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Billet de blog 18 mars 2015

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BUISSON-MELENCHON: info ou intox ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

A l'heure qu'il est, le citoyen lambda, pris entre révélations et dénégations, a bien du mal à se faire sa religion sur ce que rapporte le livre d'Ariane Chemin et Vanessa Schneider. L'interpénétration insidieuse entre l'univers des média et le monde politique étant ce qu'elle est, l'un instrumentalisant l'autre au détriment de la vérité, et vice versa, on ne peut pas exclure une manipulation visant à discréditer Jean-Luc Mélenchon. Quoi de mieux, en effet, pour ce faire, que de l'acoquiner avec un sulfureux "faiseur de rois" d'extrême-droite, pour achever d'ancrer dans les esprits la thèse au goût du jour selon laquelle les "extrêmes" se ressemblent, se rejoignent, pour au final faire front commun contre la démocratie (le nom que l'on donne par un tragique abus de langage au consensus social supposé sur la fin de l'Histoire) ? Notons que ce ne serait pas, dans ce cas, la première tentative du même tonneau, puisque l'intéressé a déjà été gratifié d'accointances suspectes avec Ahmadinedjad et Bachar el Assad.

Pour autant, et dans l'attente de la réaction de Jean-Luc Mélenchon, on ne peut pas exclure que les faits rapportés soient véridiques, et donc préoccupants. Ce serait, je suppose, une sévère déception pour tous ceux et celles chez qui le fondateur du PG a soulevé le formidable espoir d'une renaissance de la politique avec un grand "p", que de voir confirmée une relation ancienne dans laquelle Patrick Buisson aurait joué le rôle d'un conseiller privilégié, instrumentalisé de surcroît par Nicolas Sarkozy. Cette dimension de la relation représenterait naturellement bien plus qu'une certaine fascination toute intellectuelle -voire une curiosité compréhensible pour le monde trouble de l'extrême-droite qui n'a, tout compte fait, jamais cessé de peser dans les affaires du pays- pour l'érudition historique que l'on prête à Buisson. Elle signifierait que Mr Mélenchon a lui-même franchi la ligne jaune, au nom du vieux principe selon lequel la fin justifie les moyens, n'importe quel moyen. Il ne pouvait pas ignorer que l'électorat qu'il a réussi à mobiliser (et pour beaucoup d'entre eux, à ramener à l'engagement politique) se singularisait justement par la détestation de cet écoeurant principe de pouvoir, source de tant de bassesses et de renoncements. Ce que l'on fait dans le dos de ses électeurs les atteint en plein coeur lorsque la révélation leur en parvient, quelque soit le canal par lequel la vérité des faits s'établit.

Disons-le tout net: venant s'ajouter au soutien indéfectible au "grand homme de gauche" qu'a été Mitterand (malgré le rôle épouvantable que ce dernier a assumé au cours des "événements" d'Algérie, jouant à qui perd gagne sa conscience contre sa carrière...), ce boulet pourrait faire pencher dangereusement la balance de l'opinion vers l'abstention rageuse ou le vote lucidement déraisonnable.

Si l'action politique devait s'avérer n'être que la voie inexorable du naufrage personnel pour ceux qui la font, et celle du dégoût inévitable pour ceux et celles qui la subissent, le chemin alors serait ouvert à tous les cynismes, ne restant plus pour les départager qu'une poignée d'électeurs spéculant sur leur intérêt à court terme.

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