en avoir fait usage ne trouble guère les beaux esprits dont la mort est le métier: il est acquis qu'il s'agissait, en 1945, de hâter la fin de la guerre dans le Pacifique, dans le seul but d'épargner les vies d'innombrables soldats américains et alliés engagés dans un ultime et sanglant affrontement avec un adversaire toujours redoutable. Winston CHURCHILL, dans ses Mémoires de guerre, le justifie avec tant de candeur et d'ingénuité qu'il serait presque indécent de trouver cela déraisonnable... Il y a donc un précédent: la guerre atomique a bien eu lieu, et nullement dans des circonstances dites de dernier recours: ni le territoire, ni la survie du peuple américain n'étaient menacés au point d'en être réduits aux dernières extrémités.  Moins de dix ans après le carnage, l'armée et les responsables politiques US étaient pourtant tentés de récidiver. Bien peu d'entre nous aujourd'hui savent qu'en pleine bataille de DIEN BIEN PHU le gouvernement français de l'époque a sollicité une intervention nucléaire américaine pour dégager les troupes prises dans la nasse. Il s'en est fallu de peu, les autorités américaines y étant favorables, que le plan  ne soit mis en oeuvre.

Donald TRUMP aux manettes, c'est un mammouth en furie dans ce magasin de porcelaine qu'est l'équilibre des relations internationales. S'il est difficile de se prononcer sur sa santé mentale, il fait peu de doutes en revanche que son apparent mépris des usages et prudences diplomatiques cache une ignorance abyssale de tout ce que l'Histoire peut nous enseigner. Il faut voir TRUMP pour ce qu'il est: un avatar du clintonisme en tant que dynastie politique qui n'avait rien de moins cynique à opposer aux ravages de l'intégrisme libéral que cette saillie désespérante: it's the economy, stupid ! La parenthèse OBAMA, bien peu enchantée au demeurant, n'a fait que retarder le moment où le petit peuple divorcerait avec fracas de ces élites mondialisées, bien plus rapaces et gloutonnes que préoccupées du bien commun. C'est de ce marécage sordide, où le gouvernement fédéral fait désormais figure d'appendice repoussant de WALL STREET, qu'est parvenu à s'extirper l'inénarrable Mr TRUMP, pour qui la politique étrangère s'apparente à une descente de flics à Brooklyn. Il ne faut pas compter sur lui pour s'interroger sur la légitimité qu'ont les Etats-Unis à peser de tout leur poids dans des conflits qui, au fond, ne les regarde guère: du proche-orient au Vénézuela, de l'Iran à la Corée, en passant par la vieille Europe gourmandée comme une ex encombrante et onéreuse. On a pu attendre des Etats-Unis, depuis la fin du premier conflit mondial, qu'ils interviennent en effet ponctuellement sur la scène mondiale, mais avec l'objectif de rééquilibrer des rapports de force dégradés. Pas de contribuer à les détériorer au profit de puissances régionales hégémoniques menant des politiques aveugles et de court-terme. Pas dans l'intention d'accroître démesurément  leur puissance ou leur zone d'influence au détriment de la sécurité du monde. 

Il ne faut guère plus compter malheureusement sur les autres grands de ce monde pour s'opposer résolument au fait accompli que représente l'occupation illégale de territoires par Israël, en dépit des résolutions de l'ONU qui la condamne. En appeler, comme c'est le cas depuis hier, au respect du droit international quand celui-ci est bafoué depuis cinquante ans sans qu'aucune mesure coercitive ait jamais été envisagée, est de la dernière hypocrisie, tant le statu-quo et le temps jouent en faveur de la puissance occupante. Un peu comme Adolf HITLER à Munich, TRUMP  joue avec cynisme des petitesses et des béantes faiblesses de l'Europe, sachant bien que ces tigres de papier ne vocifèreront que pour la galerie et pour sauver la face. On ne mourra pas plus volontiers pour Jérusalem que pour Dantzig. TRUMP en est convaincu, lui pour qui le droit doit s'effacer devant la force, quand cette dernière est déterminée et qu'elle ne s'embarrasse pas de génuflexions et de ronds-de-jambe. C'est donc un hommage à la force brute et résolue, à l'action impitoyable menée par l'armée "la plus morale du monde" qu'a rendu TRUMP hier, en même temps qu'il signifiait une fois de plus son mépris pour les démocraties "molles" qui vivent aux dépens et sous la protection de la Grande Amérique.

Quand et à qui Mr TRUMP déclarera-t-il la guerre, si tant est qu'il prenne la peine de respecter les usages en la matière ? L'Iran semble tenir la côte, ou le Venezuela, et pourquoi pas le Mexique, ou le Canada, tant nous sommes tout près de consentir à ce retournement radical de l'Histoire que représenterait une réhabilitation des guerres de conquêtes territoriales. Il n'y a pas que les futurs lointains qui soient inconcevables; le recours aux recettes du passé l'est tout autant, avant qu'elles ne finissent par sembler de nouveau parfaitement acceptables. 

Convaincue que l'expérience a pleinement démontré le bien-fondé de la déclaration contenue dans la Constitution de l'Organisation internationale du travail, et d'après laquelle une paix durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale, la Conférence affirme que... Ainsi débute l'article II de la Déclaration de Philadelphie, laquelle se voulait l'un des instruments essentiels visant à garantir la paix dans le monde... pour les siècles des siècles. Le saccage des acquis sociaux, qui nous tient lieu tout à la fois de religion, de boussole et de Petit Livre Rose ouvre en effet la voie à d'autres reculs. Longtemps tenus en respect, au sortir de deux conflits mondiaux dévastateurs, les principes les plus vils sont de retour, sous couvert d'une modernité désincarnée et glaçante. L'Allemagne s'était donnée corps et âme à un petit caporal maigrichon, névrosé et hystérique. Les Etats-Unis, quant à eux, après avoir assuré le triomphe d'un afro-américain qui aura beaucoup trahi des espoirs qui s'étaient portés en lui, ont plebiscité un exploitant de casinos dont le credo est à la pensée politique ce qu'une plante en pot est au miracle de la nature. 

 

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